Défi Intégration : une aventure pionnière

Résumé : Le 8 septembre 2010, un équipage de marins valides et handicapés s'est élancé sur un record océanique entre Lorient et l'île Maurice en passant par la Cap de Bonne-Espérance. Ils reviennent sur ce projet.

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Cet article est un droit de réponse à notre article sur le même sujet: Défi Intégration, récit d'un naufrage?

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Qu'est-ce que le record détenu par le Défi Intégration ?

Le 8 septembre 2010, un équipage de marins valides et handicapés s'est élancé sur un record océanique entre Lorient et l'île Maurice en passant par la Cap de Bonne-Espérance. C'est le premier équipage mixte à détenir un record océanique à la voile (validé World Sailing Speed Record Council).
L'équipage était composé de deux quarts mixtes : le premier avec Justine Gaxotte, équipière valide, et David Viguier, équipier amputé fémoral, le second avec Olivier Brisse, équipier non-voyant, et Nicolas Meisel, équiper valide. A cela il faut ajouter le skipper Eric Bellion, hors quart, valide, et Chloé Henry-Biabaud, équipier média hors manœuvre, valide.

Pourquoi ce projet ?
Pour démontrer qu'il est possible d'intégrer des personnes handicapées dans une équipe, tout en restant exigeant et performant. Soyons réalistes. Une entreprise cherche avant tout la performance et non en premier lieu l'intégration des personnes handicapées. Par méconnaissance, certains décideurs se réfugient derrière des préjugés et ne donnent pas leur chance à des personnes en situation de handicap. Le Défi est donc une métaphore simple à destination des entreprises : le bateau symbolise l'entreprise, l'équipage mixte le personnel, le record l'objectif.

En quoi le Défi Intégration est-il une réussite ?
Jolokia est arrivé à bon port. Un record officiel a été établi. Les deux quarts mixtes qui se sont relayés ont travaillé en parfaite intelligence. La sécurité a été maximale et en tant qu'amateurs nous sommes fiers d'avoir su conserver une moyenne de 7 nœuds, très honorable. Le Défi réalisé prouve donc aux entreprises que l'intégration est possible et qu'il faut se donner les moyens d'y parvenir.
Cela ne signifie pas que tout a été simple. Deux membres de l'équipage n'ont pas pu prendre le départ. Cela a été une grosse déception pour tout le monde.

Pourquoi deux équipiers handicapés ont-ils dû abandonner avant le départ ?
Laurent avait été clair depuis le début : il n'a jamais été sûr d'embarquer pour le record. Laurent aime la mer, mais pas la navigation hauturière. Pendant les entraînements Laurent a tout donné. Mais son corps a tiré la sonnette d'alarme en développant un problème neurologique important. A contre cœur, Laurent a pris une décision douloureuse mais responsable. Olivier Brisse, non voyant, l'a remplacé à bord.
Gregory a débarqué à peine un mois avant le départ. Il était affaibli et souffrait de gros problèmes d'infections urinaires. Pour traiter ces infections, le médecin de l'équipage, avait mis en place, en accord avec Gregory, un protocole indispensable à son embarquement. Or à quelques semaines du départ, Grégory a décidé d'aller demander un autre avis et a arrêté son traitement. Pour des raisons évidentes de sécurité, il était inenvisageable de l'embarquer deux mois en pleine mer sans qu'il ait réglé ses problèmes.
A trois semaines du départ, impossible de remplacer Gregory. Alors, pour conserver la parité, nous avons formé deux quarts composés d'un équipier valide et d'un équipier handicapé et Eric, le skipper, s'est mis hors quart.

Est-ce que la performance a pris le pas sur les possibilités des équipiers handicapés ?

Au sein du Défi intégration, il n'y a pas les « organisateurs valides » d'un côté et les handicapés de l'autre. Nous sommes une équipe. Tout le monde a apporté sa pierre à l'édifice, handicapé comme valide, pour un objectif commun.
Gregory et Laurent sont allés au bout de leurs forces. Ils se sont engagés sur ce projet en connaissance de cause. Ce sont des adultes de 37 et 41 ans, en pleine possession de leurs moyens intellectuels. Personne ne les a forcés à se joindre au projet. Ce serait ne pas les respecter que de dire qu' « on les a poussés ». Ils ont donné tout ce qu'ils ont pu pour essayer de réaliser leur rêve. Bien des personnes valides n'auraient pas même tenté l'aventure.

Les équipiers handicapés ne peuvent pas tout faire comme les équipiers valides?

Cela va de soi. À bord, il n'a jamais été question que les équipiers handicapés fassent tout comme les équipiers valides. Cela aurait été absurde. Chacun, valide ou handicapé, apporte sa compétence propre. Parce que construire une équipe, c'est avant tout connaître les forces et les faiblesses de chacun pour faire grandir le groupe.
Pendant trois ans de préparation, nous avons tout pris en compte : les déplacements limités, la cécité, mais nous ne nous sommes pas bornés au handicap physique. Nous avons également étudié l'endurance des uns, le mal de mer des autres... Valides et handicapés, nous avions tous besoin de certaines adaptations pour être au maximum de nos capacités.

Est-ce que la compétition a pris le pas sur l'aventure humaine ?
Notre volonté a toujours été de vivre une aventure humaine en faisant la promotion de l'intégration dans l'entreprise. Nous sommes bien loin d'être un équipage de course professionnel. Mais l'objectif est clair depuis le départ : un record entre Lorient et l'île Maurice sur un bateau de course le plus rapidement possible. Tous les membres de l'équipage savaient pourquoi ils signaient. Le record approchant, nous avons normalement intensifié le rythme des entraînements pour être prêt. La mer ne pardonne pas l'approximation, que l'on soit valide ou handicapé.

Gregory et Laurent ont abandonné. Cela veut-il dire que les personnes en fauteuils ne peuvent pas vivre de telles aventures extrêmes ?
Le handicap médullaire est un handicap très difficile à gérer en mer. Notamment sur des traversées océaniques et sur un bateau comme Jolokia. Mais il ne faut pas catégoriser. Il y a des exemples de personnes ayant ce type de handicap qui ont réalisés des traversées bien plus exigeantes. Ils sont peu nombreux, mais ils existent. Il faut donc savoir faire la part des choses entre la personne et le handicap.

Pour conclure ?
Notre démarche est un peu pionnière. Elle doit s'enrichir de nouvelles expériences, d'autres vécus, d'autres énergies. Tout est à faire. Nous invitons tous ceux qui le souhaitent à venir nous rencontrer et débattre constructivement avec nous. Nous n'avons rien à cacher : ni les succès, ni les échecs. C'est justement ce qui lui donne toute sa richesse.
Dans cet esprit, deux livres sont disponibles. Libertalia, récit de Gérard Janichon et Défi intégration, album photo de Nathalie Tufenkjian et Chloé Henry-Biabaud. Enfin, le film Jolokia, Odyssée d'une bande de bras cassés de Chloé Henry-Biabaud.

L'équipe du Défi Intégration, www.défi-intégration.com

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