Mélanie, étudiante handicapée : mes galères à la fac !

Résumé : La scolarité des jeunes handicapés est semée d'embûches mais quand vient l'heure des études supérieures, c'est le début des grosses galères. Mélanie a lutté contre l'aberration administrative et obtenu victoire... Parcours d'une combattante !

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Mélanie, 20 ans et étudiante. Outre ma dyslexie (j'ai droit à un tiers-temps pour l'ensemble des épreuves, partiels comme contrôles continus), j'ai été diagnostiquée à l'âge de 16 ans pour un syndrome d'Ehlers-Danlos. Il provoque de grandes douleurs dans les articulations, des entorses récurrentes, des difficultés de concentration, une hypersensibilité générale, des vertiges, des problèmes gastriques et de très grandes fatigues physiques associées à une frilosité chronique. Comme des « coups d'électricité » qui partent de l'extrémité des os et résonnent à l'intérieur. Tout mon quotidien est en affecté. J'ai cependant toujours réussi à suivre bon gré mal gré ma scolarité, et désormais mes études.

Vous appelez ça une prise en charge ?

Bienvenue à la Faculté des Sciences de Montpellier. Il faut garder le rythme, supporter les longues heures de cours qui s'enchaînent et les positions assises interminables dans les amphithéâtres. J'ai choisi de m'y confronter et suis fière de mon endurance. Mais mon coup de gueule a pour but de dénoncer les conditions dans lesquelles les étudiants en situation de handicap sont pris en charge ou, plus exactement, ne sont pas pris en charge. Être handicapé ne suffit visiblement pas, il faut en plus se confronter aux services, sans relâche, afin de faire valoir des droits pourtant reconnus. Fraîchement débarquée à la fac après mon bac, j'y ai découvert un lieu d'une inhumanité considérable, ai dépensé beaucoup de temps et d'énergie pour essayer de trouver quelqu'un capable de me renseigner.

Le tiers-temps : une lutte de longue haleine

À qui s'adresser ? Comment se faire entendre ? De nombreux mails pour la plupart restés sans réponse. Ces questions n'éveillent aucun intérêt de la part des interlocuteurs. On vous considère comme quantité négligeable. J'ai finalement trouvé, dans un coin, le bureau de la médecine préventive. Après deux mois et demi de recherche,  j'ai enfin pu m'adresser aux personnes concernées. L'accueil fut glacial et je me suis entendue dire, de la part d'une infirmière : « Les dossiers tiers-temps ne seront plus acceptés à partir de jeudi prochain, il va falloir le faire en urgence, vous auriez pu vous y prendre plus tôt, Ma-de-moi-selle ». Ah bon ? Cela fait 2 mois et demi que je vous cherche ! Certains enseignants refusent ensuite de vous donner ce tiers-temps parce qu'ils n'ont pas envie de faire du « rab » et vous gratifient de quelques points en plus pour compenser et se donner bonne conscience. Quelle frustration de rendre un travail inachevé ! D'autres ont un comportement dédaigneux. Les mois défilent. Je m'accroche et valide mon année.

Partiels : pas de 2ème chance

Je m'inscris donc en Licence 2 et recommence mes dossiers pour le tiers-temps, comme à chaque rentrée. Beaucoup de travail et une année continue sans repos puisque j'ai passé mes vacances de Noël en crise, sous morphine. Au deuxième semestre, la fatigue se fait plus grande. En mai, je passe mes partiels comme je peux. Le dernier est l'un des plus importants du semestre, une « unité d'enseignement » à fort coefficient.  Mais je ne peux pas composer cette épreuve en raison de mon état de santé. Je fournis un certificat médical à l'enseignant référant et à l'administration. Et pourtant, surprise : un ZÉRO, coefficient 7,5 ! Et voici comment une moyenne de minimum 14 chute à 10,5 alors que j'ai fourni un travail colossal.
Le service des scolarités me répond que « toute épreuve non composée équivaut à un zéro ». Cette idée même, dans le cas d'une maladie (pas un petit rhume), me scandalise. D'autant qu'on m'interdit strictement l'accès à la session de rattrapage. Cette injustice profonde me blesse et je décide de ne pas en rester là. En vain…

