Maladies psychiques : ce qu'en pense le milieu pro...

Résumé : Comment sont perçues les pathologies psychiques en entreprise ? Réponses avec le Clubhouse France* qui présente, le 23 mars 2017, à Lyon, son 1er Baromètre de la santé mentale. Philippe Bouchard, de l'Institut Randstad, revient sur ces résultats.

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Handicap.fr : Le Baromètre de la santé mentale est un dispositif inédit. Comment est née cette idée ?
Philippe Bouchard : En 2016, avec le Clubhouse France, nous avons lancé un guide de sensibilisation pour tenter de démystifier les pathologies psychiques, dans le cadre de l'emploi. Suite à son succès, nous avons mis en place ce baromètre, inspiré de cette idée. Aujourd'hui, il n'existe pas réellement d'indicateur qui nous dit comment la santé mentale est perçue en entreprise. On parle souvent de risques psychosociaux, ce qui est différent.

H.fr : Il comprend 40 questions, élaborées par des spécialistes du sujet. À qui s'adresse-t-il ?
PB : À tous ! Professionnels ou personnes en recherche d'emploi, salariés, managers, personnes touchées de près ou de loin par les troubles et maladies psychiques. Ce questionnaire vise à connaître la perception de la santé mentale dans l'emploi, peu importe le profil du répondant. L'idée n'est pas technique mais plutôt de l'ordre du ressenti. C'est une problématique majeure, sachant qu'un salarié sur quatre peut être touché par des troubles psychiques (dépression, troubles de l'humeur, bipolarité) au cours de sa vie. À long terme, nous souhaitons susciter une réelle prise de conscience autour de la sécurité mentale dans les entreprises et avoir une vision réaliste, non fantasmée du sujet.

H.fr : Le 23 mars, vous présenterez, à Lyon, les premières tendances constatées. Quels retours avez-vous eus jusqu'à présent ?
PB : L'outil a été mis en ligne le 14 mars 2017. En trois jours, nous avons reçu plus de 600 réponses, dont 500 questionnaires valides.D'ici le mois prochain, nous espérons atteindre un petit millier de réponses. Au niveau des résultats, rien n'est définitif puisque nous attendons d'avoir tout recueilli. Nous publierons les résultats officiels dans un mois mais déjà, les premières tendances diffèrent de ce à quoi nous nous attendions. Certaines réponses donnent l'impression que la santé mentale ne pose pas vraiment de problème mais, en même temps, que les gens ont du mal à en parler avec la personne concernée. En fait, nous pouvons remarquer deux niveaux de réponses : plusieurs de l'ordre du politiquement correct, d'autres plus « réalistes ». Il y a aussi des idées reçues ; certains participants n'osent pas répondre entièrement. Dans de nombreux cas, on observe encore beaucoup de tabous et de freins à la communication : les personnes touchées par des troubles ou maladies psychiques, à défaut de savoir vers qui se retourner, ne parlent pas de leur handicap par peur d'être licenciées, incomprises ou stigmatisées.

H.fr : Lorsqu'elles en parlent, avec qui échangent-elles au sein de l'entreprise ?
PB : Les premiers résultats montrent que les salariés concernés communiquent davantage avec leurs collègues et leurs managers mais pas forcément avec les services de santé. Nous avons également remarqué que les services de ressources humaines sont les derniers interlocuteurs choisis pour aborder le sujet de la santé mentale.

H.fr : Qu'en est-il du côté des managers ?
PB : Le management est une strate sur laquelle il faut vraiment développer l'accompagnement. En termes de prise en charge, ce n'est pas tout à fait ça. D'ailleurs, les managers qui nous ont répondu se sont positionnés, comme attendu, en exprimant un besoin de soutien. Les gens le disent : l'accompagnement fait la différence.

H.fr : Le burnout et la dépression sont aujourd'hui beaucoup plus abordés dans le secteur professionnel. Cela contribue-t-il à une meilleure sensibilisation à la santé mentale ?
PB : Nous constatons qu'il y a plus de connaissances à ce sujet mais pas forcément moins de stigmatisation. D'où l'importance de communiquer et de déculpabiliser ! Ce qui me marque le plus, lorsque je suis confronté à des situations concrètes, c'est que les personnes culpabilisent et ne savent pas parler de leurs troubles dans l'entreprise. Cela vaut aussi pour ceux qui les encadrent. La santé mentale est la première cause d'invalidité en France et la deuxième cause d'arrêt de travail. Il est donc primordial de recréer du lien et d'encourager la parole.

H.fr : Le Baromètre sera-t-il réutilisé à l'avenir ?
PB : Après les premiers résultats officiels, qui seront diffusés le mois prochain, nous relancerons le questionnaire tous les deux ans afin d'observer l'évolution de la situation, d'avoir une vision à long terme et de savoir sur quoi mettre l'accent. Sinon le dispositif perd de sa pertinence et il n'y a pas grand-chose à prouver. Le baromètre est un outil avant toute chose ; son objectif n'est pas publicitaire.

* Cet outil a été mis en oeuvre par le Clubhouse France, en association avec l'Institut Randstad, HR Consultancy Partners, le groupe Générali et le cabinet lyonnais Chrysippe.

© pfpgroup/Fotolia

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"


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