De nouvelles Lumières : révolutionner la manière de penser et de prendre en compte le handicap

Résumé : 2e Congrès international du CHRES - Université Lumière Lyon 2 : Pourquoi parler de nouvelles Lumières ? Pourquoi vouloir révolutionner la manière de penser et de prendre en compte le handicap ?
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[B1]De nouvelles Lumières : révolutionner la manière de penser et de prendre en compte le handicap[E1]

[BB]Charles Gardou
Professeur à l'Université Lumière-Lyon 2
Président du CRHES[EB]

[B2]Pourquoi parler de nouvelles Lumières ? Pourquoi vouloir révolutionner la manière de penser et de prendre en compte le handicap ?[E2]

[BB]Se libérer des Bastilles intérieures[EB]

Ces nouvelles Lumières invitent d'abord à travailler la pâte culturelle pour se dépêtrer et s'affranchir de diverses formes d'obscurantisme persistantes : fausses croyances, peurs chimériques, superstitions, stéréotypes, représentations collectives figées et autres habits de l'hétéronomie. Plus de Bastille extérieure, comme en 1789, mais encore bien des Bastilles intérieures dont nous avons à nous libérer !

Tout se passe comme si nous étions encore dans la prison des catégorisations, des conventions, des préjugés communs, dépourvus de la capacité à sentir autrement, à réinterroger et à admettre la vie multiforme autour de nous.

Je songe ici à ces mots de Milan Kundera : « Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, dit-il, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens ».

En réalité, notre société se trouve animée par deux mouvements divergents : d'un côté, une fièvre de modernité et d'avenir, comme dans le secteur des sciences, des techniques et de la communication ; de l'autre, une résistance, voire une immobilité dans les archaïsmes, s'agissant du regard porté sur nos pairs touchés par un handicap. En ce domaine, l'esprit humain demeure confiné, alors que nous ne sommes jamais allés si loin et si souvent au bout de l'inventivité. Si ce n'est pas le lieu de mettre au jour l'ensemble des raisons de cette contradiction, apparaissent là d'importantes fêlures dans nos certitudes de progrès démocratiques.

Nos mots, images, attitudes, structures et dispositifs sociaux demeurent décalés et en retard par rapport à tout ce qui se crée et se passe aujourd'hui dans d'autres secteurs. Nous traitons, peut-être inconsciemment, le problème du handicap avec certaines des représentations des générations précédentes, doublées d'un trop-plein de certitudes.




[BB]Remettre en cause la bien-pensance[EB]

Nous mesurons pourtant de plus en plus l'ampleur des conséquences, sinon des dangers, liées à l'indifférence, aux insuffisances graves, collectives et individuelles, aux comportements surannés et au manque de volontarisme de notre société face à ceux que l'on dit « handicapés ». Au-delà des violences concrètes, ils subissent des violences symboliques silencieuses, d'autant plus insidieuses qu'elles s'ignorent telles. Elles ont pour nom fuite, négligence, incompréhension, culpabilisation, indélicatesse, marginalisation, suffisance, mépris, etc.

Sans doute peut-on arguer des évolutions sociales. Il est toujours possible de se satisfaire de cette thèse. Là n'est pas le problème. Sans nier certains progrès accomplis, comment penser autrement et à bras-le-corps la réalité de vie des personnes victimes d'un handicap, en considérant avant tout le chemin à parcourir pour qu'elles se sentent réellement affiliées à notre société ? Car, à y regarder objectivement, on perçoit tous les processus de mise hors du monde qu'elles subissent. Comment s'étonner alors qu'il leur arrive de penser que leur vie est une erreur de trajectoire !

Penser n'est pas courtiser, séduire, faire preuve de complaisance à l'égard des Pouvoirs publics, des médias et de l'opinion courante. Ni se contenter de déploration sur l'homme blessé, en laissant la grande machine sociale aller son train actuel, survalorisant les uns, infériorisant les autres.

La révolution culturelle tient, pour une part, dans cette audace prométhéenne de penser contre la bien-pensance, pour oser établir des principes de vie neuve avec, pour et à partir des plus vulnérables de notre société. Elle consiste à restituer le droit d'expression à ces humiliés de la parole, trop souvent réduits à la pathologie dont ils souffrent.

Karl Jaspers prévenait de ces risques de déshumanisation. Evoquant le sens de la philosophie, il invitait « à assumer, en une lutte fraternelle, quel que soit le sens de la vérité énoncée, le risque de la communication d'homme à homme ; à garder sa raison patiemment et inlassablement en éveil, même devant l'être le plus étranger qui se ferme et se refuse ».




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