28/30 juin Paris : un festival sexe et handicap sans tabou

Résumé : La 2e édition du festival "Ma sexualité n'est pas un handicap" investit le Cenquatre à Paris du 28 au 30 juin 2018. Un moment festif, des initiatives sans tabou. Lenaig Péron répond à tout ce que vous avez toujours voulu savoir sans oser le demander

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Handicap : Un festival sexualité et handicap à Paris. Qui a eu cette idée ?
Lenaig Péron, responsable de formation au Credavis* : Elle est née en 2013 à l'initiative du Credavis qui réunit un ensemble de professionnels du secteur médico-social et de personnes en situation de handicap qui travaillent ensemble sur cette question. Au vu du tabou et de la complexité du sujet, il a décidé de créer un évènement pour en parler de manière à la fois pédagogique, préventive et surtout festive. Avec l'objectif de dédramatiser et de montrer qu'on peut l'aborder de manière positive et sereine.

H.fr : Une première édition a eu lieu en 2014.
LP : Oui, à Buc, dans les Yvelines.

H.fr : Et, depuis quatre ans, ce festival a gagné en ambition ?
LP : Oui, déjà, nous voulions être plus centraux et accessibles par les transports car c'est un évènement national qui va mobiliser de nombreuses associations partout en France. Nous investissons donc le Centquatre, un lieu culturel emblématique, à Paris (19). Cet endroit prestigieux est connu de tous.

H.fr : Des évènements sur la sexualité des personnes handicapées, il y en a déjà eu en France ?
LP : Notre premier festival était totalement inédit. En France, l'Adapei du Var organise également un salon sur ce thème en octobre, à Hyères. Nous ne sommes donc pas nombreux sur ce créneau, et l'objectif de notre festival, via un partage d'expériences et de compétences, c'est justement que de telles initiatives fleurissent un peu partout. Il concerne à la fois les personnes en situation de handicap, les professionnels et le grand public. Notre idée de départ n'est pas forcément de le pérenniser mais d'étendre le concept. Et si d'autres associations s'en imprègnent, c'est tant mieux.

H.fr : Un festival similaire a eu lieu en 2017 en Belgique, vous le connaissiez ?
LP : Oui puisque nous sommes partenaires de l'AVIQ Wallonie qui l'avait organisé.

H.fr : Concrètement, que va-t-on trouver sur votre évènement ?
LP : C'est une sorte de festival-salon car on veut conserver l'esprit de fête. Durant trois jours, il y aura différents espaces : « prévention/santé », « plaisir », « sensuel », « détente », « solutions » qui propose des solutions conçues par et pour des personnes handicapées et, enfin, un espace « soutien » qui réunit les grosses associations partenaires. Pas seulement des stands mais aussi plein d'animations, des conférences, des pièces, des débats, des concerts, des spectacles…

H.fr : Marcel Nuss, qui promeut l'accompagnement sexuel des personnes handicapées, a donc toute sa place ?
LP : Oui, complètement. L'espace « sensuel » va être occupé par son association, l'APPAS, mais aussi Corps solidaires, une asso franco-suisse, et Piment rose.

H.fr : Avez-vous le soutien ou la reconnaissance des pouvoirs publics ?
LP : C'est assez compliqué car, notamment dans le cadre de la recherche de financements, on a pu constater que le thème sexualité et handicap reste encore très tabou et, pour toucher les pouvoirs publics, c'est assez compliqué. Nous avons contacté certains membres du gouvernement mais les réponses étaient négatives, au motif que ça ne rentre pas dans leur case ou qu'ils ne sont pas disponibles.

H.fr : Et Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat en charge du handicap ?
LP : Nous l'avons contactée. Elle n'était pas du tout contre l'idée mais ne nous a pas donné son appui noir sur blanc. Par contre, nous avons le soutien de la Mairie de Paris dans le cadre du Mois parisien du handicap qui propose une multitude d'initiatives sur ce thème durant tout le mois de juin. Et puis nous avons aussi celui de l'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France, qui aura d'ailleurs un stand.

H.fr : C'est intéressant car cette présence témoigne, comme l'affirme l'OMS (Organisation mondiale de la santé), que la sexualité fait partie intégrante de la santé…
LP : En effet, et c'est pourquoi le soutien de l'ARS est si important.

H.fr : Pourtant, il y a encore de trop nombreux établissements médico-sociaux où elle est totalement proscrite. Vous dites avoir le soutien des associations gestionnaires ; dans quel état d'esprit sont-elles vraiment ?
LP : C'est un peu paradoxal. Il y a un gouffre entre les différents établissements ; chacun a son propre état d'esprit face à cet enjeu et c'est souvent au bon vouloir de la direction. Certains considèrent en effet la sexualité comme étant positive et elle est donc « accordée » de manière naturelle. Dans d'autres, toute relation est prohibée, illégale, et il est même parfois inscrit dans le règlement qu'il est interdit d'avoir un ou une petite amie, de le faire venir dans sa chambre, voire même de s'embrasser. Les établissements qui soutiennent notre festival abordent en général déjà ces questions-là. Mais il est également à destination de ceux pour qui ce sujet est encore compliqué, même si c'est plus dur de les faire venir…

H.fr : Il n'y a pas de directive globale venant des associations mais c'est un peu au bon vouloir de chaque direction…
LP : Ça dépend, pour les grosses asso comme l'Unapei, LADAPT, APF France handicap, ce sujet est inscrit dans leur projet associatif et des actions « commencent » à être mises en place dans leurs établissements, même si on se heurte encore à de multiples réticences sur le terrain car la sexualité fait appel à notre propre représentations, notre culture, notre éducation… C'est souvent à travers la vision du directeur que les professionnels vont agir sur le terrain.

H.fr : Etes-vous soutenu par des associations qui sont hors du champ du handicap ?
LP : Non, elles sont principalement issues du médico-social. Il y a tout de même le Crips, un organisme de prévention santé associé à la région Île-de-France. Et également une sensibilisation grand public sur la vulve et le vagin par le Musée du vagin qui est situé à Londres. On essaye de s'ouvrir au grand public…


H.fr : Les personnes handicapées qui vivent en milieu ordinaire vont également y trouver leur compte ?
LP : Oui, et nous avons voulu qu'elles soient actrices de ce festival. Ce sont elles qui mettent en place les ateliers, font les conférences, accueillent le public et informent les visiteurs qui, parfois, ne seront pas en situation de handicap.

H.fr : Vous pensez que vous allez réussir à attirer des personnes qui ne sont pas directement concernées ?
LP : On se dit que le fait d'être au Centquatre, un lieu culturel qui brasse pas mal de visiteurs, peut attirer des gens qui passent à l'improviste. Et puis nous pouvons aussi compter sur la communication faite par le Cenquatre et la Mairie de Paris.

* Credavis : Centre de recherches et d'études concernant le droit à la vie amoureuse et sexuelle dans le secteur social et médicosocial


Voir la vidéo Festival CRéDAVIS #2o

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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