L'Islam en signes pour les sourds-muets d'Egypte

Résumé : L'index vers le ciel et le pouce en équerre, c'est ainsi qu'est tracé Allah O Akhbar (Dieu est le plus grand) en langage des signes pour les fidèles sourds-muets réunis dans une mosquée du Caire.

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Par Alain NAVARRO

LE CAIRE, 25 oct 2007 (AFP) -

Chaque vendredi, ils convergent par centaines à Sayyeda Zeinab, où reposerait la petite-fille du Prophète, pour suivre le grand sermon hebdomadaire, traduit seulement ici en gestes des deux mains.

 

Car il n'y a qu'un interprète bénévole dans la "ville aux mille minarets" et deux autres en province à s'être mis ainsi au service des deux à quatre millions de sourds-muets, sur 76 millions d'Egyptiens.

 

"Quand nous avons reçu l'autorisation, leur place devait être au fond mais j'ai demandé qu'un carré soit réservé face à l'imam pour qu'ils soient intégrés à la communauté des croyants", dit Alaa el-din al Sayed.

 

Entouré de fidèles, tous reconnaissants, cet enseignant de 34 ans explique avoir fondé une ONG "Sarkha" (le Cri) pour que les sourds-muets, comme sa soeur, ne restent plus en marge de la société et de l'Islam.

 

"J'ai appris le langage des signes, et lancé ce projet pour traduire les prêches et en finir avec la discrimination ici et ailleurs", dit-il, déplorant qu'une loi réservant 5% des emplois aux handicapés reste lettre morte.

 

Chaque vendredi, il prend place devant le minbar, la chaire où l'imam est juché. Grâce à ses gestes vifs, il permet l'immédiate communion des mal-entendants avec les 10.000 autres croyants rassemblés dans la mosquée.

 

"Avant, un parent m'emmenait pour me traduire quelques bribes", explique Ahmed Abed-Hal, un tapissier de 67 ans, qui vient de Zeitoun, un lointain quartier. "Avant, nous étions trop loin du message de l'Islam".

 

Un autre sourd-muet, Adel Nemr, marchand au bazar Khan al-Khalili, s'en prend au gouvernement, accusé d'en faire trop peu en faveur des sourds-muets, et rêve, lui, d'une chaîne de télévision et d'une mosquée dédiées aux sourds-muets.

 

"Quand j'ai fait seul le pèlerinage de la Mecque, je n'ai pu accomplir tous les rituels car personne ne nous aide. Nous voulons être traités comme tous les être humains, comme tous les musulmans", dit-il.

 

Pour le jeune imam de Sayyeda Zeinab, Metwali al-Saïdi, il n'y a aucune référence aux sourds-muets dans le Coran. "Mais comme un hadith (parole) du Prophète dit que les aveugles iront au Paradis, cela vaut aussi pour eux".

 

Face à l'incurie de l'Etat et des autorités religieuses officielles, ce sont les islamistes, aux projet politico-religieux, qui ont pris le relais, offrant aux sourds-muets, dès l'enfance, des structures d'éducation et de prédication.

 

Dans un petit immeuble de Mohandessin, un quartier moderne du Caire, l'association Risala (le message) a établi son Q.G, accueillant une centaine d'adolescents sourds-muets.

 

Le visage pris dans un voile, Rehab Abdallah explique que 70 garçons et 30 filles viennent ici tous les jours suivre, séparément, des cours linguistiques ou d'informatique et bien sûr de religion.

 

"Ici, on évite la promiscuité", souligne-t-elle au milieu d'un groupe d'adolescentes, précisant qu'il "n'est pas recommandé aux filles d'aller prier dans les mosquées où la foule des fidèles sont des hommes".

 

Mère de deux enfants sourds-muets, Afaf Ahmad loue l'existence de Risala.

 

"Ils les éduquent et organisent même des concours de religion à travers leurs antennes, mon fils a gagné le premier prix en septembre", dit-elle.

 

Sur les étagères, des exemplaires du Coran et des CD du télécoraniste islamiste "new look" Amr Khaled voisinent avec des manuels d'anglais qu'une équipe de bénévoles se charge de traduire en langage des signes.

 

Reconnue par les autorités, cette ONG est célébrée par le site islamiste "Islam On line". Quant à son financement, Rehad Abdallah évoque, sans détails, "de généreux hommes d'affaires bienfaiteurs".

an/sde/gk

 

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