Paolo Anibaldi, paraplégique et chirurgien (suite)

Résumé : Rencontre et interview avec Monsieur Paolo Anibaldi, qui est le deuxième exemple en Europe de médecin chirurgien en fauteuil, après Frank Roërich, médecin neurochirurgien allemand qui opère la moelle épinière (suite)

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[BB]A.C [EB] : Voulez-vous m'expliquer ce qu'a représenté pour vous la maladie qui vous a emmené à vivre dans un fauteuil ?
[BB]P.A [EB] : Ma vie a changé subitement à 17 ans ; aujourd'hui, j'ai l'impression de raconter l'histoire d'une autre personne, j'en parle avec sérénité et facilité ; mais je n'avais certainement pas les mêmes sentiments il y a vingt ans. À cette époque, tout me sembla difficile, une vie bouleversée en un instant et transformée en un parcours plein d'embûches et de difficultés. Cela n'a pas été facile, mais actuellement, je peux tranquillement affirmer d'avoir surmonté presque tous les obstacles.
Je dis « presque » car ma vie, comme celle de toute autre personne, et donc la vie générale réserve à chacun de nous de dures épreuves que l'on pourra dire d'avoir surmontées seulement après l'avoir fait.

[BB]A.C [EB] : Adopteriez-vous un enfant handicapé ?
[BB]P.A [EB] : Ça va sans dire.

[BB]A.C[EB] : Selon vous, être médecin « aide »-t-il à réagir différemment face à la souffrance ? Et de quelle manière ?
[BB]P.A[EB] : À mon avis, devant les souffrances d'autrui, on réagit indépendamment de notre rôle professionnel ; c'est notre sensibilité intérieure qui nous indique la manière la plus opportune pour aider les autres en un moment particulier.
De quelle façon ? En étant toujours soi-même !

[BB]A.C[EB] : Que signifie pour vous être dans le monde entier un des rares médecins chirurgiens handicapés qui exerce son activité professionnelle, comme tout autre chirurgien ?
[BB]P.A [EB] : Personnellement, ce record est un élément négatif, j'avais préféré que les chirurgiens handicapés aient été plus nombreux dans le monde. Je souhaite que cela puisse se réaliser dans le prochain futur car ce serait le signe d'une croissance socio-culturelle de toute la société moderne.

[BB]A.C[EB] : De quelle manière la famille, les liens affectifs, les amis vous soutiennent-ils non seulement humainement mais aussi professionnellement ?
[BB]P.A[EB] : En famille, je parle de mon travail et de mes projets futurs, des rapports avec mes collègues et avec le personnel, mais sans jamais entrer dans la sphère du rapport professionnel médecin - patient.

[BB]A.C[EB] : Quelle est votre perception actuelle de la vie ?
[BB]P.A [EB] : Exprimer complètement mon opinion à ce propos serait un discours trop long, mais je peux utiliser le titre d'un film de Roberto Benigni, « La vie est belle », pour synthétiser ma pensée.

[BB]A.C[EB] : La « différence » est une valeur qui fait encore très peur. D'après vous quelle attitude la personne handicapée devrait-elle adopter pour réduire ultérieurement la sensation de malaise et de crainte qui déclenche l'image du handicap ?
[BB]P.A[EB] : Je partage tout à fait votre opinion, car la « différence » est de toute façon une valeur. J'estime que les sentiments de crainte et de peur sont propres aux personnes qui ne connaissent pas cette réalité sociale. L'espoir est que, dans un prochain avenir, les personnes handicapées deviennent partie intégrante et propositive de la société, celle où il ne devrait plus exister de différences, mais où seraient présentes seulement des « différences ».
Il ne devra plus exister d'exclusion concernant l'aspect physique : « les personnes handicapées sont une partie du monde et non pas un monde à part » ; mais les personnes handicapées devront avoir une attitude positive, d'«ouverture» vis-à-vis des autres, en établissant un rapport paritaire et de collaboration.

[BB]A.C [EB] : Quelle est l'attitude « externe » qui vous blesse le plus et celle qui, par contre, vous donne de la joie et de la confiance ?
[BB]P.A[EB] : Ce qui me fait le plus mal c'est l'hypocrisie et l'indifférence ; par contre, ce qui me transmet joie et confiance dépend de la situation où je me trouve… Cela pourrait être simplement un geste ou un mot.

[BB]A.C [EB] : Quels sont vos projets futurs ?
[BB]P.A [EB] : C'est la question la plus difficile que vous me posez. Je n'aime pas faire des projets à long terme, vu que la constante commune est le temps qui, généralement, produit beaucoup de changements dans les parcours humains. Je préfère, au contraire, évaluer chaque situation à l'instant même si, parfois, les rêves aussi peuvent devenir une réalité.

[BB]A.C [EB] : Quel message donneriez-vous aux lecteurs de « Handirect » ?
[BB]P.A[EB] : Le handicap n'est pas une limite, mais plutôt une perpétuelle recherche de la limite même !

Par Angela Congedo

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