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Emploi et handicap : une question de droits de l'Homme !

Résumé : 'Tous les êtes humains naissent et demeurent libres et égaux en droits'. Qu'en est-il vraiment pour les personnes handicapées, notamment en termes d'emploi ? Le point de vue de Malik Salemkour*, vice-président de la Ligue des droits de l'Ho

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Handicap.fr : La discrimination à l'embauche des travailleurs handicapés faite-elle partie du champ d'action de la LDH ?
Malik Salemkour
: Oui, toute personne atteinte dans ses droits peut trouver auprès de la LDH aide et assistance, c'est l'article 1er de nos statuts ; il y a d'ailleurs chez nous une personne ressource qui suit particulièrement les questions liées au handicap et un groupe de travail interne sur toutes les discriminations.

H
: Quel bilan faites-vous de la situation en matière d'emploi des personnes handicapées ?
MS
: Avec les nombreuses lois, celles de 1975 ou de 2005, on a le sentiment que les choses avancent mais cela vaut surtout pour les personnes en situation de handicap physique. Or on déplore un immense retard lorsqu'il s'agit de handicap mental ou de difficultés psychologiques. Elles sont marginalisées, à l'abandon car il n'y a pas, en France, de politique en faveur du handicap psychique. La prochaine loi sur l'hospitalisation en psychiatrie marque une régression très forte dans la prise en charge des personnes en situation de handicap mental, en ayant tendance à les considérer comme des sujets forcément dangereux. Les collectivités locales ont été longtemps pourvoyeuses d'emplois : les personnes en « fragilité psychologique », les « simples d'esprit » trouvaient encore un emploi dans les villages. Mais aujourd'hui, ces personnes se retrouvent dans une totale exclusion !

H
: Il y a donc, pour les entreprises, des handicaps « acceptables » et d'autres qui ne le sont pas ?
MS
: Oui, évidemment ! La personne doit entrer dans un stéréotype qui suscite un regard de bienveillance et d'empathie. La personne paraplégique passe encore mais que dire de tous ceux qui présentent un handicap mental. On arrive pourtant à les faire travailler en CAT ou ESAT, alors pourquoi pas dans le milieu ordinaire ? Une personne atteinte de trisomie 21 ou du syndrome Gilles de la Tourette peut tout à fait être acceptée dès lors qu'on prépare son environnement de travail. Nous avons tous des collègues ou des chefs insupportables ! Alors ayons le même regard sur chacun et permettons à ces personnes d'être des salariés comme les autres, aussi bien sympathiques que désagréables.

H
: A l' occasion de la 14ème Semaine pour l'emploi des personnes handicapées, handicap.fr a reçu des dizaines de mails d'entreprises qui souhaitaient mettre en valeur leurs initiatives en faveur des travailleurs handicapés ? Il y a quand même un progrès manifeste dans ce domaine ?
MS
: Il est vrai qu'avec les chartes et labels « diversité » , la prise en compte des seniors comme l'insertion des personnes en situation de handicap font partie des engagements prioritaires constatés. Il y a d'ailleurs plus d'entreprises qui en recherchent que de postulants. On est face à un vrai problème d'offre. C'est pourquoi il est nécessaire de mener une sensibilisation en amont, dans les grandes écoles, les universités, des filières privilégiées qui étaient jusqu'alors bien bloquées. Heureusement, là aussi ça bouge !

H
: La situation s'avère donc plutôt encourageante pour les travailleurs handicapés ?
MS
: Oui mais il y a malheureusement des effets pervers dans ce système. Il ne faut pas croire que les entreprises agissent par altruisme. C'est parce qu'il y a une pénalisation financière très forte qu'elles visent ce quota de 6 %. Alors on assiste à une recrudescence de pressions, voire de harcèlement sur certains travailleurs déjà présents dans l'entreprise pour qu'ils se déclarent en situation de handicap. Qui a un problème de vue ou des difficultés à rester en situation debout...

H
: Une personne victime de discrimination doit-elle saisir votre ligue ou la Halde ?
MS
: L'un n'empêche pas l'autre. Je lui conseille de s'adresser, dans l'ordre ou en parallèle : à une association comme la nôtre ou à une association de défense des personnes handicapées qui l'aidera à monter son dossier puis à la Halde qui instruit et accompagne en justice, mais également directement aux Tribunaux. Les gens négligent trop souvent ce recours, or toute atteinte à la loi doit être sanctionnée par un juge. Les victimes de discrimination ne doivent plus se laisser faire !

H
: Qu'en est-il de la situation des travailleurs immigrés et handicapés qui cumulent deux facteurs d'inégalité ?
MS
: Cela arrive évidemment. Une entreprise recherche un travailleur handicapé mais, problème, il est noir ou vit dans le 93. On va dans ce cas préférer des postulants qui « passent mieux » !

H
: Vous étiez membre du jury du deuxième du Festival dans la Boîte! Emploi & Handicap initié par handicap.fr. Pourquoi avoir accepté cette invitation ?
MS:
Parce que nous considérons que la pleine citoyenneté passe par l'accès à l'emploi. Le regard des entreprises et la façon dont elles accueillent les travailleurs handicapés sont des actions majeures de lutte contre les préjugés. Alors, lorsqu'un film d'entreprise travaille sur ce sujet et tente de sensibiliser ses employés, nous sommes forcément sur le même terrain de revendication.

interview réalisée par Emmanuelle Dal'Secco

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Commentaires

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Le 17-11-2010 par badie :
tout à fait ,c'est un probléme des droits humains.
banda DIEYE à dakar -Sénégal

Le 18-11-2010 par Walter SALENS :
Le § 3 - "handicaps acceptables et d'autres..." suscite mon commentaire et constat: le taux de sortie des Esat vers les entreprises classiques du milieu ordinaire est toujours resté faible, de l'ordre de 1% pour plusieurs raisons, dont: productivité par trop faible, niveau initial de formation faible et non-désir des personnes à quitter l'ESAT où au-delà d'un travail, ils trouvent un environnement médico-social qui à son tour,leur est bénéfique et nécessaire. Je considère les 1% comme des exceptions.
Walter 95 - ancien gérant d'une entreprise adaptée.

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