Damien Seguin : pas de bras, pas de professorat !

La vie ne tient parfois qu'à une main. Damien Seguin n'en a pas. L'Education nationale ne voulait pas de lui, le milieu de la voile non plus. Ce skippeur a fait des pieds et des mains pour s'en sortir et défie le handicap sur toutes les mers du globe.

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Médaillé d'or aux Jeux paralympiques d'Athènes (2004) et d'argent à Pékin (2008), porte-drapeau de la délégation française à ceux de Londres... Le palmarès de Damien Seguin est impressionnant. Ce skippeur en solitaire a pourtant une particularité : il est né sans main gauche. Ce qui ne l'a pas empêché de naviguer sur tous les océans, contre vents et marées, au propre comme au figuré. Car les tempêtes les plus ravageuses naissent parfois dans le bureau de quelque bureaucrate...

Education nationale : handicap non désiré

Soutenu par ERDF, Damien Seguin était présent lors du colloque organisé par l'entreprise le 13 novembre 2012, à Paris, dans le cadre de la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées. Il venait apporter son témoignage sur un parcours professionnel qui a failli être « amputé » par de nombreuses réticences. En 2003, Damien prépare le CAPES pour devenir professeur d'EPS (éducation physique et sportive). Candidat légitime, à un détail près : il lui manque une main ! « Juste avant le concours, l'Education nationale s'est rendu compte que j'étais handicapé et a voulu m'interdire de le passer. Alors que je ne réclamais ni faveur ni aucun aménagement. » Branle-bas-le-combat administratif ! Damien doit se justifier devant une commission qui, en définitive, ne peut guère s'opposer à sa candidature. Diplôme en poche, il exerce depuis au collège et au lycée sans que sa « particularité » ne vienne altérer ses compétences.

Course au large : des durs à cuire !

Mais Damien vogue déjà vers d'autres horizons. Il se destine à la course au large. En 2004, il décide de s'inscrire à une prestigieuse compétition. Candidat légitime, à un détail près : il lui manque une main ! Autre univers, mêmes réticences. Cette fois-ci, la mise en quarantaine durera un an, au prétexte que son handicap est insurmontable. « Ca été une situation extrêmement difficile à vivre, confie Damien ». S'ensuit une longue bataille juridique. Trois apparitions au 20 heures de TF1 et un soutien médiatique auront raison des réticences de ceux qui voulaient le laisser à quai ! Les portes se sont alors ouvertes : La solitaire du Figaro, le Trophée Jacques Vabre... En 2010, il est le premier marin avec un handicap à participer à la Route du Rhum. « J'étais une exception et j'espère que les portes que j'ai fracassées, souvent avec violence, ne se refermeront pas derrière moi. »

Pas plus dangereux qu'un autre

Damien navigue désormais dans la houle des grands. Peut-être un peu grâce à lui, les règlements ont été modifiés. « Avant, pour les courses au large, nous étions sélectionnés par un comité obscur mais, aujourd'hui, il existe deux étapes : la course de qualification et une évaluation des règles relatives à la sécurité et au sauvetage en mer. J'ai obtenu que les navigateurs valides et handicapés soient soumis aux mêmes tests. Nous en avons fini avec la discrimination. Et j'ai pu prouver que j'étais moins dangereux que certains navigateurs réputés valides. »

La navigation universelle

Damien a fait installer sur son bateau quelques aménagements bien pratiques, dont se sont d'ailleurs saisis les autres concurrents... Cet exemple vient une fois encore justifier la notion d'accessibilité universelle : ce qui semble destiné à une minorité offre ses bénéfices au plus grand nombre. Son obstination lui a permis d'aller au bout de sa passion, au point de « manger à tous les bateliers » puisqu'il participe à la fois aux compétitions valides et handisport.

Trois olympiades et un drapeau

Le porte-drapeau de la délégation paralympique était à Londres, ou plus exactement à Portland, lieu de sa compétition. Pour ces Jeux, Damien est malheureusement resté au pied du podium, à la quatrième place. C'était sa troisième participation. Huit ans passés, et un nouveau monde qui s'est ouvert pour tous les athlètes handisport. « Il y a eu un avant et un après Londres. C'est évident. Nous ne sommes plus les petits frères des JO. Les paralympiques ont désormais une vraie identité visuelle, et les Anglais nous en ont mis plein la vue. Même si nous ne sommes pas très satisfaits de la couverture médiatique offerte par les medias français... Ils n'ont accepté un créneau de 50 minutes en fin d'après-midi que sous la pression d'une pétition. C'était vraiment un accouchement aux forceps ! Je crois, en tout cas j'espère, qu'ils se sont rendu compte de leur erreur. Le peu qui est passé avait vraiment du sens car nos athlètes racontent de belles histoires et relèvent de vrais défis, pérennisant les valeurs de l'olympisme qu'on a parfois du mal à retrouver dans les JO « valides ». !

Damien a décidé de prolonger son engagement à travers une association « Des pieds et des mains » qui initie les enfants handicapés aux sports nautiques. C'est d'ailleurs le nom qu'il a donné à son bateau. Il semble bien loin le temps où il naviguait en « poor lonesome skipper » dans le soleil couchant. Grâce à lui, la relève est enfin assurée...

www.despiedsetdesmains.fr
www.damienseguin.fr

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