Paraplégique, il parvient néanmoins à pédaler

Résumé : Des compétitions internationales d'athlètes "bioniques" ? Le concept semble futuriste. Pourtant, le 1er Cybathlon s'est tenu le 8 octobre 2016 à Zurich. Jérôme Parent, participant à la course de tricycle, revient sur son expérience.

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C'est une compétition sportive un peu particulière à laquelle Jérôme Parent a accepté de participer samedi 8 octobre 2016, à Zurich, en Suisse (article en lien ci-dessous). Le premier Cybathlon, compétition internationale de personnes en situation de handicap équipées d'appareillages bioniques, regroupe plusieurs épreuves : circuit en fauteuil roulant motorisé, athlétisme avec prothèses, parcours de motricité fine, cyclisme, course d'exosquelettes… L'occasion pour de nombreuses équipes de recherche de présenter leurs prototypes en faveur du handicap. Jérôme Parent, Dijonnais paraplégique depuis une vingtaine d'années, a participé à l'épreuve de FES (en anglais Functional electrical stimulation), une course de tricycle. Le pilote, qui représentait l'équipe française Freewheels, est arrivé sixième au classement. Sur la piste, il pédale grâce à un vélo couché (déjà présent sur le marché) sur lequel est installé un dispositif d'électrostimulation.

Handicap.fr: Vous venez de participer au premier Cybathlon de Zurich. Comment l'aventure est-elle née ?
Jérôme Parent : J'ai rejoint l'équipe Freewheels, composée de deux ingénieurs de l'Inria (Institut national de recherche dédié au numérique) de Montpellier, d'un médecin et d'un kinésithérapeute du centre de rééducation Divio à Dijon. Nous avons également travaillé en partenariat avec l'université de Brasilia. Notre objectif est de permettre au plus grand nombre de personnes paraplégiques de pouvoir accéder à cette activité ludique grâce à l'électrostimulation. Je suis une base de référence mais, à long terme, nous voulons inclure d'autres personnes dans ce projet. Maintenant que nous avons validé le système au niveau technologique, nous comptons accueillir plus de participants et poursuivre le développement du protocole.

H.fr : Vous avez dû réadapter vos muscles pendant un an. Comment s'est passé l'entraînement ?
JP : Cette compétition est le fruit d'un travail à long terme et d'un gros investissement. J'ai dû préparer mes muscles à l'effort lors de séances parfois intenses, de 30 minutes à 3 heures, trois fois par semaine. Il y a eu plusieurs phases : d'abord, tester l'électrostimulation avec un boîtier ; ensuite s'entraîner sur un vélo home-trainer, puis sur une piste de 400 mètres afin de vérifier que ce qui avait été mis en place était valide dans la pratique. C'était très prenant parce que je me suis engagé, durant un an, à être présent à tous les entraînements. En même temps, ce n'est pas qu'un défi technologique. J'ai eu l'occasion de travailler avec des gens exceptionnels. C'est le challenge humain qui me transcende dans cette expérience.

H.fr : En plus de l'effort, il s'agit de reproduire un mouvement bien précis…
JP : Au cours des séances, en plus de réadapter le muscle à l'effort physique, je devais améliorer les paternes de stimulation, en sollicitant trois muscles par jambe. Il faut que l'enchaînement puisse produire le mouvement de pédalage de façon optimale. Je devais également faire remonter l'information pour que les ingénieurs aient la meilleure efficience possible dans leur travail et qu'ils améliorent ensuite le dispositif d'électrostimulation.

H.fr : Sur la piste, on remarque que les niveaux des compétiteurs sont totalement inégaux. Pourquoi une telle disparité ?
JP : Cela s'explique pour deux raisons. Les participants américains, par exemple, ont des électrodes directement implantées dans le muscle. C'est un système complètement invasif, qui nécessite une intervention lourde et implique certains risques d'infection. Avec ces implants, ils n'ont besoin que de 10% de l'énergie qui m'est nécessaire  ; lorsqu'ils utilisent 10 milliampères pour activer les muscles, j'en utilise 100 puisque je fais appel à des électrodes de surface. En conséquence, je roule entre 5 et 6 km/h tandis que les participants de Cleveland avancent à 10 km/h. Les équipes qui participent sont aussi animées par des objectifs différents. Nous, nous voulons élargir une activité ludique au plus grand nombre, tandis que d'autres participent pour gagner. Certains ont spécialement optimisé les systèmes et les vélos pour le Cybathlon.

H.fr : Quel est l'intérêt de participer à une telle compétition ? Y a-t-il une récompense financière ?
JP : À ma connaissance, il n'y a aucun enjeu financier. Comme pour les Jeux paralympiques, trois médailles sont décernées aux vainqueurs. Pour cette grande première, l'organisation était impeccable et l'Institut suisse qui a organisé l'événement (ETH Zürich, l'université spécialisée en sciences et technologies) a su mobiliser tout son réseau. Il a un spectre de connaissances vraiment étendu. Surtout, ce Cybathlon est l'occasion de faire connaître les progrès réalisés dans le domaine du handicap. C'est un point de départ pour les avancées technologiques de demain.

H.fr : Justement, quelle suite donner au projet de Freewheels ?
JP : Le 30 novembre 2016, nous nous réunissons avec toute l'équipe pour effectuer un trajet le plus long possible. Aujourd'hui, je peux rouler 30 minutes à 5 km/h en moyenne. Mais l'objectif est de rouler une heure. Quelques minutes, ce n'est pas assez satisfaisant. Mon rôle est donc de faire participer d'autres personnes blessées médullaires à cette aventure. Nous avons ouvert beaucoup de portes cette année ; nous devons continuer à développer le protocole.

H.fr : Votre vélo est-il déjà sur le marché ?
JP : Le vélo (tricycle ICE) est en vente, tout comme le stimulateur (de la société Berkel). Mais le but d'INRIA est de développer un stimulateur plus simple à prendre en main. L'équipe compte aboutir à un modèle global, avec des électrodes, qui soit simple, rapide à installer et accessible financièrement.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"


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