Handicap en Ile-de-France : pas d'emploi sans transport !

Résumé : 15 décembre 2012 : inauguration du prolongement du Tramway parisien ! L'occasion de faire un point sur les lacunes et promesses du système de transport en Ile-de-France pour les voyageurs handicapés. Un sésame indispensable pour accéder à l'emploi..

Par , le 

Lire les réactions et réagissez !

Début novembre, la France entière s'est rassemblée, dans un immense élan, que l'on peut espérer fraternel, pour célébrer la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées. On y a beaucoup parlé travail, formation, quotas, obligations mais plus rarement transports. Or, sans métro, pas de boulot ni de dodo ! A l'occasion du colloque d'ouverture organisé par L'ADAPT, initiatrice de cette Semaine, Gislen a souhaité témoigner de ce frein important pour l'accès à l'emploi.
Elle a 20 ans, est étudiante en BTS tourisme en alternance en région parisienne et, accessoirement, circule en fauteuil roulant. Accessoirement, vous êtes certain ? « Le manque d'offres de transport adapté a un impact considérable sur mes études. Les bus sont en principe accessibles mais les chauffeurs n'ont pas forcément reçu de formation pour accompagner les passagers à mobilité réduite ou ont parfois tout simplement la flemme d'appuyer sur le bouton. Sans parler des pannes de rampes amovibles incessantes. » Pour se rendre à Paris, Gislen doit emprunter trois bus. Compliqué ! Mais elle n'a trouvé aucune d'entreprise à proximité de chez elle pour l'accueillir, malgré 18 mois de recherche non-stop. Faute d'employeur, au bout de deux mois, elle a dû renoncer à poursuivre ses études...

Transport :les aides des entreprises


Cette réalité est celle d'un très grand nombre de personnes handicapées. Bien sûr, pour les transports domicile/travail des travailleurs en emploi bénéficiant de la RQTH (Reconnaissance qualité de travailleur handicapé) certains dispositifs ont été mis en place. Mais c'est souvent un gouffre sans fond pour les entreprises qui pourraient légitimement, si le réseau de transport était davantage « handi-circulant », consacrer ces ressources à d'autres aménagements ! Une responsable de mission handicap témoigne : « Nous sommes confrontés à des dépassements de budget considérables à cause des frais de transports de nos salariés en situation de handicap. Pour l'heure, notre politique consiste à prendre en charge la totalité des frais, en activant les subventions Agefiph lorsque c'est possible. Mais je ne suis pas certaine que cela pourra durer. »

Le tramway, solution optimale


Un nouveau partenaire pourrait bien changer la donne. Il s'appelle « Tramway » ! Relégué au rang des « antiquités » à la fin des années 30, il revient depuis quelques années sur le devant de la scène francilienne et pourrait bien devenir le sésame tant attendu pour tous les voyageurs handicapés. A nouveau moyen de locomotion, nouvelle réglementation ! Le Décret 2006-138 du 09-02-2006 relatif à « l'accessibilité du matériel roulant affecté aux services de transport public terrestre de voyageurs » stipule, dans son article 2, que le matériel roulant doit satisfaire à l'obligation suivante « au moins une porte par véhicule ou par rame permettant le passage d'un fauteuil roulant ». Fauteuil roulant, mais pas seulement... En effet, plus d'un tiers des piétons éprouve des difficultés à se déplacer, qu'il s'agisse de personnes handicapées ou âgées, mais aussi de voyageurs accompagnés d'enfants en bas âge ou chargés de bagages...

Un bouquet de services adaptés


C'est donc le 15 décembre 2012 que le prolongement du T3 doit être inauguré, entre la porte d'Ivry (13ème) et celle de la Chapelle (18ème). Une aubaine pour les passagers à mobilité réduite qui vont enfin pouvoir faire la moitié du tour de Paris sans restriction (depuis le Pont du Garigliano, dans le 15ème) ! Les déplacements sont en effet facilités par un « bouquet » de services : un mobilier urbain limité au maximum afin de réduire le nombre d'obstacles sur les trottoirs, des traversées facilitées grâce à l'abaissement des trottoirs et leur matérialisation avec des bandes podotactiles (bandes en relief posées au sol), des quais au même niveau que les rames et des places de stationnement élargies et dédiées. L'amélioration de l'accessibilité passe également par la sécurisation des traversées au niveau des passages piétons, pour accéder aux quais, et des voies pour aller d'un quai à l'autre. A cette fin, des signaux sonores sont donc mis en place.

