Vivre aux éclats : des clowns à l'hôpital

Résumé : Face à la douleur, certains prennent parfois le parti d'en rire. C'est en tout cas l'ambition de l'association' Vivre aux éclats', créée en 96 par deux clowns-comédiennes, qui déverse un brin de folie et de fantaisie dans les centres de

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Un nez rouge, une robe démodée, des chaussures grotesques... Mais qu'allait donc faire ce personnage incongru dans les couloirs d'un hôpital ? Ils sont désormais huit comédiens (cinq femmes et trois hommes) de l'association lyonnaise « Vivre aux éclats » à intervenir dans quatre établissements médicalisés de la région, auprès de personnes dépendantes, d'enfants ou d'adolescents. Sans avoir d'ambition thérapeutique, leur démarche permet de poser un sourire sur des situations souvent douloureuses. Pas de guérison, bien sûr, juste quelques instants de répit !

Une « folie » partagée
Leur présence insolite bat en brèche les conventions. Duo de clowns allant de chambres en chambres dans de grands éclats de voix, avec un bel enthousiasme mais sans faux semblants. « Le clown apporte de l'oxygène, explique Marie-Laure Gerland, membre de l'association, et un espace d'expression. Dans les unités gériatriques, certains patients se laissent aller à des confidences que le personnel soignant lui-même n'a jamais entendues. Le clown suscite une forme de liberté qui incite les gens à s'exprimer. Il est l'un des rares à pouvoir se permettre de les rejoindre dans leur « folie ». J'ai en tête l'histoire de cette vieille dame qui remplaçait tous les noms par le mot « casserole ». Personne ne s'autorisait à rentrer dans sa névrose, personne à part le clown qui arrive et se met à lui parler de casseroles autant qu'elle veut... »

Les limites : hygiène et sécurité
Depuis dix ans déjà, tous les mercredis, les clowns se rendent à la Maisonnée, un établissement pédiatrique qui reçoit des enfants malades, handicapés moteurs ou polyhandicapés. Ils improvisent avec brio, savent rebondir sur une parole, s'inspirer d'un détail... Mais ce délire maîtrisé a-t-il des limites ? « Les seules limites que nous nous fixons, continue Marie-Laure, ce sont les questions d'hygiène et de sécurité. Lorsqu'ils sortent d'une chambre, les clowns se lavent les mains. En termes d'action ou de propos, ce sont les situations et l'expérience qui fixent les limites. Mais parfois, nos clowns vont très loin. » Alors, lorsqu'ils rencontrent madame La Montagne, une charmante dame en fauteuil roulant, quoi de plus évident que de « grimper la montagne » sans aucun scrupule... en escaladant son fauteuil !

Peut-on rire de tout ?
Mais improvisation ne signifie pas pour autant provocation. Avant chaque intervention, les comédiens rencontrent le personnel qui les informe de la situation des patients et de leur pathologie. « Ils ont alors des « billes » pour aller le plus loin possible sans vexer. » Une fois par trimestre, les comédiens rencontrent l'équipe d'encadrement, et une fois par mois un psychologue extérieur, pour faire un bilan. Le clown est parfois triste car, plus que le rire, il tente de libérer les émotions. Clown triste qui ne peut retenir ses larmes lorsqu'il apprend le décès d'un enfant. Mais il porte un masque qui permet d'aborder toutes les émotions, y compris la tristesse. Alors lorsqu'un enfant malade consent à exprimer toute sa douleur, pas question d'en rire, le clown se met à côté de lui, accompagne sa tristesse, autorise sa tristesseabsorbe sa tristesse... pour quelques instants. Ces pitres explosifs savent aussi faire preuve de pudeur et de tendresse...

Casting de pro
Ce sont tous des professionnels, rétribués pour leur prestation. « Castés » comme pour n'importe quel rôle, par le directeur artistique de l'association ! « Il est vraiment important de préserver cette dimension de comédien. Un bon clown de scène ne fera pas forcément un bon clown à l'hôpital, conclut Marie-Laure. Il faut réellement qu'il soit motivé par ce rôle, qu'il accepte de travailler en duo et en impro. D'autant que notre association est l'une des rares à travailler avec des enfants très lourdement handicapés, atteints de maladies dégénératives. C'est parfois dur ! Bien rares sont les autres troupes qui se rendent dans ce type
d'établissements. » Le concept fait néanmoins de nombreux émules, les compagnies se répandent en France, au point même d'envisager la création d'une « Fédération des troupes de clowns professionnels ». Preuve que les ambitions de Vivre aux éclats sont bien loin de prêter à rire !

En savoir plus
www.vivreauxeclats.fr
Tél. : 04 78 24 33 37

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