En Bretagne, le 'curé des sourds' veille à ce que la foi ne reste pas muette

Résumé : En Bretagne, les sourds ont un curé pour les comprendre et dialoguer, René Bescond, 74 ans, qui lutte depuis 40 ans pour que les malentendants ne se sentent pas exclus, y compris dans la pratique de la foi.

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Par Frédéric GAULIER
BREST, 19 sept 2006 -

[BC][EC]"Emmanuelle, acceptes-tu de prendre pour époux Tony?". Dans la petite église de Guengat (Finistère), le prêtre parle lentement, articule chaque mot devant un auditoire attentif au mouvement de ses lèvres, et accompagne la parole d'une gestuelle évocatrice.
[BC][EC]L'abbé s'exprime en "français signé", ce mode d'expression adapté aussi bien aux malentendants oralistes, qui arrivent à lire sur les lèvres et à parler, qu'aux pratiquants de la langue des signes.
[BC][EC]"Pour un mariage, on préfère faire appel à un prêtre qui nous comprend directement plutôt qu'à un interprète", témoigne Tony, 28 ans, qui arbore le large sourire des jeunes mariés.
[BC][EC]"Lorsqu'on parle religion, ça ne marche pas bien avec un interprète", confirme le père Xavier Daniel, curé habituel de Guengat, qui avait entamé en vain la session de préparation au mariage de Tony et Emmanuelle avant de passer le relais au père Bescond.
[BC][EC]Depuis près de 50 ans, les catholiques malentendants du grand Ouest, évalués à un millier, font appel à ce curé qui parle autant avec les mains qu'avec la bouche pour célébrer baptêmes, mariages et enterrements. Il lui arrive également de pratiquer la dactylologie, langage avec les doigts, pour communiquer avec les personnes sourdes et aveugles.
[BC][EC]Le père Bescond s'est engagé dans le clergé au nom du "père spirituel" bien entendu, mais aussi de son père, un ancien cordonnier devenu sourd à cinq ans à cause d'une méningite, et de sa "petite mère née sourde après être tombée du ventre maternel à 7 mois et demi".
[BC][EC]"C'est un petit monde, mais c'est mon monde", explique celui qui a toujours refusé la mise à l'écart de ceux qui sont différents. En France, ils sont un peu moins d'une dizaine à occuper de telles fonctions.
[BC][EC]"Lors d'une célébration à Quimper, je me suis retrouvé planté au milieu de 250 personnes sourdes, je n'ai pas dormi la nuit suivante. C'est là que j'ai pris conscience que je devais agir", raconte-t-il.
[BC][EC]"En plein mai 1968", le prêtre insiste donc auprès de son évêque pour être affecté à la communauté chrétienne des personnes sourdes et obtenir un poste d'aumônier d'un centre spécialisé à Auray (Morbihan).
[BC][EC]Près de quarante ans plus tard, le père Bescond, aujourd'hui installé au presbytère de Pleyben (Finistère), se félicite de l'évolution des mentalités.
[BC][EC]Il n'y a pas si longtemps, les malentendants étaient fréquemment placés en hôpital psychiatrique, la langue des signes proscrite, les écoles spécialisées très éloignées du domicile, le permis de conduire interdit, rappelle-t-il.
[BC][EC]"Les sourds ont davantage de moyens techniques d'être autonomes et de s'exprimer, notamment grâce à la langue des signes. Et, surtout, le regard des autres a changé", constate avec satisfaction le curé missionnaire dans le monde du silence.

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