Sélection par la discrimination

Visiblement, un étudiant handicapé et reconnu par la MDPH n'a pas le droit d'être malade. Quel recours aurait un salarié face à cette situation ? Les universités font-elles de la sélection sur des principes basés sur l'injustice et la discrimination ? Pourtant, mon handicap n'impacte pas mes capacités intellectuelles. Bien décidée à me faire entendre, je contacte le Président de la faculté par lettre recommandée. Je reçois une simple réponse par mail me disant qu'il ne peut rien faire… Je contacte le médiateur du Rectorat de Montpellier qui, lui aussi, prétend ne rien pouvoir y changer. Il a eu le seul pouvoir de convoquer une réunion, sans grande écoute, sans grande avancée, du « dialogue du paraître », juste peut-être pour soulager leurs consciences mais sûrement pas la mienne.

Face à un mur de lois

J'ai fait face à un « mur de lois ». Un mur d'indifférence ? « Nous sommes dans la loi, Mademoiselle ». C'est bien, vous dormirez tranquille ce soir. Pas moi. Qui osera affronter un jour la loi et la dénoncer ? Qui ? Unis ou seul, avec ceux qui osent ? Je partage cette histoire pour encourager les étudiants et les personnes handicapées à dénoncer haut et fort les discriminations auxquelles elles sont confrontées. Moi qui me bats depuis 10 ans pour accéder au métier de mes rêves, professeur des SVT, je ne peux admettre que de telles situations soient imposées à des élèves.

Victoire, les textes évoluent

Heureusement, à la rentrée 2014, les textes ont évolué… Victoire ! Il existe de nouvelles Modalités de contrôle des connaissances (MCC) pour l'année 2014-2015 (lien ci-dessous). Avec un certificat médical acceptable, il est possible de repasser l'épreuve, à laquelle on n'a pas pu être présent, lors de la deuxième session. Enfin ! Qui plus est, le handicap sera visiblement davantage pris en compte à l'avenir. Cela reste à prouver dans la pratique mais c'est déjà un grand pas. Bien sûr, je ne saurai jamais si mon action est la racine de ce changement… Mais, le plus important, c'est d'avoir lutté.

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Commentaires

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Le 22-01-2015 par Thomas SALMON :
Bonjour,
Je remonte mon fil mail de google alerte "étudiant handicap" et je viens de lire avec attention votre témoignage. Il y a eu de très nombreux dysfonctionnements de la part de l'université, de son personnel et du corps professoral. Et je ne parle pas de celle qui vous donne un ZERO alors que vous n'avez pas passé l'épreuve. C'est hors la loi. Il aurait fallut vous mettre un ABS pour absence. Les nouveaux MCC n'ont pas changé cela. Le fait d'être absent à un examen ne vaut pas note, cela a toujours été. Je suis représentant d'une organisation étudiante, la FAGE - la Fédération des Associations Générales Etudiantes. Si vous souhaitez avoir plus de renseignements sur vos droits n'hésitez pas à me contacter. Thomas.salmon@fage.org En vous souhaitant bon courage,

--
Thomas SALMON

Le 22-01-2015 par maman de Stef :
mon fils a 42 ans: le combat de Mélanie? nous l'avons mené et gagné il y a plus de 25 ans (BEPC,BAC,études sup)...je pensais que c'était de la "vieille histoire", que les lois étaient enfin applicables et appliquées!!
se battre toujours et ne rien lâcher!
crdlt

Le 22-01-2015 par valentine73 :
Heureusement que la Législation
permet de poser les grandes lignes
mais gouffre entre les textes et les applications

dans tous les domaines de la vie sociale

Le 22-01-2015 par age240578 :
Bonjour,

Je comprends tout à fait ce que vous vivez parce que je l'ai vécu et continue de le vivre. En effet, j'ai deux maladies génétiques qui ont été diagnostiqué très tardivement et concernant les études, j'ai dû passer le bac avec une grande difficulté mais je n'ai pas lâché. J'ai dû attendre un traitement pour pouvoir continuer des études sup. parce qu'aussi pour les représentants administratifs des universités que les professeurs, tout se limite aux textes de lois. Alors, cela a été jusqu'à me dire malade ou pas, c'est à moi de m'organiser sinon je fais autre chose.
Aujourd'hui, ce n'est pas plus facile malgré certaines améliorations de mon état, je dois toujours donner plus. Cela m'aura également permis de gagner sur d'autres points.
Alors, ne te décourage pas, courage.

