Expo à Paris : ces "malades mentaux" sont des artistes

Résumé : Internés en psychiatrie, ce sont de véritables artistes. Certains médecins ont conservé leurs œuvres jusqu'à constituer de véritables collections. Elles s'exposent à Paris jusqu'au 18 mars 2018 : La folie en tête, aux racines de l'art brut.

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Au cours du XIXe siècle, les œuvres des malades mentaux retiennent l'attention des psychiatres, qui engagent leurs patients à créer dans le cadre de l'art-thérapie. Premiers collectionneurs, premiers critiques, leur souci de diagnostic et d'étude fait place à la conscience d'être face à un art véritable. Poussés par des efforts humanistes - ouverture des hôpitaux, traitement plus « humain » des malades mentaux -, ces premiers psychiatres-collectionneurs ont tenté de circonscrire un nouveau champ de recherche esthétique.

Hommage aux artistes

L'exposition La folie en tête, aux racines de l'art brut rassemble des œuvres de patients internés collectionnées par quatre psychiatres (Dr Browne, Dr Auguste Marie, Walter Morgenthaler, Prinzhorn), une démarche novatrice à l'époque dans le domaine de l'art et de la santé mentale. La « découverte » des productions des malades mentaux après la Première Guerre mondiale et l'invention de l'art brut par Jean Dubuffet après la seconde témoignent d'un fervent intérêt. Refusant l'imagerie de la folie et la mise en spectacle des troubles mentaux, cette exposition entend ne montrer que l'œuvre des malades et leur rendre hommage, en tant qu'artistes, comme elle rend aussi hommage aux psychiatres.

Un musée de la folie

Le Dr Browne est l'un d'entre eux ; il pratique une thérapie basée sur le traitement médical (alimentation et médication) et surtout moral des patients qui s'appuie sur une attitude humaine et vise à l'occuper par le travail ou toutes sortes d'activités de loisirs : théâtre, musique, dessin et peinture… De son côté, Auguste Armand Marie (1865-1934) rejoint en 1920 l'asile clinique de Sainte-Anne où il officiera jusqu'à sa retraite en 1929. Pour Marie, « un des meilleurs moyens d'adoucir une captivité souvent indispensable, est d'encourager les malades dans leurs dispositions naturelles ». Sensible à la production de certains de ses patients, s'adonnant lui-même à la peinture à ses heures perdues, le médecin récolte et conserve des œuvres. En 1908, il possède déjà près de 1 500 pièces et ouvre un « musée de la folie ».

Maison Victor Hugo

À Paris, ce sont ainsi près de 200 œuvres qui sont mises en lumière, parmi les plus anciennes de l'art brut et souvent inédites en France. Clandestines, fragiles, faites sur les murs de l'asile ou sur des matériaux de hasard récupérés en cachette, dessins ou peintures, broderies ou objets, chacune de ces œuvres ouvre les portes d'un univers singulier. Avec le soutien du fonds de dotation Entreprendre pour Aider, cette exposition investit la très belle Maison Victor Hugo, place des Vosges (Paris 4e), qui a par ailleurs le label Tourisme et handicap pour trois handicaps (auditif, moteur, mental), du 16 novembre 2017 au 18 mars 2018. La folie est absente de l'œuvre de l'écrivain mais est dramatiquement présente dans sa vie familiale, puisque Eugène, son frère, et Adèle, sa fille, sont morts tous deux internés.

La folie en tête, aux racines de l'art brut
16 novembre 2017 - 18 mars 2018
Maison de Victor Hugo, Paris 4e

© Collection de l'Art Brut, Lausanne/photo Claude Bornand
© Prinzhorn Collection, University Hospital, Heidelberg

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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