Le travail, une usine à produire du handicap ?

Résumé : A l'heure où l'inclusion des personnes handicapées dans l'emploi est devenue un thème majeur, qu'en est-il de ceux qui " tombent " dans le handicap au sein de leur entreprise ? Pour eux, c'est souvent la direction " exit ".Un paradoxe tragique

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D'un côté, on embauche des personnes handicapées, de l'autre, on en produit. Dans l'entreprise, comme en toute chose, rien ne se perd, tout se transforme. Mais dans cette ère du recyclage à outrance, certains « matériaux » semblent devoir être laissés sur le carreau ! Et, pour certains, le « carreau », c'est pire que la mine, c'est juste l'enfer. Malgré l'obligation d'emploi des personnes handicapées, malgré les discours encourageants, malgré les effets d'annonce, force est de constater que de nombreux salariés devenus handicapés au cours de leur vie professionnelle sont contraints de quitter leur entreprise pour inaptitude, faute de pouvoir être maintenus à leur poste par l'employeur. Drôle d'ironie qui veut que, pendant que certains travailleurs handicapés entrent par la grande porte, portés par un idéal social, d'autres quittent leur entreprise par la porte de service... portés par une civière !

Un système actuel aberrant


La question du maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés se pose donc à deux niveaux : assurer une perspective de carrière à ceux qui ont été embauchés en tant que travailleurs handicapés mais, en même temps, promettre une continuité à ceux qui, déjà en emploi, sont affectés pas une situation de handicap, qu'elle soit ou pas, de la responsabilité de l'entreprise. « En France, la compensation et la réparation restent insuffisantes. Notre système actuel est aberrant. Je dis toujours, mieux vaut avouer un accident de voiture en allant en vacances qu'au travail ! » Ce propos est celui de Bernard Salengro, secrétaire national de la CFE-CGC. A la fois syndicaliste et médecin du travail, il porte deux casquettes qui lui permettent de faire le constat suivant : « en France, le nombre d'accidents du travail est inacceptable car il n'y a pas d'efforts de prévention (nous sommes bien documentés mais souvent désarmés), et cela génère du handicap ».

Conséquences psychiques : risque de burn out


Et pas seulement physique car l'impact sur l'équilibre psychique et affectif est de plus en plus dommageable. Risque majeur de « burn out » qui altère les capacités cognitives et émotionnelles ! Ces conditions de travail de plus en plus exigeantes sont des pourvoyeurs majeurs de handicap. Un sondage réalisé tous les six mois par la CFE-CGC en atteste. « Dans nos relais syndicaux, c'est un thème central qui revient sans cesse. Nous avons pris le parti de former nos militants sur cette question pour qu'ils deviennent des relais dans les entreprises, à travers des actions de formation, des vidéos et une BD réalisée avec l'appui de l'Agefiph. Au niveau syndical, la question du handicap pose réellement de nombreuses occasions de négocier. »

Accident du travail : reclassement difficile


Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fnath (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés) connait, lui aussi, parfaitement son sujet de prédilection. Il fait part des conclusions d'une étude réalisée en 2012 auprès de ses adhérents pour connaître leur situation après une maladie ou un accident professionnel : 45 % ont repris une activité mais avec une diminution de leurs ressources puisqu'ils n'ont pas été maintenus au même poste. Sans compter que, parmi eux, beaucoup ont dû quitter leur emploi au bout de quelques années. Les 55 % restants n'ont pas retrouvé d'emploi, a fortiori ceux qui étaient déjà fragilisés par des situations professionnelles spécifiques : contrats en intérim, petites entreprises où le reclassement est difficile, cas de lombalgies ou de troubles musculo squelettiques... Autant de circonstances qui engendrent inexorablement l'exclusion de l'entreprise.

Fonction publique : un gâchis humain !


Au sein des trois Fonctions publiques, ce sont 15 000 personnes concernées. « Un gâchis humain et matériel, selon Jean-Charles Watiez, directeur général du Fiphfp ». Fin 2012, ce fonds a lancé un forum régional qui réunit les partenaires autour des préfets de région pour se pencher la question du maintien dans l'emploi. En 2012, 3 000 agents ont pu être maintenus grâce à l'action des 99 Sameth et des 41 Cometh qui, en France, développent un travail précoce de réinsertion. Le Fiphfp a, par ailleurs, mobilisé une enveloppe spécifique pour les adaptations du poste de travail, la reconversion professionnelle et l'embauche d'AVS.

« A travers le Cheval de Troie qu'est le handicap, on aborde de nombreux problèmes de l'entreprise, conclut Bernard Salengro ». Une question, éminemment sociale, qui doit donc être traitée à plein galop. N'apprécie-t-on pas la qualité d'une société à l'accueil qu'elle réserve aux plus fragiles ?

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