Pictothérapie : osez la " photo remède " !

Résumé : Le handicap passe au filtre de la " pictothérapie ". Le principe : se réconcilier avec son image à travers la photo. Hervé L, photographe et art-thérapeute, met en valeur des corps et des âmes dévalorisés. Un " objectif " en guise de remède.

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Le relooking est en vogue, la retouche Photoshop fait des miracles, et l'image n'a jamais été aussi manipulatrice. Mesquine, menteuse, elle enfante les plus improbables fantasmes et fait naître de véritables pathologies de l'image. Mais certains photographes consentent à ne plus tricher. C'est le cas d'Hervé L. (Il s'appelle Léger mais son nom est déposé !). Son fond de commerce, c'est la sincérité. « Savoir être soi », est d'ailleurs le nom de son site internet. A travers ses images, il permet à chacun de se réapproprier son corps, avec ses qualités et ses défauts. Il met en lumière ceux qu'on regarde d'ordinaire par le « tout petit bout » de la lorgnette. Handicap, mauvaise estime de soi suite à un deuil, une maladie ou un divorce... Ses modèles sont complexés, atypiques mais tellement humains. « J'adore travailler avec des personnes handicapées car elles me touchent et me donnent une énergie incroyable. »

Apprivoiser le modèle
Lors de la première séance, Hervé cerne et apprivoise, à pas de velours. Longue conversation autour de photos choisies par son modèle. Photos perso, de famille ou tirées de magazines. Des images qu'on aime, qu'on n'aime pas, qui séduisent ou dérangent. Le Nikon D 200 est placé sur la table, bien en évidence. Il fait partie du décor mais, pour le moment, pas question de dégainer. Hervé s'emploie d'abord à mettre en confiance ces hommes et femmes qui redoutent tant le face à face avec l'objectif. Pas ceux qui minaudent en déplorant leur manque de photogénie. Non, les vrais écorchés, marqués dans leur chair, qui évitent les miroirs. Il y a cette jeune fille qui « identifie » sur une photo de Marilyn Monroe ses propres rondeurs. Et pourtant elle est anorexique et pèse... trente kilos ! Image altérée de soi-même, déni de la maladie.

La photo, vecteur d'âme

Vient la seconde rencontre. Le temps n'est plus à la conversation, il faut donner de soi. Chacun, ou plutôt chacune car ce sont surtout des femmes qui se prêtent au jeu, choisit son univers, vêtements ou objets. Enfin livrer ses déchirures à la « pellicule ». Un exercice toujours redouté, parfois cruel. L'un est amputé d'un membre, l'autre a subi l'ablation d'un sein. Sur le cliché, en guise de poitrine, ses mains forment un cœur... De nouvelles photographies sont parfois nécessaires pour mettre en valeur et appuyer les éléments psychologiques positifs qui, au fil des séances, se mettent en place. Puis, c'est la révélation. Accepter de se voir... Le photographe est là pour accompagner, pour regarder à quatre yeux, pour échanger. Certains peuples craignent que la photographie ne leur vole leur âme ; ici, elle n'a d'autre vocation que de la leur rendre.

Anne-Laure, muse lumineuse
Hervé fait un jour une rencontre, celle d'Anne-Laure. Un privilège car Anne-Laure ne sort plus, se cache, voit peu de monde, vit derrière son écran, écrit des poèmes et redoute plus que toute autre chose le regard des enfants... Cette femme a quarante ans mais en parait bien davantage. Elle est handicapée, très lourdement, démarche claudiquante, difficulté d'élocution, un visage atypique, pas facile à vivre... La maladie de Riddley Dey. Et en plus elle est photophobe et ne supporte pas la lumière des flashs. Alors, lorsqu'Hervé, par l'intermédiaire d'une connaissance, lui propose de la prendre en photo, elle a du mal à comprendre sa démarche, cet intérêt incongru. Comment un photographe peut-il s'intéresser à elle ? 200 clichés plus tard, Anne-Laure est toujours la même mais déjà une autre. On la voit une cigarette à la bouche. Un jeu d'expression inattendu. On dirait Popeye. C'est elle-même qui le dit. Elle est aujourd'hui capable d'en sourire... « Cette expérience lui a fait un bien fou, se réjouit Hervé. Elle y a gagné en estime de soi. Depuis, elle s'est inscrite sur un site qui organise des rencontres amicales. Elle a décidé de sortir de son isolement. Même si subsiste une appréhension, elle fait l'effort d'aller au devant des autres. Je l'ai même vu danser le rock ! Ce travail sur son image lui a permis de franchir un cap. Elle reste différente mais accepte de vivre « normalement ». »

