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Stéphane Diagana : le handisport c'est de l'or !

Résumé : Stéphane Diagana, champion du monde du 400 m haies à Athènes en 1997, affiche également un magnifique palmarès en termes d'implication dans le handisport. Un athlète qui a autant de cœur que de corps !

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Handicap.fr : En 2010, vous avez participé à de nombreuses actions en faveur des personnes handicapées. Lesquelles ?
Stéphane Diagana : J'ai, entre autres, donné le coup d'envoi de l'opération Cecifoot. En mai 2010, j'étais au départ de l'opération « Courir ensemble » mise en place par Handicap-International. En octobre, j'ai pris la mer pour l'évènement « Star Handi Voile » et j'ai participé à la dictée d'ELA, association dont je suis l'un des parrains. En novembre, j'étais invité sur le plateau de la Magie du handisport diffusée sur TV5 Monde et, dans la foulée, je suis allé remettre le prix Sport lors de la 6ème cérémonie des Trophées de l'Apajh !

H : Pourquoi avez-vous tant d'engagements dans ce domaine ?
SD : Mon corps, c'était mon outil de travail alors je suis forcément sensible à tout ce qui touche à cela. C'est un support de liberté, de découvertes et de rencontres. Il me parait donc bien légitime de vouloir accompagner dans leur envie de se dépasser. Et puis il y a aussi, évidemment, une dimension médiatique. Notre notoriété permet d'apporter un éclairage sur ces actions.

H : Est-il donc « nécessaire » pour un sportif ou une personnalité de s'investir dans une cause ?
SD : Il y a peut-être quelques sportifs ou personnalités mal conseillés qui inscrivent cette implication sur leur agenda pour motifs professionnels, parce que c'est « bien vu », mais je suis convaincu que c'est très marginal. Pour ma part, j'ai la chance d'être en bonne santé et d'avoir réussi ma vie de sportif, alors j'ai envie de donner ! Pas par culpabilité ou par compassion. Juste l'envie d'aider et de m'associer au travail des bénévoles qui consacrent aussi de leur temps dans le plus grand anonymat.

H : Pourquoi le handisport intéresse-t-il si peu le grand public ?
SD : Il y a aussi des sports dits valides qui ne font pas la une des médias parce qu'ils ne proposent pas un spectacle très passionnant. Une descente de ski « amputés » ou non est bien plus vibrante - ce n'est bien sûr que mon avis de spectateur - qu'une compétition de curling « valides », et du fait de ses « atouts spectacles » aurait plus de chance de réunir des audiences régulières sur le plan médiatique ! Et vice versa. L'escrime handisport est assez statique et aurait à mon avis bien du mal à passionner le public non initié. Cela ne veut pas dire que l'escrime handisport n'a pas d'intérêt, mais seulement que le handisport est contraint, comme le sport valide, de répondre aux exigences du cahier des charges qu'impose le sport spectacle. Ceci étant, le handicap renvoie aussi tout valide à la fragilité de son propre état de santé, et c'est un frein certain à la médiatisation handisport.

H : Et pourtant, les performances de certains handisportifs sont véritablement dignes d'admiration...
SD : Ce qui m'agace un peu (et je crois que ça les agace aussi !) c'est lorsqu'on dit aux handisportifs qu'ils ont plus de mérite que les valides ou que l'on s'extasie sur leurs prouesses. Lorsque je vois la performance de Philippe Croizon qui a récemment traversé la Manche alors qu'il est amputé des quatre membres, ce n'est pas la prouesse du « handicapé » que j'admire mais bien celle de l'Homme dans sa capacité à refuser les limites ! Lorsqu'on fait de la discrimination positive, ça reste de la discrimination !

H : Ce désintérêt est encore plus flagrant en ce qui concerne le Sport adapté (pour les personnes ayant un handicap mental) !
SD : Une fois encore, il faut être suffisamment réaliste pour se dire qu'ils ne feront pas un « spectacle » susceptible de galvaniser les foules. Mais il y a de très belles initiatives dans ce domaine. Je pense notamment au Spécial olympics, reconnu par le CIO (Comité international olympique), qui est entièrement dédié aux sportifs handicapés mentaux. La priorité aujourd'hui, c'est de permettre l'accès du plus grand nombre à la pratique. Et, dans cette ambition, le Sport
adapté a certainement encore plus de travail que le handisport. J'ai déjà assisté à certaines de leurs rencontres, et il est évident que ces sportifs prennent un immense plaisir.

H : Quel serait pour vous l'avenir idéal pour le handisport ?
SD : Alors dans un monde idéal... Que les JO durent trois semaines au lieu de deux pour qu'on puisse y intégrer les handisportifs. Que soit favorisée la mixité dans toutes les disciplines, comme en athlétisme où des épreuves handisport sont organisées sur tous les grands évènements internationaux. Que l'on puisse ouvrir certaines épreuves handisport aux valides, comme par exemple les courses en fauteuil. Que l'on professionnalise le handisport. Que de grandes marques sponsorisent certains athlètes. Qu'on arrête de comparer les performances des handisportifs avec celles des valides, et que soient revendiquée la richesse de leurs spécificités. Qu'on prenne en compte la dimension spectaculaire du handisport. Que les grands médias cessent de s'y intéresser par empathie. Que chaque fédération prenne en charge les besoins de tous les athlètes, y compris handicapés, avec une commission spécifique pour tenir compte de leurs particularités techniques. Et puis, au final, que la fédération Handisport disparaisse. C'est à ce moment là qu'elle aura réussi son pari !

H : Et du côté des sportifs handicapés ?
SD : Qu'on les considère comme des sportifs à part entière. J'entends parfois : « Des sportifs handicapés dopés, mais c'est impossible ! » Et pourquoi pas ? Ils restent humains avec des envies de gagner et aussi de tricher. Il faut arrêter avec cette vision angélique des personnes handicapées. Ce sont des hommes comme les autres. Et prétendre le contraire, serait une fois encore de la discrimination positive !

H : Vous êtes-vous déjà senti handicapé ?
SD : Oui, d'une certaine façon. Nous sommes tous handicapés par rapport à un objectif de haut niveau, et c'est l'envie de surmonter ce « handicap » qui nous donne l'envie de nous dépasser. Et puis, plus prosaïquement, j'ai été blessé à plusieurs reprises. La grande différence c'est que je savais que je ne l'étais que momentanément et pas pour toutes les activités de la vie !

H : Avez-vous déjà couru en fauteuil roulant ou à l'aveugle ?
SD : J'ai fait un essai en fauteuil en escrime avec David Maillard et en basket avec Ryadh Sallem. Dans l'histoire, c'était moi qui étais handicapé. Et je me suis entrainé à la course avec les yeux bandés avec Aladji Ba et son guide Denis Auge. C'était une expérience étonnante qui permet un autre regard sur soi-même et son corps !

H
: Quel est le plus beau souvenir dans le domaine du handisport ?
SD : Sans hésiter une seconde la victoire de Joël Jeannot sur le 1500 m fauteuil lors des Championnats du monde d'athlétisme en 2003. Il a réalisé un magnifique exploit devant les 70 000 spectateurs du Stade de France en liesse. Il n'était plus question, dans ce moment d'extase, de valides ou de handicapés. On ne pouvait espérer mieux en termes d'intégration et d'enthousiasme !

Propos recueillis par Emmanuelle Dal'Secco

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