Loi Grand âge repoussée : le secteur de la dépendance déçu

L'abandon de la loi Grand âge a déçu les professionnels de la dépendance, qui espéraient une refondation d'un secteur en 1ère ligne pendant la crise du Covid et se préparent à l'arrivée dans les 5 ans d'une nouvelle vague de personnes dépendantes.

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Par Catherine Fay-de-Lestrac

"J'ai été surpris d'entendre les députés République en Marche applaudir à l'abandon de la loi Grand âge, quand le Premier ministre Jean Castex a annoncé que des mesures pour la dépendance figureraient dans le PLFSS", a déclaré le 8 septembre à l'AFP Luc Broussy, spécialiste des questions liées au vieillissement et président du Conseil national du Parti socialiste. Le gouvernement compte proposer "des mesures nouvelles" pour "renforcer la 5e branche (autonomie) de la Sécurité sociale", a détaillé M. Castex lors d'une conférence de presse, évoquant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale que le gouvernement présentera le 6 octobre 2021, mais sans préciser lesquelles. Il a ainsi achevé d'enterrer la possibilité d'un texte de loi avant la fin du quinquennat.

De la déception...

"J'étais en charge, non pas d'une loi, mais d'une réforme, une réforme qui avance, qui a commencé et n'attend pas un texte pour exister", a déclaré le 8 septembre, la ministre déléguée à l'Autonomie, Brigitte Bourguignon, aux Assises nationales des Ephad à Paris. "Le PLFSS contiendra des mesures nouvelles, fortes et tangibles pour l'autonomie", a-t-elle assuré. Co-auteur d'un rapport sur l'Ehpad du futur, M. Broussy a rappelé que "cette loi sur la dépendance a été annoncée par le président Macron en juin 2018, l'objectif a été réaffirmé régulièrement. Cela pose le problème de la crédibilité de la parole donnée". Sans cesse repoussé depuis, le chantier complexe et coûteux avait encore été évoqué le 12 juillet par le chef de l'Etat, redonnant quelque espoir aux acteurs du soin aux personnes âgées. Las, réunis les 7 et 8 septembre aux assises des Ehpad à Paris, ils ont exprimé leur déception alors qu'ils y voyaient l'opportunité de refonder un secteur avant l'arrivée des "papy-boomers", cette classe d'âge, nombreuse, née après la guerre et qui aura 80 ans en 2025.

... à la colère ?

"Déception, espoir et crainte", c'est ce que ressent Emmanuel Sys, président de la CNDEPAH, conférence nationale des directeurs d'établissements des personnes âgées et handicapées (publics). "Déception car, une nouvelle fois, cette loi attendue tant par les directeurs et personnels d'établissements que par les usagers et leurs familles, est enterrée", a-t-il déclaré à l'AFP. Il ajoute cependant garder l'espoir d'obtenir "des réponses aux besoins cruciaux des Ephad, notamment le financement et les effectifs", mais dit craindre que "la déception se transforme en colère", en référence au mouvement de grève dans les Ehpad au printemps 2019.

Système archaïque ?

Le secteur peine à recruter pour ses métiers éprouvants et mal rémunérés, et s'inquiète d'une fuite de ses effectifs encore accélérée par l'obligation vaccinale, effective à partir du 15 septembre (première dose). Malgré plusieurs rapports très médiatisés et une crise sanitaire qui a mis en lumière l'importance de l'accompagnement des plus vulnérables, les mesures financières attendues seront bien loin du Big Bang tant souhaité. "On a besoin d'une loi pour créer les Ehpad de demain. Là, on continue de mettre des rustines sur un système qui date des années 90", explique Didier Sapy, directeur général du Fnaqpa, fédération nationale des organismes gestionnaires d'Ehpad et de services à domicile, parlant d'une "immense déception".

Campagne présidentielle : une carte à jouer

Mieux vaut une bonne loi après les élections qu'une mauvaise loi avant, tempère toutefois le Syndicat national des établissements et résidences privés et services d'aide à domicile pour personnes âgées (Synerpa). Plutôt qu'un projet de loi étudié à la va-vite, Florence Arnaiz-Maumé, sa déléguée générale, préfère que le sujet soit porté après les élections par "un président venant d'être élu", s'il s'inspire des connaissances et diagnostics déjà établis, plutôt que de remettre le chantier à zéro. En attendant, la présidente de la Caisse nationale de solidarité autonomie (CNSA), Marie-Anne Montchamp, a appelé aux assises des Ehpad les professionnels du secteur à peser lors de la campagne présidentielle. "Nous allons avoir un grand rendez-vous politique, il va falloir nous y consacrer, pour que le modèle que nous portons d'autonomie pour tous" puisse se réaliser. 

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