Témoignage: Procès en appel de Lydie Debaine

Résumé : Régine Salvat a assisté au procès de Lydie Debaine, accusée d'avoir donné la mort à sa fille,qui s'est tenu au Tribunal de Versailles les 15 et 16 décembre. Elle revient sur le verdict: jugée coupable et condamnée à 2 ans et demi avec sursis.

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Handicap.fr donne la parole à Madame Régine Salvat, maman de Rémy  dont le suicide a défrayé la chronique cet été. Vous pouvez réagir à son témoignage. Le sujet est sensible et ouvert à la polémique.

"27 ans d'amour et de soins prodigués par une maman, Lydie Debaine, à sa fille Anne-Marie, lourdement touchée par la maladie dès sa naissance. Un dévouement sans faille que la défense a su mettre en avant... Lydie Debaine l'a répété aux jurés « Vous savez, ce n'est pas parce que Anne-Marie était handicapée que j'ai eu ce geste. C'est parce qu'elle souffrait trop depuis quelques mois. C'était insupportable de la voir tant souffrir. Il n'y avait pas de solution... Elle me manque tant ! »

Acquittée en première instance
Jugée en 1ère instance, Lydie avait été acquittée. Le jury citoyen a pris une décision, en son âme et conscience. C'était son droit absolu. Il n'a pas jugé cette mère en « assassin ». Les jurés ont compris la profondeur de leur rôle, rappelée par Maître Caty Richard, l'avocate de la défense « Vous êtes là pour rendre la justice et non un jugement. » Ils ont rendu justice sans suivre aveuglément la loi, comprenant le sens de leur mission dans une démocratie : la loi peut-être inepte dans certaines situations. Les jurés ont apprécié les faits, au-delà des apparences. Ce faisant, par leur acquittement, ils ont renvoyé notre société à ses responsabilités, sa propre culpabilité : Lydie et Anne-Marie ont été reconnues les victimes d'un système coupable de défaillances majeures. Admirable compréhension, associant la raison et le cœur face à une indéniable réalité.

Le déni de la douleur
Une structure inadaptée (une Maison d'Accueil Spécialisée non médicalisée) a proposé (avec des restrictions) d'accueillir Anne-Marie ! Une MAS non médicalisée... Toutes les familles confrontées à la prise en charge d'un proche lourdement polyhandicapé savent ce que ce terme signifie ! Comment laisser son enfant dans une telle structure (l'unique proposée), non adaptée ? « Propre et neuve », dira l'enquêteur entendu...
Et que dire de l'absence totale de prise en charge de la douleur d'Anne-Marie ? Des souffrances indicibles que « seule la morphine aurait pu soulager » expliquera l'expert médecin légiste. Elle a constaté l'énorme pression intracrânienne que subissait Anne-Marie « plus d'un demi-litre de liquide non drainé détruisait le cerveau. » Le médecin neurologue n'a rien proposé. Rien de rien, tandis qu'Anne-Marie déclinait dans une lente agonie, une inéluctable aggravation de son hydrocéphalie devenue inopérable. L'abominable douleur, la fin de vie... Le corps médical n'a proposé aucune solution ! Infâme réalité...

Un procès orienté
Les fautes lourdes de notre société, le parquet la représentant n'a pas voulu les reconnaître. Il a fait appel de la première décision. Un appel que le hasard a confié a la Cour d'Assise de Versailles... Un appel dans lequel le hasard a désigné une Présidente de Cours dont l'unique objectif, au cours de ces 2 jours de procédure, était flagrant : accuser et faire condamner madame  Debaine. Comment comprendre autrement l'acharnement de cette magistrate à orienter ses questions vers un unique but : accuser cette maman de n'avoir pas eu d'aide et même de l'avoir refusée !? Tous ceux qui ont assisté aux débats en ont eu l'intime conviction : la présidente n'a eu qu'une volonté, orienter la décision des jurés en faussant les données. Elle a rempli la fonction d'Avocat Général ! Que dire des visages des jurés ? Fermés, impassibles, glacés... De quoi faire frémir l'assemblée, composé de public et de journalistes. L'humanité ? Elle a filtré chez un seul homme digne de respect : l'Avocat Général, qui a même finit son réquisitoire en larme. Un comble assurément.

Quelle injustice !
Un sentiment de profonde injustice nous submerge à l'annonce du verdict. Lydie Debaine a été déclarée « coupable d'assassinat ». Quelle que soit la peine assortie à ce jugement (deux ans et demi avec sursis), il en ressort un indéniable constat : la véritable coupable, notre société française représentée par nos élus et l'Etat, n'a pas été condamnée. Les jurés ne lui ont pas réclamé un « examen de conscience »... L'Etat s'est défaussé de ses responsabilités et des débats nécessaires à l'évolution d'une société humaine et responsable digne de ce nom. La coupable véritable n'a pas été jugée !"

Régine Salvat, présidente de l'Association « Action Rémy »

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Commentaires

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Le 18-12-2008 par horus :
Madame DEBAINE n'a été coupable que d'avoir TROP AIME sa fille et maintenant il ne lui reste plus que le tourment de se voir condamner et surtout en vie.

Le 19-12-2008 par Céline L :
Que dire de plus que ce que je viens de lire: oui, la véritable coupable n'a pas été jugée, le refus d'un réel débat sur le droit à partir dans la dignité et avec le moins de douleurs possibles... Merci Régine Salvat de votre travail; sachez que je pense souvent à vous et Rémy (j'appartiens à Solidarité Handicap dont la présidente est une amie). Bon courage et bonne continuation dans votre courageux et digne combat!