Photothérapie : un siècle d'histoire
La jeune femme anorexique a, elle aussi, repris du « poids de la bête ». Les photos d'Hervé ont agi comme un révélateur ; elle a fini par se « voir » telle qu'elle est. Quelques semaines après sa séance, elle a même accepté une « invitation couscous ». Car Hervé n'est pas seulement un photographe, c'est un « pictothérapeute », qui utilise la photographie comme support dans le cadre d'une véritable démarche thérapeutique. Cette patiente, par exemple, lui avait été envoyée par un médecin qui redoutait son décès. Hervé s'est formé en art-thérapie pour étoffer son approche picturale et ainsi bénéficier de ressources psychologiques pour apporter un mieux être aux personnes avec lesquelles il travaille. A ce titre, il collabore avec des psychologues. La « photo-remède » ? Pour les septiques, la pilule est un peu dure à avaler... Et pourtant, la « photothérapie » (le nom est déposé et Hervé ne peut donc l'utiliser) n'est pas un concept récent. Il est évoqué pour la première fois aux Etats-Unis en 1856, à peine vingt ans après l'apparition de la photographie. En 1977, un magazine psycho lui consacre un article et reçoit une déferlante de courriers intrigués. La première conférence sur ce thème en Europe remonte pourtant, seulement, à 2008.

Un ancien juriste atypique
« Aujourd'hui, je n'ai pas de meilleure ambassadrice qu'Anne-Laure, confie Hervé. Elle parle de cette expérience à tout le monde, communique sur le Net. » Ce photographe commence à se faire une appréciable renommée dans ce domaine, sollicité par certaines associations de personnes handicapées. Il œuvre dans toute la France, et même à Moscou où il intervient auprès de psychologues locaux pour la mise en place de la pictothérapie dans une clinique qui traite les addictions alcooliques. Il a trouvé sa voie. L'atypisme, c'est sa marque de fabrique car, avant de se lancer dans cette aventure, il était consultant. Pendant vingt ans, il a redressé des entreprises en difficulté. Aujourd'hui, il s'adresse à des corps et des âmes en difficulté. Et pas question de les redresser, juste les laisser se contempler...

Plus d'infos:

http://www.savoir-etre-soi.com

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Commentaires

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Le 15-12-2011 par marjy :
quel intéret a photographier un corps désarticulé, un visage figé ou grimaçant... ce qui fait qu'un handi est rejeté par la société??

Le 03-01-2012 par Hervé L. :
Réponse 1ère partie

Bonjour,

je comprends votre réaction et vous remercie d'avoir posté ce post, de vous être exprimé sur ce sujet qui vous interpelle.

Vous avez raison ce qui est différent surprend, interpelle...
Faut il alors se poser la question adéquat comme vous le faîtes, quel intérêt ?

L'intérêt premier n'est pas dans le regard de l'autre, mais dans celui qui "est et demeure lui même" face aux regards des autres.

Être différent n'empêche pas d'être !

D'autant que nous savons tous que le rejet vient souvent de la "méconnaissance, l'inconnu, le différent..."

Le 03-01-2012 par Hervé L. :
Réponse 2ième partie
Ce travail de pictothérapie entre dans un process thérapeutique. Certes il y a les photographies mais cela n'est qu'un support. Je suis art-thérapeute.
IL faut y voir avant tout un travail d'acceptation de soi, de confiance en soi...
Les photos prisent demeurent la propriété des personnes avec lesquelles je travaille et ne sont pas en général destinées à être exposées.

Par simple de répondre complètement à votre question sur aussi peu d"espace, mais j'espère avoir pu vous donner la trame de réponse et réalité , je reste à votre disposition pour répondre à vos interrogations sur le sujet.
Je vous présente pour cette nouvelle année 2012, tous mes voeux.

Hervé L.

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