Louis-Marie Avril: Femme handicapée, mère tout de même

Résumé : Des interrogations, des apostrophes, à connotation négative, ne cessent de teinter à nos oreilles lorsque nous, femmes handicapées, offrons à la vue du quidam nos ventres arrondis par les promesses de la vie.....

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« Mais pourquoi voulez-vous avoir des enfants ? Qui va s'en occuper ? »
« Et puis comment va-t-il accepter vos difficultés ? »
« Alors, c'est lui qui devra vous rendre service ? »
« Et votre handicap, il est peut-être contagieux ! »
« Voyons ! Avez-vous pensé à ce que vous allez lui faire vivre ? »
« Par une grossesse, ne croyez-vous pas mettre votre vie en danger ? » …

Des interrogations, des apostrophes, à connotation négative, ne cessent de teinter à nos oreilles lorsque nous, femmes handicapées, offrons à la vue du quidam nos ventres arrondis par les promesses de la vie.
Et ces remarques, déjà, font chavirer nos cœurs quand nous exprimons notre désir d'enfant, avant même qu'il y ait eu conception !

Qu'il s'agisse de nos proches (familles, amis), de notre voisinage, de nos collègues de travail, de travailleurs sociaux et même du personnel médical, ce genre de remarques est fréquent envers les couples dont la femme ou le mari (ou les deux !) présente un handicap.

Et l'on entend même : « Ah ! Mais vous, vous avez eu un accident ; c'est pas pareil : vous pouvez… ! », comme si le droit à la maternité et à la parentalité ne pouvait être toléré que pour ceux qui ne souffrent :

- ni d'être venu au monde avec un handicap ;
- ni d'être handicapé du fait d'une maladie invalidante ;
- ni d'être atteint d'un handicap sensoriel ;
- ni d'être atteint d'une déficience qui laisse suggérer un handicap mental !

Bref ! On nous donnerait éventuellement le droit à l'enfantement à la condition de rentrer dans la case « Handicap moteur, d'origine accidentelle ».

On devrait être gentille et demander le droit avant de réaliser un projet ! Est-ce vraiment ainsi qu'une femme handicapée adulte, en tant que compagne ou épouse, peut prendre la décision et réaliser son désir d'enfant et son désir de future mère ?

Pourtant, nous, femmes handicapées, avons aussi des désirs : désir de vie, désir d'aimer et d'être aimées, désir de fonder un foyer et d'élever nous même nos enfants.

« Et vos enfants, comment vivent-ils la situation ? » , allez-vous demander.
Et bien, ils vont bien, et même très bien ! Ils rayonnent de joie, et cela se lit sur leur frimousse enfantine qui ne demande unanimement qu'une chose : aimer et être aimer.

Et si vous leur demandez ce qu'ils pensent de leurs parents, ils vous répondront : « Ma maman est « handicapée » ? Ah bon … ! Mais ce que j'aime, c'est que, le soir, elle me lise une histoire et qu'elle me fasse un bisou ». C'est vrai que, dès le plus jeune âge, ils ne voient pas les différences : ils grandissent en adaptant leurs premiers gestes aux nécessités des parents qu'ils ont ; et cela ne semble guère gêner leur épanouissement. Bien au contraire ! … Ils savent trouver le sein rempli de lait chaud et de tendresse, ou encore les bras dont ils ont envie pour un câlin. Ils montent sur les cale-pieds du fauteuil déjà avant de trottiner aisément. Ils prennent la main maternelle pour la guider...
Quand ils deviennent plus grands, ils font preuve d'une certaine maturité au niveau de l'autonomie, par exemple. Autonomie qui ne peut être qu'un atout dans la société d'aujourd'hui.

Etre femme, être handicapée, pouvoir vivre ses désirs d'une façon réaliste, être aussi actrice de l'épanouissement des enfants que nous mettons au monde, voilà ce dont j'espère que beaucoup d'autres femmes dans ma situation pourront, elles aussi, témoigner.


Louise-Marie AVRIL-GROSJEAN
Présidente de l'association "Etre parent"
Présidente du GIHP Rhône-Alpes
Docteur en psychologie

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