L'équipe des amputés de Sierra Leone

A côté d'un terrain de football improvisé sur la plage de Lumley, ni sac de sport ou serviette à l'horizon, mais juste des prothèses et un bidon d'eau potable, alors que 'l'équipe nationale' des amputés de Sierra Leone...

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Par Susan NJANJI FREETOWN, 7 avr 2006 -

Un groupe de jeunes unijambistes, tous victimes de balles ou de coups de machettes pendant la guerre civile particulièrement atroce de dix ans, entre 1991 et 2001, se réunissent régulièrement sur un terrain de Freetown pour s'entraîner à un niveau qu'ils veulent professionnel.

Grâce au ballon rond, ils ont retrouvé l'espoir faute d'avoir pu reprendre une scolarité brutalement interrompue. Sur le terrain, chacun s'échauffe et s'étire les muscles avant le début de l'entraînement, remisant les béquilles l'espace de quelques instants.

Une fois prêts, les joueurs reprennent leurs béquilles et la partie peut commencer, mais sans prothèses, interdites sur le terrain. Ils s'adonnent alors à un délicat numéro d'équilibriste en s'appuyant sur leurs béquilles pour maîtriser le ballon avec leur unique jambe.Dribbles, passes, buts: les amputés se révèlent virtuoses de la balle au pied.

"Nous avons commencé à jouer au football pour nous amuser car nous étions jaloux des autres garçons qui avaient deux jambes. C'était pénible de les regarder sans pouvoir jouer", raconte Victor Musa, buteur du Club Unique des Amputés d'une Jambe de Sierra Leone.

Depuis, l'équipe a atteint un niveau international et a pu participer l'année dernière à une Coupe du monde d'unijambistes au Brésil, grâce à la bonne volonté d'un couple de britanniques. Ils sont arrivés troisième. "Je prie pour pouvoir participer un jour aux Jeux paralympiques", confie le capitaine de l'équipe Maxwell Fornah, qui a reçu une balle dans la jambe en 1998 lors d'une attaque contre son village de Kambia, situé à 140 km au nord-est de la capitale. Mohamed Jalloh, milieu de terrain de 20 ans, souhaite quant à lui "devenir une star internationale comme Thierry Henry ou Samuel Eto'o."

Mohamed Lappia, dont la jambe a été arrachée par une mine, met l'accent sur l'émulation positive qui permet à ces jeunes de surmonter leur handicap. "Nous sommes heureux de pouvoir nous réunir et nous encourager mutuellement. Désormais, nous ne nous sentons plus du tout handicapés, nous aussi nous pouvons jouer au football", sourit-il.

Saidu Mansaray, 22 ans, est gardien de but. Il a encore ses deux jambes mais une seule main valide. A s'exception du pouce, les doigts de son autre main ont été tranchés par un coup de hache. "D'habitude, je me sers d'une main pour attraper le ballon et l'autre me permet de dévier les tirs", explique-t-il.

Cette équipe montée en 2001 avec l'aide d'une ONG sierra-léonaise, disparue depuis, est aujourd'hui privée de soutien financier et les joueurs ont du mal à payer leur équipement et le transport pour se rendre à l'entraînement. Ils doivent se contenter de chaussures fatiguées, d'un terrain improvisé et de cages sans filet, mais ils peuvent se targuer d'avoir un soigneur.

Avant de perdre la moitié de sa main, Oseh Kabiru était aide-soignant dans une clinique privée à Lunsar, localité située à environ 120 km au nord-est de Freetown. "Je les masse et leur prodigue les premiers soins. Ils ont besoin d'aide mais les gens les ignorent, donc je m'occupe d'eux bénévolement", explique-t-il en découpant des bandages.

Durant la guerre civile (1991-2001), un nombre indéterminé de civils ont été amputés à coups de machettes par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) de Foday Sankoh opposé au pouvoir du président Ahmad Tejan Kabbah dans ce qui a été considéré comme l'un des conflits les plus brutaux de l'histoire moderne.

sn/ag/bmk

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