Frères et sœurs dans la même école. L'idéal et la réalité

Résumé : Tous les enfants dans le même établissement : quoi de plus simple et de plus rassurant… pour les parents ? Parce qu'en écoutant les remarques des plus jeunes, il n'est pas certain que ce soit toujours une bonne idée.

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« C'est une très belle aventure humaine pour notre famille ! » Béatrice Boudier pourrait témoigner au nom de tous. Maman de Pierre, 3 ans, atteint d'une anomalie chromosomique (retard mental, stéréotypie, absence de langage), elle n'envisageait pas la scolarisation de son fils. Mais l'enthousiasme d'une institutrice a fini par la convaincre : « Allez, on y va ! Maintenant c'est possible, c'est la loi. »
Un peu paniquée, Béatrice commence par évoquer l'idée avec ses jumeaux, Antoine et Marie, de deux ans plus âgés. Bémol du côté de la fratrie : les jumeaux se montrent inquiets, ils jugent que Pierre aura du mal à affronter l'école. L'été passe… « Le jour où son frère est arrivé à l'école, Antoine est devenu blême, raconte Béatrice. Et puis, au fil des semaines, il s'est créé entre eux quelque chose de plus fort. Finalement, leur relation fraternelle ne s'était construite que sur de sempiternelles visites à l'hôpital. Pierre ne jouait jamais avec les jumeaux à la maison. Mon fils me disait toujours : “Pierre, c'est un hôpitaleur !” Grâce à l'école, ils ont découvert un nouvel univers commun. Aujourd'hui, Pierre est un “écoleur”… Il s'est mis à sourire et à pleurer, à livrer ses émotions. Il accepte désormais que son frère et sa sœur viennent jouer dans son espace. Je suis persuadée que la scolarisation, si elle est bien préparée, est un réel enrichissement. »
Même écho dans la famille Sidi Atmane. Thierry, papa de Samuel, 7 ans, qui est autiste, et de Léo, 5 ans, considère que cette fratrie scolaire a constitué un fabuleux moteur pour l'aîné. « Durant deux ans, mes fils ont été ensemble à l'école maternelle. Léo a toujours poussé son frère et a pleinement participé à ses stimulations. » À l'école, le cadet guide l'aîné et joue le rôle du grand frère. « Dans ce contexte, la fratrie était bénéfique : à travers son frère, Samuel conservait ses repères. Il ne s'est jamais senti exclu, car ils ont un mode de communication qui leur est propre. Au début, Samuel recherchait exclusivement la compagnie de son frère. Cependant, au fil du temps, sans doute mis en confiance par cette présence familière, il a pu nouer des liens avec les autres enfants. En fait, le risque majeur était surtout pour Léo, mais son institutrice a pris garde qu'il ne soit pas uniquement centré sur cette relation. »

En croisade contre tous
Pour la plupart des parents, la fratrie à l'école semble bénéfique dans le sens où elle favorise l'intégration de l'enfant handicapé. Même si, éventuellement, celle-ci s'organise au détriment de l'enfant valide… Ce que confirme à son tour Stéphanie Fondrevert, la maman de Florian, 7 ans, autiste. Durant toute la maternelle, il a partagé son école avec son frère Clément, 8 ans et demi. Dans la cour, l'aîné veillait sur le cadet. Clément a pris ce rôle très au sérieux. « C'est certainement grâce à Florian qu'il a trouvé sa place au sein de l'école, car il n'avait de cesse de dire aux autres : “Mon frère est handicapé, mais c'est quand même un gentil garçon !” J'ai toujours pensé que, pour Florian, le bénéfice avait été réel. Mais je dois bien avouer que mon fils aîné a souffert des moqueries, du regard, de l'incompréhension. Aujourd'hui, Florian a intégré une CLIS, et mes trois enfants sont dans trois écoles différentes. Ils envisagent sereinement cette séparation. Et c'est peut-être mieux comme ça, surtout dans le primaire, où il y a parfois davantage de violence. Florian est fier d'aller à la grande école, et Clément n'a plus à partir en croisade », explique cette maman.
Tout n'est donc pas toujours rose sur les bancs de l'école. C'est le triste constat fait par Marie Lacour, la maman d'Aurélie, 8 ans, trisomique. Parce qu'elle habite un village, Aurélie est dans la même classe, à double niveau, que sa sœur Julie, âgée de 9 ans. Dans leur cas, l'implication de la fratrie a pris un tour inattendu. « Aurélie n'a pas cherché à établir un lien particulier avec sa sœur. Elle passait son temps à solliciter des câlins auprès de son institutrice, de l'assistante ou même des autres parents. Et, du fait qu'elle était handicapée, les gens se montraient plutôt réceptifs, tout comme nous à la maison. Julie en a souffert. Je crois intimement qu'elle aurait préféré que les gens rejettent sa sœur, car, pour une fois, elle aurait pu assumer un rôle de guide, de référent. Julie s'est sentie frustrée dans son désir de protéger, au point qu'un jour je l'ai entendue dire à l'une de ses amies : “Mais c'est dégoûtant de faire des bisous à une handicapée !” »

Les jumeaux :
un cas particulier
Bilan contrasté au fil de ces témoignages. Et Laurent Merx, instituteur, apporte un éclairage encore différent. Hervé et Simon, qui est infirme moteur cérébral, sont jumeaux. Dans leur école, il y a un autre couple de jumelles avec lesquelles ils ont sympathisé. Les filles sont un peu les coqueluches, mais les garçons ont un statut radicalement différent. Un jour, l'un de leurs camarades leur dit : « Pourquoi, chez vous, il y en a un de raté ? »
« Je crois que Simon s'est senti coupable, aux yeux de tous, de ne pas être à la hauteur de la fratrie idéale imaginée par tant d'enfants, se souvient Laurent. Dans ce couple, l'union signait la différence. L'école lui est apparue comme un univers terriblement cruel, alors qu'à la maison il était protégé. Après cet incident, Simon a fait en sorte d'éviter Hervé dans la cour de récréation, afin de ne pas endommager l'image de son frère ! » Difficile d'être deux au milieu de tous…
Emmanuelle Dal'Secco

Cet article est paru dans la rubrique psycho du numéro 115 de Déclic, le magazine de l'enfant différent. Pour recevoir gratuitement ce numéro : www.magazine-declic.com

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