Un an après le plan autisme: quel bilan?

Résumé : Un an après le lancement d'un plan autisme par le gouvernement, médecins et associations se félicitent de la prise de conscience autour du besoin de prise en charge, mais se plaignent d'un cruel manque de moyens et divergent sur les méthodes de soin

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PARIS, 17 mai 2009 (AFP) -
"Ca n'a pas attendu Valérie Létard, mais c'est vrai qu'elle a rajouté une couche: ça avance et les gens sont plus mobilisés", dit Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie à la faculté de médecine de Lille II et chef de service au CHU de Lille.
La secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité a annoncé en mai 2008 un plan 2008-2010, prévoyant la création de 4.100 places d'accueil supplémentaires sur cinq ans et mettant l'accent sur le diagnostic et les nouvelles méthodes de prise en charge de l'autisme.
"On part de très loin, ce n'est pas suffisant", avait alors reconnu Mme Létard, reconnaissant l'immense retard français dans le domaine, et soulignant "l'ambition" du gouvernement: "que plus personne en France ne puisse ignorer l'autisme".
Pour Nadia Chabane, pédopsychiatre à l'hôpital Robert Debré à Paris, "il y a une prise de conscience plus nette des décideurs". "Je me dis qu'on va y arriver, mais croire que ça peut bouger en un ou deux ans, c'est un leurre".
Les deux médecins s'accordent sur le principal point noir, selon eux: le manque de moyens. "Le plan prévoit des sommes dérisoires (187 millions d'euros, ndlr) qui ne sont pas à la hauteur des enjeux", selon le Pr. Delion.
"Concernant le nombre de places, on est loin du compte", pour le Dr Chabane.
"Beaucoup d'enfants vont encore en Belgique se faire soigner par manque de places en France", renchérit Pierre Delion. "Il faut se rendre compte de l'ampleur qu'a ce phénomène dans nos sociétés contemporaines", dit-il. Selon les sources le nombre d'autistes en France est compris entre 180.000 (Inserm) et 500.000 (comité d'éthique).
Du côté des associations, Mireille Lemahieu, présidente d'Autisme-France, "le nombre de places donné est ridicule".
"On regarde le prix habituel que coûtent les prises en charge des enfants par exemple déficients intellectuel et on ne va pas vouloir accorder plus d'argent alors que l'enfant autiste a besoin d'un encadrement plus important", précise-t-elle.
"On avait émis des réserves il y a un an et elles étaient fondées", poursuit-elle. "Alors que le monde entier est d'accord pour dire que l'autisme est un handicap et qu'on doit privilégier l'éducatif, l'approche psychiatrique continue d'être soutenue en France", déplore-t-elle.
Pour M'hammed Sajidi, président de l'association de familles Léa pour Samy, la prise en charge est "inadaptée". "Quand on met les autistes dans des hôpitaux psychiatriques, on les traite pour une autre maladie avec des traitements non adaptés", dit-il.
"Il y a une prise de conscience autour de l'autisme de la part des professionnels et du gouvernement, sauf qu'on ne prend pas les décisions qui s'imposent", déplore M. Sajidi.
Le Pr Delion se rassure en assurant voir "poindre un rassemblement entre les différentes méthodes (...) on essaie d'approcher les choses de façon plus complémentaire".
Mais pour Mme Lemahieu, le plan est "surtout une pub pour dire qu'on fait des choses extraordinaires". "Si ça avance, c'est parce que des parents et des professionnels se mobilisent", dit-elle.
Le Dr Chabane comprend l'accablement des associations: "Elles voient arriver chaque jour le drame des gens qu'on n'arrive pas à placer, à rééduquer et je comprends qu'elles attendent avec impatience, mais on part de tellement loin!".
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Par Caroline TAIX

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