Le 24-01-2015 par anouk bono :
BONJOUR je me reconnais énormément dans beaucoup des choses que tu relate je suis actuellement en L3 de biologie a l'université de Grenoble.
je rencontre aussi beaucoup de difficulté a faire me faire entendre dans les hautes sphères de l'université qui sont bien loin de la réalité et qui n'ont pas envie de faire un précédent comme ils disent et qui restent figés sur les pseudo règles de la fac !
cependant je dois souligner qu'il y a aussi des personnes a l'université qui se mouillent pour essayer de changer les choses et je les en remercie !

Le 24-01-2015 par margaux Robinet :
Je comprends tout à fait ayant moi même une maladie auto immune rare depuis presque 5 ans je n'ai jamais pu continuer mes études ... rien n'est réellement adapté; on se fait presque harceler parce qu'on est malade ... ça devient n'importe quoi!

Le 24-01-2015 par PierreLancien :
J'ai hésité avant de donner mon témoignage. Lourdement handicapé physique il se trouve que j'ai fait la majeure partie de mes études supérieures à Montpellier il y a 40 ans ! A l'époque j'étais un des rares "handi" en études supérieures, maîtrise, ingé et je n'ai jamais eu de pb vis-à-vis de l'université (où je rentrais dans le campus sans pb avec ma voiture) et Ecole d'ingé. Je logeais en RdC à la Cité U du Triolet. Je ne veux pas critiquer mais tout repose dans le contact. Ce n'est pas parce qu'on est handi qu'on doit exiger que. J'ai toujours trouvé, à l'époque, des personnes de bonne volonté, attentives et compréhensives.L'histoire du zéro : un "simple" certificat médical ne suffit pas malheureusement.
Je trouve ce récit bien noir qui en rajoute un peu dans le pathos et laisse imaginer le type de courrier envoyé d'où les réponses.
Courage et je vous souhaite d'exercer un métier compatible avec votre handicap (il faut aussi penser à çà pour éviter les désillusions).

Le 26-01-2015 par youras :
bonjour je suis maman de trois enfants malvoyant handicapés deux sont étudiant un en doctorat et l'autre à bac plus 5 Je me suis battus pour mes enfants et cela jusqu'à la fin mais le combat ne sera jamais fini car aujourd'hui je rencontre les mêmes soucies avec mon dernier qui est aussi malvoyant donc rien n'a vraiment évolué notre meilleur arme est le combat pour réussir bon courage à tous

Le 27-01-2015 par Mélanie :
Merci à tous pour vos commentaires, le soutien est toujours précieux.
Pour répondre dans l'ordre:

- Thomas SALMON: J'ai malheureusement eu une ABJ, et justement, c'est dans ce cas là que le zéro est automatiquement attribué (et je fais bien la distinction entre ABI er ABJ!). Rien n'est possible. Même le médiateur du recteur de l'Académie n'a pu rien changer. C'est les facs qui régissent en interne leurs modalités de contrôle...
Merci quand même pour votre proposition.

-Stef: oui, ne rien lâcher, jamais!

-anouk bono: Courage à toi aussi, les choses changent et c'est bien. Je te souhaite réussite et bonheur dans tes études!

-margaux Robinet: C'est vrai que cela devient très dur au fil des ans, et la fatigue s'accumule. On perd de l'énergie pour des choses annexes aux cours où on ne devrait pas en perdre...

