Emploi des personnes handicapées : 15 ans, ça se fête !

15 ans déjà que L'ADAPT a lancé la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées. A l'époque, on en souriait ; aujourd'hui, c'est un véritable raz-de-marée. Du 14 au 20 novembre 2011, on passe tous à l'action avec Eric Blanchet.

12 novembre 2011 • Par Eric Blanchet, directeur de L'ADAPT

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Handicap.fr : La Semaine pour l'emploi fête cette année ses 15 ans. Qu'est-ce qui a changé ?
Eric Blanchet
: Il y a quinze ans, on nous regardait en souriant. Une « semaine pour l'emploi des personnes handicapée » ? L'idée pouvait paraître farfelue. Et puis, avec les campagnes de sensibilisation et l'effet de la loi, on a découvert que handicap et compétence pouvaient être pleinement associés. Comme tout un chacun, un travailleur handicapé est capable d'apporter sa richesse à ceux qui savent l'exploiter. Aujourd'hui, nous devons encore franchir un nouveau seuil, celui qui consent à marier handicap et performance. C'est ce sur quoi nous allons travailler dans les années à venir.

H:
Votre nouveau slogan, c'est « Engagé ! ». C'est quoi un engagé ?
EB :
C'est chacun de nous. La personne handicapée d'abord car vivre avec un handicap c'est une vraie bagarre. Ce sont aussi les entreprises qui acceptent de jouer le jeu et embauchent. Ce sont les parents, les professeurs, les aidants... Notre société doit retrouver sa bienveillance et son sens de l'accueil. Et cela implique aussi l'accès au transport, à l'éducation, aux loisirs, à l'hébergement...

H
: C'est une drôle de bataille qui se mène sur le marché de l'emploi. Le discours sur les responsabilités des uns et des autres semble confus...
EB
: On ne peut exiger de l'entreprise qu'elle porte seule la responsabilité de l'emploi des personnes handicapées. C'est un acteur majeur, évidemment, mais qui a aussi son lot de contraintes. Il faut arrêter de stigmatiser. L'emploi arrive en bout de chaîne de la scolarisation, des études et de la formation.

H
: Comment convaincre les entreprises qu'un travailleur handicapé ne sera pas un « poids » forcément contreproductif
?
EB : Elles commencent à comprendre que la réussite vient de l'anticipation. Lorsque l'arrivée est bien préparée, le succès est au rendez-vous neuf fois sur dix. C'est cette implication qui donne sa couleur à la politique Ressources humaines de l'entreprise. Cela veut dire aménager le poste de travail, certes, mais aussi sensibiliser les équipes et les collègues. Certains disent désormais : « Depuis que j'ai conscience des galères qu'il rencontre pour chacun de ses gestes, y compris pour venir sur son lieu de travail, je suis admiratif ! » Une telle présence permet parfois de récréer un lien social dans l'entreprise, incite à aller vers l'autre. Lorsque les esprits sont ouverts et les bonnes questions posées, ça fonctionne ! A l'inverse, si l'entreprise utilise le travailleur handicapé comme une « carte de visite », on va droit à l'échec ! Le plus dur, depuis quinze ans, a été de préparer ce terrain. Or on constate aujourd'hui que beaucoup d'entreprises ont réussi ce pari. Le bouche à oreille, c'est le meilleur avocat pour convaincre le voisin. La force de l'exemple ! Pendant la Semaine pour l'emploi, nous mettons en valeur les entreprises qui jouent le jeu.

H
: Mais comment inciter les employeurs à faire un premier pas dans ce sens, à dépasser leurs appréhensions ?
EB
: Je crois aux bienfaits de la rencontre physique. Même si le premier déclic peut passer par Internet, il est important que futur employeur et postulant puissent se voir, se serrer la main. Cet échange et ce contact sont indispensables pour faire tomber les craintes et les idées reçues ! C'est toute l'ambition de nos concepts d'Handicafés© et de Jobdatings©.

H
: On parle beaucoup d'embauche des travailleurs handicapés mais le maintien dans l'emploi n'est-il pas aussi problématique ?
EB
: Oui en effet. Parfois la situation de handicap est évolutive, et c'est là que ça devient compliqué. Certaines entreprises font leur possible pour respecter le quota de 6 % mais sans se poser la question de l'après. La situation de travail se construit dans le temps, c'est pourquoi il est important d'avoir une personne référente, au sein du management interne, qui prenne en compte et suive le parcours des « personnes issues de la diversité », y compris pour les seniors.

H
: Les entreprises ne cessent de se plaindre qu'elles ne peuvent pas satisfaire le quota d'embauche faute de candidats ?
EB
: L'emploi est le résultat d'un très long processus. Le problème, ce n'est pas l'emploi en soi mais plutôt le niveau de formation des personnes handicapées face à des métiers de plus en plus pointus. Cela vaut d'ailleurs aussi pour les personnes valides. Les entreprises recrutent de plus en plus des personnels formés sur des niches...

H
: Mais n'est-ce pas le rôle de la formation professionnelle ?
EB
: Oui, évidemment, mais on constate qu'elle accueille souvent des personnes en rupture de parcours (suite à un accident ou à une maladie), qui peuvent avoir des difficultés sociales lourdes et un besoin impérieux de remise à niveau. La formation professionnelle dispensée dans les centres de rééducation professionnelle qui allient formation et suivi médico-social, va dans ce sens ! Je suis effrayé pas certaines mesures gouvernementales qui tendent à supposer qu'elle n'est pas essentielle. Elle est l'un des maillons indispensables pour former à des métiers pourvoyeurs d'emploi.

H:
Y-a-t-il de bonnes raisons d'espérer ?
EB
: Oui, notamment avec la nouvelle génération de jeunes handicapés qui a envie de vivre et ne veut plus se voir à travers la situation de handicap. Elle revendique « le droit à » et discute davantage d'égal à égal... Axer nos actions vers les jeunes, cela nous permet d'avoir une autre porte d'entrée sur le handicap. Il faut en finir avec les images d'Epinal, une personne handicapée ce n'est pas seulement un « fauteuil roulant » ou une « canne blanche » ! Heureusement, les choses sont en train de changer.

H:
Jugez-vous que la classe politique est suffisamment engagée dans ce domaine ? Qu'attendez-vous des différents candidats à l'élection présidentielle de 2012 ?
EB : Certains exigent plus de loi ; il y en a bien assez ! En cas de crise financière, il faut parfois repousser certaines échéances mais en gardant toujours le même cap. Alors, pour 2012, nous souhaitons que les candidats cessent de considérer le handicap comme une « indispensable fioriture » et remettent cette question au cœur du débat social, renouent avec les fondamentaux (accessibilité, scolarité, études supérieures et citoyenneté) et réaffirment ce qui a été voté en établissant un calendrier fiable.

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