'Un fauteuil pour la vie' : roman d'une vie en or

Résumé : 40 ans d'actions en faveur des sportifs handicapés. Voici le palmarès d'André Auberger, président de Handisport pendant 27 ans, lui-même paraplégique, qui publie un ouvrage autobiographique 'Un fauteuil pour la vie'.

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André Auberger est l'une des figures emblématiques du sport pour les personnes handicapées.
Bâtisseur de la Fédération française handisport il y a 27 ans, premier dirigeant handicapé à intégrer le Comité national olympique en 1982 puis trésorier, fondateur du Comité paralympique international en 1989, commandeur de la Légion d'honneur en 2007, il multiplie des casquettes et les hommages. Une vie militante et sportive, 40 ans de combats en faveur de sportifs handicapés qu'il retrace dans un livre autographique « Un fauteuil pour la vie, de la guerre d'Algérie à l'idéal olympique ». Sorti il y a quelques mois, André accompagne cet ouvrage dans une vaste campagne de promotion à travers toute la France. L'occasion de faire taire le président pour donner la parole à l'écrivain.

Handicap.fr : Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire cette autobiographie ?
André Auberger :
J'avais participé, en 2005, à la rédaction de « La même flamme », un beau livre sur les 50 ans de Handisport. Par la suite, le directeur du Cherche midi m'a dit : « Vous avez réalisé beaucoup de choses dans votre vie, pourquoi ne pas en faire un livre ? ». C'était en 2006, l'idée ne m'intéressait pas vraiment. Mais à force de relances... La sortie était prévue pour les JO de Pékin mais j'ai pris un peu plus de temps. J'ai un peu grogné au début mais c'est devenu plus facile dès l'instant où je me suis réellement plongé dedans. Et puis je me suis fait aider par un ami.

H : Votre livre s'intitule « Un fauteuil pour la vie », celui que vous a donné la France, après votre blessure sous les drapeaux en Algérie en 1962. Doit-on y voir un certain cynisme ?
AA :
Non, je n'ai jamais eu d'état d'âme par rapport à mon handicap. Cette expression est une plaisanterie. En tant que blessé de guerre, nous avions droit à l'affectation gratuite d'un fauteuil, même si j'arrivais à me déplacer avec des cannes. Je suis même resté debout le jour de mon mariage... parce que je n'arrivais pas à me lever et m'asseoir ! C'est le sport qui m'a donné ma force. Et puis c'est aussi cette blessure qui m'a permis de rencontrer ma femme alors qu'elle était infirmière au Val de Grâce. 44 ans de mariage !

H : Quelle est votre plus belle émotion sportive ?
AA :
J'ai vécu un grand moment lors d'une épreuve destinée aux athlètes paralympiques dans le cadre du Championnat du monde d'athlétisme de Paris en 2003. Joël Jeannot, meilleur coureur sur 1500 m en fauteuil, a remporté la médaille d'or haut la main. Alors, de voir les 72 000 spectateurs du Stade de France se lever pour applaudir un athlète handicapé, ca fait chaud au cœur.

H : A l'inverse, qu'elle a été votre plus grande déception ?
AA :
C'était plutôt un drame ! Nous l'appelons « Le désastre de Singapour » ! Le 5 juillet 2005, Paris défend sa candidature pour les JO de 2012. Le comité d'évaluation dit qu'elle doit l'emporter devant Londres. Vous connaissez la suite... Je n'ai jamais pu le digérer, et c'est pourquoi j'ai décidé de quitter mes fonctions de président de Handisport puis du Comité national olympique (en 2009). Le 5 mai 2007, le même jour que Jacques Chirac !

H : Le dossier de candidature français était-il plus favorable aux athlètes handicapés que celui de Londres ?
AA :
Londres n'était certainement pas aussi avancé que Paris dans ce domaine. Nous avions prévu un village olympique fabuleux, dans Paris intra-muros, à 20 minutes des Champs-Elysées. Mais surtout, nous avions obtenu que tous les transports soient accessibles en 2010-2011. C'était la France entière que l'on faisait bouger, avec un impact phénoménal sur la vie des Français, en particulier handicapés.

H : Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier ?
AA :
La Résidence internationale de Paris, inaugurée en 1993, un projet un peu fou, qui compte 300 lits, 14 salles de réunions et qui peut accueillir des sportifs handicapés comme valides. Mais il y a aussi un dossier que j'ai défendu avec Jean-François Lamour, qui permet aujourd'hui aux médaillés d'or paralympiques de toucher 50 000 €, au même titre que les valides.

H : Depuis que vous avez quitté vos fonctions, que faites-vous de vos journées ?
AA :
Je poursuis mes activités dans différentes associations, notamment une qui me tient particulièrement à cœur « Sport sans violence et pour le fair-play », qui tente de lutter contre toute forme de discrimination dans le sport, qui touche souvent les enfants, les femmes et, bien sûr, les personnes handicapées.

H : Y-a-t-il un dossier qui vous tient plus particulièrement à cœur ?
AA :
Oui, celui de la prise en charge sportive des élèves handicapés dans l'Education nationale. Il y a vingt ans, la plupart des gamins étaient scolarisés dans des établissements spécialisés, avec des activités sportives adaptées. Mais depuis que l'intégration dans le milieu ordinaire s'est généralisée, le sport scolaire n'a pas progressé. Les profs ne sont pas formés à ce type d'accueil et les installations sportives ne sont pas adaptées. Pour ceux qui sont en fauteuil ou malvoyants : c'est la perm' ou la dispense ! La situation actuelle est pour moi une grande douleur car j'ai toujours adoré les enfants.

A lire :
« Un fauteuil pour la vie, de la guerre d'Algérie à l'idéal olympique », André Auberger, éditions Le Cherche midi, 17 € (les droits d'auteur sont intégralement reversés à la Fédération Handisport)

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