Accessibilité du cabinet médical, encore trop problématique

Résumé : Ascenseur trop étroit, marches infranchissables, table d'examen trop haute: l'accès au cabinet du médecin reste souvent compliqué pour les personnes handicapées.

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PARIS, 09 fév 2014 (AFP) -

Ascenseur trop étroit, marches infranchissables, table d'examen trop haute: l'accès au cabinet du médecin reste souvent compliqué pour les personnes handicapées, alors que la mise aux normes promise peine à se mettre en place.

"La première question que je pose lorsque je prends rendez-vous avec un médecin, c'est +Est-ce que votre cabinet est accessible?+", raconte Cathy Le Duc, 46 ans, hémiplégique, dont le témoignage reflète la situation paradoxale de nombreuses personnes handicapées. "Contrairement aux valides, nous ne pouvons pas choisir notre médecin", constate cette habitante d'Ugine (Savoie), selon laquelle "il y a encore très peu de cabinets accessibles". Si son médecin généraliste accepte de se déplacer à son domicile, pour les spécialistes, "c'est plus difficile", dit-elle, se souvenant d'un rendez-vous chez un phlébologue, où l'ascenseur était trop petit. Impossible d'y faire entrer son fauteuil roulant: "mon mari a porté le fauteuil dans les escaliers pendant que j'accédais à l'étage, en me tenant debout dans l'ascenseur". "La France accessible, ce n'est pas encore pour demain", déplore-t-elle.

Environ la moitié des personnes en situation de handicap ont des difficultés à trouver un cabinet médical ou paramédical adapté, estime l'Association des paralysés de France (APF), qui évoque une "anomalie surréaliste". La loi sur le handicap du 11 février 2005 avait fixé l'objectif de rendre les transports et les bâtiments recevant du public accessibles aux personnes handicapées avant le 1er janvier 2015. Mais le gouvernement a reconnu en septembre que cet objectif ne serait pas atteint. Une modification de la loi, prévoyant des délais, devrait intervenir. Une concertation sur le sujet s'est achevée cette semaine, laissant certains représentants de médecins sur leur faim.

60% des cabinets inaccessibles

"Il y a des normes qui doivent s'imposer dans un nouveau local mais dès lors que le local est ancien, il y a des limites!", s'indigne Michel Chassang, président de la CSMF, premier syndicat de médecins libéraux, et de l'UNAPL (professions libérales). Environ 60% des cabinets libéraux, essentiellement en ville, ne sont pas
adaptés aux personnes handicapées, selon lui. Coût des travaux, bâtiments anciens, voire classés, refus de la copropriété ou du propriétaire des locaux, impossibilité d'installer un ascenseur constituent autant de freins pour les praticiens, pourtant invités à se mettre au plus vite en conformité.

Le docteur Richard Handschuh, un médecin parisien, a détaillé à l'AFP les différents aménagements qui pourraient lui être imposés, après avoir avoir fait réaliser un diagnostic de son cabinet, situé dans un immeuble construit en 1910. De la double rampe à l'affichage lumineux, en passant par le bouton de l'interphone trop haut, la bande rugueuse à installer au sol ou encore les poignées de porte à changer et les portes à élargir. Malgré toutes ces précautions, "mon cabinet ne pourra jamais être accessible et c'est une offre de soins qui disparaîtra quand je prendrai ma retraite", assure ce généraliste de 60 ans. En cause, les quatre marches situées dans le hall de l'immeuble: "en raison de la hauteur et de la pente, le plan incliné déborderait... sur la chaussée", explique-t-il.

"Nous sommes bien entendu soucieux d'améliorer l'accessibilité aux soins pour nos malades, mais beaucoup de généralistes sont dans l'impossibilité matérielle de le faire, selon les normes en vigueur", confirme Claude Leicher, président de MG France, principal syndicat de généralistes. Pour lui, les visites à domicile constituent une alternative indispensable et l'engagement d'un médecin à se déplacer pourrait suffire à obtenir une dérogation.

Un rapport sur l'accessibilité aux soins des personnes handicapées remis en 2013 au gouvernement va dans ce sens. Il souligne notamment que la mobilité - visite à domicile ou dans des structures accessibles - permettrait "de rendre réaliste l'échéance de 2015 alors que de nombreux locaux ne peuvent pas devenir accessibles ou que le coût des travaux est exorbitant et non financé".

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Commentaires

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Le 13-02-2014 par Babette22 :
Bien sûr que la visite à domicile pourrait permettre de compenser....mais encore faut-il trouver un médecin (ou pire un kiné) qui accepte de se déplacer à domicile!

Le 13-02-2014 par marjy :
je trouve cela honteux !! ma gynécologue qui exerçait dans un cabinet médical accessible aux PMR (malgré la lourdeur des portes)a déménagé pour aller dans un cabinet médical au 1er étage SANS ascenseur!! Je trouve honteux cette discrimination faite aux PMR et aux personnes âgées qui peuvent difficilement monter les marches (les cancers du sein et autres ne touchent pas que les personnes "jeunes" !!)

