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En Alsace, des aveugles défient leur handicap au volant

Résumé : 309 km/h, c'est le record mondial de vitesse automobile pour un aveugle. Ils n'en sont pas là mais grâce à l'association "Les non-voyants et leurs drôles de machines", 5 pilotes aveugles ont pu expérimenter la conduite sur circuit. Frissons!

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Par Laurent Geslin

Ils ont choisi de repousser les limites de la cécité : sur un circuit automobile du Haut-Rhin, des non-voyants s'élancent presque tout seuls au volant dans le but de retrouver liberté et autonomie. En cette matinée de fin d'été 2015, ils sont cinq aveugles ou malvoyants à avoir rendez-vous à l'Anneau du Rhin à Biltzheim, au sud de Colmar, avec Luc Costermans, 50 ans. Ce citoyen belge vivant en France, pionnier et champion du handisport mécanique, a perdu la vue à 39 ans et fondé l'association « Les non-voyants et leurs drôles de machines » (NVDM), qui organise l'événement. Tour à tour, ils s'installent sur le siège conducteur d'un véhicule auto-école et d'une voiture de circuit sur cette piste de 1,1 km perdue au milieu des champs de la plaine d'Alsace guidé par la seule voix d'un copilote valide.


Record mondial : 309 km/h

L'association, qui organise régulièrement des manifestations (voiture, quad, hors-bord, scooter des mers et parapente), se targue d'avoir formé quelque 400 stagiaires à la conduite en presque dix ans. « Ça rehausse la confiance et leur permet d'être acteur de l'estime de soi », explique, les mains posées sur le grip de sa canne, cet ancien cadre commercial qui s'est reconstruit après l'accident qui l'a privé de la vue. Luc Costermans a signé en 2008 le record mondial pour un aveugle de vitesse automobile sur la base d'Istres en affichant 308,780 km/h au compteur d'une Lamborghini. « Là est le drame, la réclusion, l'enfermement dans le handicap », dit-il à l'instar de son compagnon d'infortune, le Strasbourgeois Gérard Muller, 67 ans, atteint de rétinite pigmentaire, qui multiplie depuis une dizaine d'années expéditions, treks et randonnées cyclistes en France et à l'étranger, comme autant de défis destinés à montrer que les non-voyants peuvent et doivent rompre leur isolement. Seuls 5% des 2 millions de mal ou non-voyants français osent sortir de chez eux et avoir des activités.

J'espère que vous n'avez pas peur ?

Lunettes noires et moustache taillée court, Christophe Bouland, 52 ans, qui a perdu la vue après une maladie, s'installe dans une C4 racing 200 CV, équipée d'arceaux de sécurité et de sièges baquets, prêtée par PSA Mulhouse. « J'espère que vous n'avez pas peur ? », plaisante Christophe devant son copilote, Jean-Luc Boeglen, 53 ans, salarié chez PSA et parrain valide de l'association depuis trois ans. Les mains et les pouces de chaque côté du volant à « neuf heures quinze », Christophe, kinésithérapeute, se concentre sur la voix de son partenaire qui communique en temps réel les codes pour négocier au mieux les virages. A l'image d'un métronome, dans un flux continu et saccadé, le copilote égraine ses instructions. « Droite cinq... droite dix... droite quinze... axe... gauche cinq, gauche dix... axe... 40 mètres... », Christophe accélère en ligne droite, la poussée de vitesse se fait sentir couverte par le rugissement du moteur. Christophe doit négocier un virage à droite. Les instructions se font plus rapides, « droite cinq, droite 10 ». Le copilote reprend la main sur le volant pour replacer dans l'axe la voiture qui manque de sortir de la route.

Un langage dédié à la conduite

C'est Luc Costermans qui a imaginé cette codification appelée « langage dédié ». Le volant devient le cadran d'une horloge sous les mains du pilote. Axe signifie droit devant, droite 5 ou 10 ou quart ordonne de tourner le volant à 13h, 14h ou 15h. Le copilote anticipe aussi les courbes avec un compte à rebours rapide qui commande le freinage. Un peu plus loin, la voiture de Christophe pile à une quarantaine de centimètres d'un muret. « On va redémarrer lentement », indique son copilote sur un ton bienveillant. « C'est toujours un grand moment de partage, une communion qui abolit toute frontière entre l'aveugle et le voyant », relève Yanic Girault, 40 ans, pilote amateur. Sweat-shirt noir au logo Ferrari, Raphaël Brendle, 30 ans, un Haut-Rhinois déficient visuel depuis son enfance vient de terminer une demi-douzaine de tours sur la C4. « Ça fait plaisir de rouler », dit-il avant de reprendre le volant.

© NVDM

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