Le 27-01-2015 par Mélanie :
-PierreLancien: Votre témoignage m'intéresse. Merci d'avoir osé le poster.
Je répondrais simplement que cela est très très blessant de recevoir un zéro alors même que je n'ai pas pu passer l'épreuve et que j'avais partout ailleurs de très bonnes notes. Cela a eu beaucoup de conséquences dans l'ensemble de ma vie. Et qui plus est, je viens d'apprendre que je risque de ne pas avoir mon master à cause de ce zéro même, les notes depuis la L1 comptant.
Et j'ai reçu 4 témoignages t'étudiants actuellement à la fac qui trouvent eux aussi qu'il y a encore beaucoup de choses à améliorer pour la prise en charge des handicapés. Personnellement, j'essaye d'aider du mieux possible en apportant mes idées et mon soutien au service handicapés de la fac.

Le 27-01-2015 par Mélanie :
-PierreLancien 2 :
J'ai aussi eu le soutien personnel d'une directeur de CNRS qui lui a quitté cette fac en tant qu'enseignant chercheur car il ne supportait plus la « non prise en charge » des handicapés. Il m'a notamment raconté une histoire avec l'une de ses étudiants handicapés qui m'a beaucoup touché (dans les années 90). Il avait quitté cette fac pour partir à Grenoble et Paris, où il n'a jamais retrouvé de telles conditions de toute sa carrière... A méditer...
Concernant les contacts, j'essaye de faire pour le mieux. Mais ce n'est pas simple dans une grande fac où personne ne connait presque personne (même au sein d'un même service ils ne se connaissent pas! J'ai vu cette aprem dans un labo de recherche où je cherchais un des mes enseignants!!!).

Le 27-01-2015 par Mélanie :
-PierreLancien 3 :
J'ai aussi eu le soutien personnel d'une directeur de CNRS qui lui a quitté cette fac en tant
Si un certificat ne suffit pas, si être malade pour cause de handicap ne suffit pas, il faut quoi alors? Je suis preneuse de toutes idées Monsieur, vraiment.
Mon métier, je l'ai plus que réfléchi, c'est ma passion, ma vocation. Et je fais tout pour y parvenir. Merci pour votre encouragement.

-youras: Ne jamais baisser les bras, courage, courage et courage! On finit par y arriver.

Le 08-07-2016 par cid67500 :
Les objectifs de l'association:
- Faire partager l'expérience de parents de jeunes handicapés
- Accompagner, renseigner, échanger, aller à la recherche des renseignements pratiques et administratifs.
- Se tenir informé des textes de loi et décrets en modifications permanentes.
- Obtenir le vote d'une loi pour le versement d'une allocation étudiant handicapé dans la continuité de l'AES (allocation éducation spécialisée), versée jusqu'à 20 ans à des jeunes handicapés qui sont aptes et volontaires pour faire des études supérieures afin d'obtenir à terme un emploi pour ne pas dépendre de la société toute leur vie, et qui ne sont pas recevable à l'AAH ( allocation adulte handicapé).

Le 24-08-2016 par laurence :
Malgré les beaux discours sur l'intégration, force est de constater que sur le terrain c'est toujours la galère... souvent, même si parfois cela peut bien marcher et cela devrait bien marcher, on se heurte toujours à des personnes qui rejettent l'handicap ou n'ont pas conscience des difficultés inhérentes à l'handicap..

Le 24-08-2016 par laurence :
Mon fils en fac depuis trois ans, doit toujours prouver ses difficultés pourtant si évidentes, notamment pour les tiers temps, certains profs ne comprennent pas ce besoin.. un tiers temps en salle à part est pourtant évident ne serait ce que pour la concentration.. pire mon fils compose parfois en amphi parmi les valides, il subit ainsi une déconcentration évidente et doit parfois changer de salle en cours d'examen pour continuer son tiers temps ailleurs... réponse de la fac "manque de personnel surveillant" soit manque financier, ce sont les étudiants handicapés qui subissent ainsi les premiers les manquements financiers. dorénavant on lui a dit que les tiers temps en salle à part le serait uniquement pour les étudiants accompagnés d'un secrétaire...

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