'Nous sommes parti sur de fausses bases'

Résumé : Le président du GFPH (Groupement Français des Personnes Handicapées) Jean-Luc Simon, ne mâche pas ses mots à propos de la nouvelle loi. Il nous fait part de sa vision des choses et de la position du GFPH

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[BB]Handirect[EB] : Quelles sont pour vous les avancées de ce projet de loi ?
[BB]Jean-Luc Simon[EB] : Le contexte et les idées ont avancé, le titre de la Loi « égalité des chances et des droits des personnes handicapées » évoque des principes intéressants. La compensation du handicap est une aussi une avancée légale. Mais tant qu'elle n'est pas payée, ce n'est pas une avancée. Je note aussi le déplafonnement de la AAH qui va permettre aux travailleurs handicapés de conserver une partie de l'AAH en plus du fruit de leur travail. La volonté de recentrer l'information et les services administratifs est une très bonne chose.
Parallèlement il y a plein de petites avancées dispersées dans le texte au hasard des rédacteurs. La timide volonté d'impliquer les personnes concernées dans la résolution de leur problème, la timide volonté d'inclusion scolaire avec la double inscription. Ce sont des « mesurettes ». Il n'y a pas les moyens en face. Je ne mets pas en doute la volonté des politiques de faire avancer les choses mais il transpire dans tout cela une incompétence de la part des rédacteurs, qui conservent une vision médicalisée de la vie des personnes handicapées et non un renforcement des capacités. Nous avions tous les moyens pour réussir et on les a gâchés. Le texte a repris l'essentiel des directives européennes mais ce texte s'est construit sans l'Europe et surtout sans écouter les critiques de nos voisins.

[BB]Handirect[EB] : Que reprochez-vous exactement à ce texte ?
[BB]J.L.Simon [EB] : Aucun des politiques en charge du dossier n'a une vue réaliste des enjeux. On nous promet depuis 2001 une prise en charge des aides techniques à 100% alors que ce n'est pas possible. Cela a donné de faux espoirs à des dizaines de milliers de personnes handicapées. C'est irresponsable et indigne face aux personnes qui ont d'énormes besoins. Il n'existe pas de politique réaliste pour les personnes, trop de promesses intenables et une véritable cacophonie. On n'a pas su s'appuyer sur le mouvement des personnes handicapées.
La Loi de 75 a créé une situation d'atomisation qui ne permet pas de faire du lobbying et tant que cela n'est pas corrigé il n'est pas possible de s'exprimer librement sans la pression des professionnels médicaux. Je crois qu'il y a une erreur de départ dans la réforme de cette loi qui est menée par le milieu médical juge et partie. La première grande erreur repose sur la définition du handicap qui débute cette loi. Elle centre tout sur le médical et la déficience alors qu'il faut arrêter de parler de handicap pour parler des causes environnementales. C'est un non sens dans l'état actuel des connaissances. Dans un contexte européen d'inclusion cette loi va dans le sens opposé. Ce qui me choque aussi beaucoup c'est le manque de participation des personnes concernées. On a voulu réformer une loi en utilisant les outils mêmes qui ont altéré cette loi et que l'on veut supprimer. Bref on tourne en rond. Cette loi va donc complexifier les choses et tout juste améliorer l'existant. Cette loi est pour moi l'échec type du politique au service de l'usager. Elle est écrite avec la volonté de maîtriser les budgets, ce qui rend confus les débats. C'est au politique de trouver des solutions et il n'a su répondre qu'à des contraintes.
Propos recueillis par JMMC

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