La RATP à Paris


Dans les zones non couvertes pas ce nouveau moyen de transport prometteur, d'autres solutions sont proposées, pas toujours très pratiques ni souples mais qui ont l'avantage de se généraliser. Depuis 2003, le service de transport collectif à la demande destiné aux personnes handicapées, PAM (numéro Azur pour Paris : 0810 0810 75), est en place à Paris et en Ile-de-France. Même si tous les départements franciliens n'ont pas les mêmes pouvoirs et le même engagement financier ! La Ville de Paris et le Conseil régional ont, par ailleurs, signé une convention pour aménager et rendre accessible trente taxis parisiens. Enfin, la Ville a travaillé, aux côtés de la RATP, à la mise en accessibilité de toutes les lignes de bus parisiennes. Ce travail se poursuivra dans les années à venir, à l'image des lignes du programme Mobilien qui intègrent déjà cette accessibilité indispensable pour tous. Depuis juin 2012, un nouveau service de la RATP dédié aux personnes sourdes et malentendantes permet de joindre le service clientèle en Langue des signes française (LSF) ou par écrit (TXT) sur ratp.fr. Saluons également la création de la ligne de métro 14, entièrement automatisée et accessible par ascenseur. La promesse du Grand Paris avec ses nouvelles liaisons interdépartementales ira également dans ce sens. Mais la circulation des premiers trains sur cet ambitieux réseau n'est prévue qu'en 2018 ! Alors, pour le moment, vogue la galère...

Les promesses SNCF


En attendant cet eldorado tant espéré, la SNCF a, elle aussi, mené plusieurs actions qui rapiècent, petit à petit, le tricot de l'accessibilité. La première, c'est le grand chantier portant sur ses gares initié en 2009. Les 143 gares encore non accessibles sur les 266 que compte le réseau (207 RFF/SNCF et 59 RATP) devront l'être en 2018. Ces travaux prévoient un accès complet, de la voirie (abords des gares) jusqu'au train, en prenant en compte tous les handicaps (personnes en fauteuil roulant, malvoyantes, avec des difficultés temporaires de déplacement...). Il s'agit d'aménager des ascenseurs, de rehausser les quais, de réaménager les guichets de vente et d'aménager l'accès direct au bâtiment. En attendant, la SNCF a lancé, en novembre 2012, un service expérimental, financé par le STIF (Syndicat des transports d'Ile-de-France) pour permettre aux personnes à mobilité réduite de rejoindre les transports en commun depuis toutes les gares d'Ile-de-France non encore accessibles, du premier au dernier train de la journée. Cette liaison s'effectue alors par la route, avec un transporteur spécialisé. Elle est sans surcoût, et même gratuite pour les porteurs de la carte Navigo.

Cette problématique du transport vaut, bien entendu, pour l'ensemble du territoire. Car tous les citoyens handicapés n'ont pas la chance de vivre à Nantes, la ville la plus accessible de France (selon le baromètre APF 2012) et la deuxième d'Europe après Berlin. Cette médaille d'argent lui a été décernée par l'Union européenne il y a quelques jours, lors des Access city awards 2013.

Infos:

Accessibilité du nouveau tram : http://accessibilite.tramway.paris.fr/ewb_pages/a/accessibilite.php

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. »

Lire les réactions et réagissez !  

Handicap.fr vous suggère les liens suivants :

Tous les liens


Commentaires

Réagissez à cet article

Le 09-12-2012 par paume :
Rendre les transports en commun dans les grandes villes accessibles aux handicapés pour aller travailler c'est très bien mais il faut que la société s'intéresse aussi au transport de ces personnes en zone rurale ou les liaisons inter communes sont pratiquement inexistantes, et si le jeune handicapé n'a pas de voiture, c'est pas de travail

Soumettre votre avis

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.

Haut

Recevez la newsletter Handicap.fr

Découvrir Autonom-ease - notre sélection de produits et de solutions pour vous et vos proches