A Marseille, la pétanque se joue aussi "à l'aveugle"

Résumé : "Nous, on ne fait que pointer, on ne tire pas. Mais l'ambiance, c'est la même!" Au club de pétanque pour malvoyants de Marseille, le plaisir du jeu et la convivialité restent de mise pour un loisir pratiqué de façon autonome grâce à des règles

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MARSEILLE, 21 mai 2011 (AFP) -
Dans un gymnase de l'Institut des aveugles, à l'ombre de Notre-Dame de La Garde, les joueurs se mesurent en duel. Devant eux, un grand tapis bleu sur lequel sont dessinés 49 rectangles de 98x48 cm, et dans leurs mains, deux boules d'acier traditionnelles.
"Cochonnet centré M4. Jeu!" Pour la manche en cours, c'est Raymond, 46 ans, qui fait l'arbitre. Atteint d'une cécité partielle depuis sa naissance, il parvient à distinguer les chiffres et les lettres inscrits sur le tapis en abscisse et en ordonnée permettant d'indiquer à voix haute aux joueurs l'emplacement du cochonnet, et ainsi orienter leurs coups.
"C'est subtil, car tout se fait grâce à la représentation mentale et cela demande plus de concentration", explique Jacques Mariani, 59 ans, aveugle depuis l'âge de 7 ans et président de l'Amicale sportive des déficients visuels phocéens, à l'origine du club.
Mais comment avoir une représentation mentale lorsqu'on n'a pas eu la possibilité de voir l'élément au préalable ? La méthode de la "pétanque adaptée", mise au point dans les années 1990 en Belgique selon M. Mariani, prévoit que les joueurs prennent auparavant connaissance du tapis reproduit en relief et en modèle réduit.
Et pour que l'égalité soit parfaite entre concurrents, tous les joueurs se couvrent les yeux d'un masque noir. Une règle qui permet d'intégrer des voyants au jeu, comme lors des ateliers de démonstration régulièrement organisés par l'amicale.
Pour M. Mariani, qui pratique de temps en temps la pétanque ordinaire grâce à des amis qui lui donnent des indications sonores en claquant les boules l'une contre l'autre, "la pétanque ordinaire, c'est l'intégration dans un sens, la pétanque adaptée, c'est l'intégration dans l'autre sens".
"Placé!", crie l'arbitre. Farida Azouz, 48 ans, qui a perdu la vue à l'adolescence à la suite d'un glaucome, vient de loger sa boule dans la case où est positionné le cochonnet et hérite de 15 points. Plus la boule en est proche, plus le nombre de points augmente. Au coup suivant, son adversaire obtient un zéro pointé car il a tiré avant que l'arbitre n'ait dit "Jeu!", condition indispensable pour éviter tout accident.
Si la dizaine de membres du club vient avant tout pour le "plaisir", le dépassement de soi est aussi important. Pour Christophe Padovani, 49 ans, dont la vue baisse d'année en année à cause d'une maladie génétique, "le but, c'est d'y arriver comme j'y arrivais avant".
Faute de pratiquants en nombre suffisant, la pétanque adaptée n'est pas encore reconnue par la Fédération française handisport comme un sport de compétition, seulement de loisir. Mais des tournois nationaux commencent à être organisés et une demi-douzaine de clubs existent en France.
Frédo Janot, "qui joue de temps en temps à la pétanque ordinaire" mais "ne voit rien dès qu'il y a des arbres, avec les jeux d'ombres et de lumière", a atteint les demi-finales d'un tournoi national de pétanque adaptée organisé à Tours en 2009.
Quant à Jean-Marie Philip, le benjamin de 37 ans, il a un rêve: "Que chaque département de Provence-Alpes-Côte d'Azur ait son club", avec toujours le même
credo: "On est entre copains et quand on joue on ne pense pas à nos problèmes".
"Le plus important, c'est l'ambiance, la convivialité", renchérit Jacques Mariani. "Même s'il n'y a pas l'apéro... car on est dans une école!"
jb/cho/bfa
Par Jordane BERTRAND

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