La télé continue de bouder le handicap...

Résumé : Le CSA vient de révéler son nouveau baromètre de la diversité 2013. Handicap, âge, origine ethnique, sexe... Il ne fait pas bon être une " minorité " sur le petit écran. Quant au handicap, il demeure presque invisible.

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Caïn, Vestiaires, le Ondar show, Push girls, le Cerveau d'Hugo et, bien sûr, les Jeux paralympiques de Londres. 2012 semblait avoir été une année faste pour le handicap à la télé. Mais ce n'est pas vraiment ce qui ressort du nouveau « Baromètre de la diversité » du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel).

 

Les minorités privées d'écran ?

 

Cette étude a été réalisée par TNS Sofres sur l'observation de 16 chaînes hertziennes gratuites et de Canal +, sur deux semaines consécutives, du 3 au 16 septembre 2012. 1 450 heures de programmes (hors bandes-annonces et publicités) passées au crible ! La méthode consiste à indexer, dans chaque émission, tous les personnages qui s'expriment à l'écran (les figurants ne sont pas pris en compte) et à comptabiliser le temps d'apparition de chaque « particularité humaine ». Origine, âge, sexe, handicap, orientation sexuelle, catégorie socio-professionnelle et même apparence physique... En matière de handicap, une personne est recensée comme « handicapée » lorsque des indices visibles à l'écran (fauteuil roulant, canne, chien d'assistance, malformation...) permettent d'identifier un handicap permanent.

 

Le handicap invisible

 

Ce baromètre CSA a été initié en 2009. Et, depuis, force est de constater que ceux définis comme « minoritaires » ont bien du mal à se faire une place devant la caméra. Rien n'a vraiment changé depuis la précédente édition, en 2011, qui, déjà, multipliait les bonnes intentions (lire lien en dessous). La conclusion est, cette année encore, sans appel : la télé nous présente un homme blanc, hétéro, valide et plutôt aisé ! Le handicap, c'est le grand absent. 0.8 % de présence à l'écran (contre 0.6 % lors de la dernière étude de mai 2011). Une embellie infime qui s'explique par le petit coup de pouce des Jeux paralympiques de Londres (sur la première semaine de septembre 2012). Or on estime à environ 10 % le nombre de personnes en situation de handicap en France, comprenant évidemment une vaste part de handicaps invisibles. Mais quand même !

 

De la dynamite au CSA ?

 

Face à ce constat, le CSA promet des actions concrètes. Il a, pour y parvenir, une alliée virulente. Mémona Hintermann-Afféjee, journaliste et grand reporter de télévision pour France 3. La diversité, c'est son credo : Réunionnaise et militante ! Ce nouveau membre tout feu tout flamme, en charge de la diversité, bouscule l'institution par son franc-parler. Elle n'a pas l'intention de « dynamiter le CSA » mais entend bien « tirer ensemble la charrue ». Et de reconnaître que lorsqu'elle était journaliste, elle cadrait les personnes en fauteuil roulant de manière à ce qu'on ne voie pas leur handicap. « Je sais aujourd'hui que j'avais tort ! J'ai un travail à faire et je suis convaincue qu'il faut que ça change ! Chacun a besoin de se voir dans le miroir pour se sentir responsable et adopter un comportement civique. D'autant plus que nous savons que les programmes où il est question de diversité cartonnent. »

 

Label diversité : peut mieux faire !

 

Il existe pourtant un label Diversité, déjà décerné à TF1 et Canal +, ainsi qu'au CSA. Mais les chaînes publiques manquent encore à l'appel ! Selon Hervé Bourges, un « monument » de l'histoire des médias, qui siège au sein de l'Observatoire de la diversité, « France TV n'a pas avancé de façon suffisante. Un précédent rapport prétendait qu'elle n'était pas la télé de tous les Français. Quand je regarde la rue et mon écran, je n'y vois pas la même chose. Il faut une volonté politique en haut de la hiérarchie pour faire bouger les choses.»

 

En venir à la sanction ?

 

Depuis 2011, le sénateur Nicolas Abou est en charge de la question du handicap au sein du CSA. Cet ancien président de la commission des affaires sociales de 2001 à 2009 « entend s'engager au service d'une télévision plus accessible aux personnes handicapées et protectrice de la jeunesse, mais aussi œuvrer en faveur du respect de la diversité, dans tous les sens du terme, des origines au handicap ». Mais difficile d'imposer des contraintes car il n'existe pas d'éléments comptables pour définir la diversité. C'est plus subtil ! Pourrait-on imaginer des quotas, comme en matière d'embauche des travailleurs handicapés dans les entreprises ? Le CSA ne peut, pour le moment, sanctionner, mais il attend que la loi lui attribue de nouveaux pouvoirs.

 

Des actions, enfin ?

 

En attendant, un plan d'actions doit être mis en œuvre. Les responsables des chaînes concernées seront questionnés par le groupe de travail diversité afin d'obtenir des engagements fermes. Et pourquoi pas une formation spécifique pour les métiers de la production audiovisuelle qui seraient sensibilisés au respect des différences dans les fictions ? Cette bataille pour la visibilité sera menée de front avec d'autres administrations (Défenseur des droits, CNIL...), ainsi qu'avec les ministères, et notamment celui de madame Carlotti, dédié aux personnes handicapées. Le 4 avril 2013, l'Observatoire de la diversité dans les medias audiovisuels (créé en 2008) assurera sa première réunion en présence des nouveaux membres venant compléter l'ancienne équipe, et notamment d'un représentant du Défenseur des droits.

 

Un symbole en or

 

Le 21 mars 2013, à l'occasion de la Journée internationale de la trisomie, BFM TV tentait une belle audace : c'est une jeune fille trisomique qui lançait les titres de son JT. Tandis que Canal + invitait la pétillante Eléonore, elle aussi trisomique, sur le plateau de son Grand Journal. Un symbole digne d'intérêt mais dont on ne saurait se contenter... Pour le 14 juillet, Mémouna soumet une idée : réaliser un spot à l'occasion pour promouvoir la richesse des visages, des parcours et des talents autour du slogan « Nous sommes la France ! ». Les chaînes ont-elles sorti leurs paraboles pour que cet appel soit entendu ?

 

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