Le 19-12-2008 par Muzz :
De tout cœur avec Lydie... Quel geste d'amour elle a eu...quel geste difficile et tendre à la fois...qu'on ne lui reconnaît pas.

Le 19-12-2008 par annie mugnier :
merci Régine de nous rendre compte de ce procès autrement que ce que les médias ont pu faire.La société certes est coupable mais le corps médical ne semble pas avoir été très présent aux côté de cette maman.J'habite tout près de Lydie Debaine et je pense très fort à elle quand je passe devant sa maison.Je voudrais qu'elle sache que je ne suis pas la seule et qu'elle m'inspire un énorme respect.

Le 20-12-2008 par Patricia Turcotte :
TÉMOIGNAGE: PROCÈS EN APPEL DE LYDIE DEBAINE
Quand il n'y a plus de compassion dans la médecine et la justice. Que cela est désolant.
Pas de place pour les aidants naturels mis à part quelques petites brochures ici par là ou un peu d'aide pour calmer les pompons.

Quand je pense que des adolescents peuvent s'acheter sur l'ordinateur, des pilules de cyanure pour 40$.

On ne devrait pas blâmer une maman qui s'est occupé pendant plus de vingt ans, de sa fille handicapée et souffrante en fin de vie. Plus personne ne veut prendre ses responsabilités et mettre ses culottes: "Vaut mieux passer le reste de sa vie en prison que de continuer à voir souffrir votre fille comme vous le faisiez si courageusement". Vous ne serez jamais seule, Madame Lydie Debaine, croyez-moi. Toute la population sera avec vous à travers cette difficile épreuve. Ne lâchez pas, vous êtes une brave personne.

Patricia Turcotte
Saint Georges de Beauce ( Québec ) CANADA

Le 20-12-2008 par dan95 :
Régine ton combat , celui de Rémy et de toutes ces personnes lourdement touchées n'est pas fini mais heureusement qu'il existe des personnes comme toi pour mettre notre société face à ses responsabilités. Merci pour ton courage et ton exemple.

Le 22-12-2008 par boubaso :
Lydie a eut la force de libérer sa fille et elle, on l'emprisonne... Accusée d'avoir aimé sa fille, elle n'aura pas le droit de finir sa vie en paix, sereine. La France doit évoluer... vite.

Le 23-12-2008 par Lauvergnat :
Remy Salvat-Lydie Delaine
Un raccourcie de ma réaction:
Cette affaire est à 2 nveaux.
1- le procés initial vec les jurés, citoyens avec la moralité et le bon sens du peuple,
2- L'appel du jugement.
Action réalisée par le parquet, situation éminament politique qui n'a que faire des sentiments, piusque là nous avons affaire essetiellement à "une ersonne morale". La nécessité de la loi ou du manque de loi peut expliquer cette situation, mais ne permet pas de la cautionner.
Devant les reclades successives des gouvernements et de l'état, il nous reste 'espoir, celui de la pression de l'opinion et de son bon sens. Les dirigeants s'appuyants sur celle-ci en croyant parfois la manipuler, devront tôt ou tard se rendre à l'évidence.
Mais attention aux gens qui chérissent les effets dont ils déplorent les causes.

Le 23-12-2008 par GAUTIER :
a lire le sujet, on a froid dans le dos devant l'attitude de la Présidente, n'a-t-elle jamais été confrontée a pire situation
comment peut-il y avoir des MAS non médicalisée, c'est un scandale, et aprés l'Etat dit tout faire pour les H P

Le 23-12-2008 par Chantal Debleds :
A Lydie Debaine.

J'admire votre courage et vous accompagne dans cette épreuve supplémentaire que la justice vous impose.

Le 26-12-2008 par Othman B :
Merci Régine de nous apporter le point de vue d’une famille touchée par le handicap.

C’est une bien triste nouvelle qui arrive en cette période de fêtes. Pour autant nous ne devons pas nous décourager, c’est un long travail que de faire évoluer les mentalités.

Nos dirigeants ne pourront pas marteler que tout va bien concernant la prise en charge des polyhandicapés. L’Etat devra faire face à ses responsabilités concernant les plus faibles d’entre nous (mais pas les moins courageux), et revoir son contrat social. Toutes les familles peuvent être touchées et la solidarité nationale devrait être totale.

Le 26-12-2008 par MAMINETTE :
A lydie Debaine
Votre courage est exemplaire et l'epreuve que la JUSTICE vous inflige est tellement disproportionnée.
J'espère que la présidente sera très sévèrement punie pour cet acharnement à punir une innocente personne à quelques jours de Noël.
Les médecins ont eux aussi à répondre de cet acte car ils n'ont pas soulagés la souffrance de cette enfant, et c'est bien le rôle d'un MEDECIN digne de ce nom.

Le 02-01-2009 par Gaëlle B :
Il est difficile de comprendre un tel acharnement de la part de nos gouvernants, un tel manque d'humanité...
Je souhaite beaucoup de courage à tous ces parents qui connaissent une telle souffrance. Que l'année 2009 soit celle de la prise de conscience de tous sur le sujet de l'euthanasie.

Le 06-01-2009 par defolli :
Il y a de quoi s'obstiner à faire évoluer les mentalités (évidemment il n'est pas concevable d'être hors la loi).
Laborieux travail pour le législateur afin d'ouvrir la voie de l'euthanasie légale.
Courage à tous ceux qui traversent ces épreuves de la vie.

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