Tourisme et handicap : vogue la galère ?

Résumé : Rn2d*, c'est 96 CDT/ADT (départements) qui ne s'impliquent pas tous de la même façon dans l'accueil du public handicapé. Escapade avec Véronique Brizon, directrice du réseau, en amont des journées Tourisme et handicap, les 27 et 28 mars 2010.

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Handicap.fr: Quel lien avez-vous avec le label Tourisme et handicaps ?
Véronique Brizon
: Depuis la création de ce label en 2001 par le ministère alors en charge du Tourisme, Rn2d (Réseau national des destinations départementales en France )est partenaire de l'association Tourisme et Handicaps, et l'un des membres de son Conseil d'administration.

H: Ce label a-t-il un réel impact sur la prise en charge du handicap dans le tourisme ?

VB
: On assiste à une progression mais il est vrai que certains départements ou régions sont moins impliqués que d'autres. Cela dépend aussi de la taille de l'équipe, de l'importance du CDT. De 800 000 à 4 millions d'euros, avec des effectifs de 8 à 40 personnes, on ne joue pas sur les mêmes budgets ! Alors ce n'est pas forcément un manque d'intérêt pour ce domaine mais souvent une question de priorité.

H: Pourquoi certains départements se montrent-ils plus engagés que d'autres dans ce domaine ?

VB
: C'est d'abord une volonté politique mais aussi humaine. Il faut être capable de mobiliser les hommes et les moyens et, pour cela, peut-être faut-il être plus sensible à ce « marché ». Des départements comme le Gard, l'Hérault ou le Nord, pour ne citer qu'eux, se sont engagés il y a déjà bien longtemps...

H: A l'inverse, y-a-t-il de mauvais élèves ?

VB
: Je n'emploierais pas ce terme mais il est vrai que certaines régions très touristiques, peut-être « trop bien nées », et je ne citerai personne, n'ont pas fait de ce public leur priorité, même si les mentalités commencent à changer, notamment à travers des produits également destinés aux seniors. Le problème de mobilité se pose de façon prégnante et on perçoit réellement, sur cette notion, de nouveaux discours. En métropole on peut se satisfaire de voir tous les départements engagés dans cette démarche, en dépit d'une évidente disparité.

H: Rendre un site accessible, ce n'est donc pas seulement une question d'argent ?VB
: Non, car il y a des adaptations très faciles à mettre en œuvre et des aménagements pas nécessairement démesurés comme dans le cas du handicap visuel. Cela dépend vraiment du handicap. Alors il ne faut pas se cacher derrière l'argument financier en prétextant : « Ca coûte cher et nous n'avons pas de retour sur investissement ! »

H: Comment arrivez-vous à convaincre les professionnels qu'ils ont intérêt à financer des aménagements ?
VB
: J'avoue que ce n'est pas si simple ! La plupart le vit comme une contrainte, qui ne sera d'ailleurs pas imposée par nous mais par la loi en 2011. Mais, pour le moment, nous n'avons aucun moyen coercitif. Une étude a été menée auprès des professionnels labélisés qui va nous permettre de dresser un bilan. Mais ceux qui ne veulent pas s'engager vont avoir un sérieux problème en 2011 !

H: Trouver un hôtel adapté, c'est bien beau mais s'il n'y a rien à faire à proximité...
VB
: C'est là toute la problématique, qui nous incite aujourd'hui, après avoir longtemps misé sur les hébergements, à développer aussi les activités annexes.

H: Les associations de personnes handicapées vous accompagnent-elles dans ce travail ?
VB
: Oui, bien sûr. Elles s'impliquent dans le label TH pour exprimer leurs besoins et leurs attentes. La force de ce label c'est d'être paritaire autour des usagers.

H: Y-a-t-il une personne, chez vous en charge de faire un lien entre les 96 CDT sur cette thématique ?
VB
: Oui, elle s'appelle Christel Berlingue. Rn2d est une plateforme d'échange et elle a donc pour rôle de favoriser les liens entre les chargés de mission handicap. Nous avons mis en place de nombreux outils : une newsletter trimestrielle, des formations pour la labélisation, un groupe de discussion sur le net, des rencontres entre adhérents et deux guides pratiques.

H: Quand aurez-vous le sentiment d'avoir atteint votre objectif ?
VB
: Quand le label TH disparaîtra ! En Suède, par exemple, pas besoin de label car tous les sites sont accessibles. Notre démarche est néanmoins regardée avec intérêt par d'autres pays européens.

H: Les 27 et 28 mars 2010 ont lieu les journées Tourisme et handicaps. De quoi s'agit-t-il ?
VB
: Lors de ces journées nationales, les sites labellisés proposent des animations: portes-ouvertes, conférences, visites adaptées. Il y avait 50 CDT participants en 2009 contre 33 en 2008. C'est l'occasion de montrer aux usagers l'étendue de l'offre adaptée mais aussi de stimuler l'engagement de nouveaux professionnels.

* Réseau national des destinations départementales en France depuis janvier 2009, ex FNCDT (Fédération nationale des comités départementaux de tourisme) et Fédération Loisirs Accueil France

www.rn2d.fr
www.tourisme-handicaps.org

Propos recueillis par : Emmanuelle Dal'Secco

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Commentaires

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Le 02-03-2010 par mamyfan :
Effectivement ce n'est pas evident, je suis allée à l'office de tourisme de Royan pour chercher un appartement à louer, la réponse, a été : les propriétaires qui louent ne sont pas interessé par ce genre d'aménagement,tout est loué sans avoir besoin de faire des travaux. Je lui ai répondu que tout le monde a le droit de vivre!!A Royan ou nous allons souvent voir nos enfants, il n'y a qu'un hôtel équipé d'une chambre aménagée: "le rêve des sables" et les propriétaires sont charmants. Nous sommes des clients assidus des villages de vacances, eh bien, j'ai eu la désagréable surprise de voir que dans nombre de catalogues tel celui de renouveau entre autres, la signalétique avec le fauteuil roulant pour désigner les villages équipés ont disparus cette année, quelle avancée pour l'accueil du tourite handicapé, pauvre France, il y a vraiment beaucoup à faire.

Le 03-03-2010 par Fred :
je ne connais pas les critères exactes pour l'attribution du label tourisme handicap mais ce label n'aura aucun intérêt pour la personne handicapée qui voyage seule si parmi ces critères on n'impose pas la disposition d'un lit électrique médicalisé avec barrières et potence et /ou un lève malade qui peut être utilisé par la personne handicapée sans aide d'une tierce personne.

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