Le 13-02-2014 par PLANET :
Je suis en situation de handicap et je dois faire très attention à mes choix médicaux faute d'inaccessibilité.
Je ne suis pas d'accord pour l'alternative des soins à domicile. Ce n'est pas la même prestation.
Par exemple, avoir de la kinésithérapie à domicile n'est pas du tout la même chose qu'en cabinet avec le matériel sur place, même les massages sont mieux faits sur une table d'examen que sur un lit.
Un spécialiste ne vient pas à domicile !!! Donc on ne le choisit pas selon les mêmes critères que les "valides" mais par rapport à son accessibilité, quitte à devoir faire des kilomètres pour le rencontrer ce qui est paradoxe avec un problème de mobilité !

Le 13-02-2014 par gaelle :
issu du bulletin du CFPSAA : 31 dec 2013 - La perle de la semaine.

"La mise aux normes des cabinets médicaux pose des difficultés techniques et financières,
mais aussi psychologiques", dit le dernier bulletin de l'Ordre national des médecins.
Le praticien auteur de cette perle pathologique ne précise pas ce qu'il entend par
"psychologique" : peut-être la peur de ne pas savoir ausculter, écouter, diagnostiquer
un rhume chez une personne non valide ?

Le 13-02-2014 par gaelle :
Ou bien un rejet des clients porteurs de handicaps,
perçus comme autant d'échecs de la médecine ? Ce propos est toutefois explicité
en page 12 dudit bulletin, par le Docteur Pierre-Yves Devys, secrétaire général du
conseil régional de l'Ordre des médecins Île-de-France : "Une grande majorité des cabinets
ne sera pas accessible à cette date, en raison du coût financier ou d'impossibilités techniques,
voire d'un frein psychologique chez les praticiens."
Qu'on se le dise, les médecins de ville ne veulent pas de clients handicapés !

Le 14-02-2014 par leanie :
Le centre médical proche de moi évoque que les salles sont trop petites pour des tables s' auscultation à hauteur variable, pourtant à l' hôpital, elles ne sont pas plus grandes, qui lui en est équipé.

Pourquoi prendre un transport pour aller plus loin ?

Le 15-02-2014 par helmet :
Une loi de 2005 laisse 10 années pour la mise aux normes et affolement général, on ne peut pas respecter la date butoir et l'on demande un report. De professionnels de la santé, c'est inadmissible. Ils devraient être à la pointe de l'accessibilité pour les PMR.

Le 20-02-2014 par gaelle :
décès aux urgences de Cochin ce jour :
Il y a 1 an, je suis allee aux urgences de cochin adressee par le medecin echographe
avec sa lettre pour occlusion intest, refusee le soir, revenue le matin 8H, vue par l inf de tri,
placee ds un box ferme, personne n est venue voire si j étais vivante jusqu a 20H où je suis partie,
bien qu on se soit signales plusieurs fois a des blouses blanches au poste de soin en face,
je suis non voyante et handicapée phy,
a 8H ils voulaient que mon père parte, j ai dit qu il reste, heureusement

Le 26-02-2014 par medecin :
Je ne pense pas que les médecins soient insensibles aux difficultés d'accès de leurs cabinets médicaux.
Il faut toutefois avoir bien conscience du cout énorme de la mise aux normes dans les vieux immeubles de certaines communes.
Il me reste moins de dix ans à travailler et je ne suis pas propriétaire de mon local professionnel.Il n'est pas question non plus de changer d'adresse.
Que dois-je faire?
Les problèmes de la baisse continue du nombre de médecins généraliste dans notre pays font que je n'aurais pas de successeur!
Les travaux d'aménagement auront été faits en pure perte.Cela,il n'en est pas question!!
La visite au domicile des patients doit impérativement permettre une dérogation aux travaux.
Le risque est de faire partir en retraite plus tôt que prévu des médecins qui auraient bien fait quelques années de plus

Le 24-03-2014 par Kouni :
Installée depuis 9 ans (création de cabinet), petite patientelle, dans un immeuble ancien et inaccessible ( même si beaucoup de mes patients handicapés arrivent à monter marche ) aide tierce personne pour fauteuil ....l'accés à l'immeuble ne peut pas bénéficier d'une rampe. Je fais des visites pour les personnes à mobilité réduite. Si la dérogation n'est pas accordée dois je rayer 10 ans de ma vie !!! Il y 5 ou 6 médecins avec cabinet accessible à moins de 200 mètres et un centre de santé avec généralistes et tous les spécialistes à 300 m, pour les patients qui me font confiance et ne peuvent pas accéder au cabinet, je passe en visite ( je pense qu'ils préfèrent ça que de me voir fermer mon cabinet, ce que je serais obligée de faire si dérogation non accordée ). Je ne refuse pas de visite pour personnes handicapée.

Le 24-10-2014 par medecin généraliste :
lire la brochure pour les cabinet médicaux vient de me déclancher une crise d'urticaire. impossible de mettre mes toilettes aux normes, à moins de virer un médecin…tous mes patients handicapés sont vus en visite...

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