Baromètre 2012 de l'OIT : silence, on discrimine !

Résumé : Le Défenseur des droits et l'OIT publient le 5ème baromètre sur les discriminations au travail. Transsexuel, gens du voyage, seniors, femmes... Autant de " minorités " qui attisent la crainte des employeurs. Et le handicap dans tout ca ?

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Chaque année, 4 000 décisions prises par le Défenseur des droits portent sur la discrimination au travail. Autant d'histoires singulières, parfois douloureuses, sur lesquelles il est important de porter un regard d'une extrême vigilance. Ce constat motive donc, depuis plusieurs années, la réalisation d'une enquête. Sa cinquième édition vient d'être rendue publique par Dominique Baudis (Défenseur des droits depuis juin 2011) et Jean-François Trogrlic, directeur du bureau de l'Organisation internationale du travail (OIT). Ce « Baromètre sur la perception des discriminations au travail : regard croisé des salariés du privé et agents de la fonction publique » a été conduit, par téléphone, par l'institut CSA auprès d'un échantillon représentatif de plus de 1000 personnes. Il fait ressortir les enjeux de la lutte contre les discriminations dans le cadre du travail à travers la perception qu'en ont les travailleurs.

Problème numéro un : le silence !


Un quart des personnes interrogées ont le sentiment d'avoir été victimes d'une discrimination dans le cadre de leurs activités professionnelles, et plus d'un tiers en ont été témoins. Un chiffre étonnement élevé lorsqu'on sait que l'emploi est censé être un lieu de réalisation de soi ! Une autre révélation surprenante de ce baromètre, c'est le fait que 42 % des salariés du privé (témoins comme victimes) ont choisi de se taire ! Dominique Baudis explique cette attitude par « le chômage grandissant et la peur de la précarité ! Les travailleurs sont plongés dans un profond désarroi lorsqu'il s'agit de combattre ou de dénoncer des attitudes discriminatoires. Seule une vaste mobilisation pourra inverser cette tendance. » Cet état de fait est à rapprocher d'un autre constat : le niveau des discriminations ressenties est en légère baisse. Un élément de réponse ? Les sondés imputent peut-être ces « préjudices » davantage au contexte économique globalement morose qu'à des comportements réellement discriminatoires. On encaisse davantage, au risque, sinon, de tout perdre... Par ailleurs, on observe un rapprochement du ressenti des agents de la fonction publique de celui des salariés du privé, signe que la « mère publique » est de moins en moins perçue comme protectrice.

Handicap : un soupçon d'hypocrisie ?


Cette année, l'enquête comportait deux focus spécifiques, sur la question de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre, mais également sur celle du handicap. « En 1958, la première convention internationale sur la discrimination au travail, explique Jean-François Trogrlic, portait sur le sexe, l'origine ethnique, les orientations politiques ou syndicales. Mais nous avons constaté, au fil des décennies, qu'elle s'installait sur d'autres faisceaux : l'apparence physique, l'orientation sexuelle, le handicap... Il a donc fallu élargir les champs d'intervention. » Didier Fontana, président du FIPHFP (Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique), était invité à commenter les résultats de ce sondage : « Je réagis de manière un peu schizo, en tant que personne handicapée et président du FIPHFP. Le président est satisfait des résultats de notre Fonds car, même si sa création est récente, nous atteignons un taux d'emploi de 5 % de travailleurs handicapés, et nous serions déjà à 6 sans l'Education nationale, un « ministère » qui frise le scandale ! Mais, par contre, Didier Fontana, en fauteuil roulant depuis 39 ans, est nettement plus septique car il y a encore de nombreuses lacunes, et une énorme différence entre les réponses téléphoniques de ce sondage et la vraie vie. Lorsqu'on regarde la liste des personnalités des Français, on se croirait au pays des Bisounours puisque, dans les dix premiers, on trouve : un arabe, un noir, une personne de petite taille... Issus des minorités ! Mais la transposition dans la réalité est toute autre ! » Dans ce contexte, peut-on douter de la valeur à attribuer à ces réponses, peut être trop « socialement correctes » ? Comment faire réellement le lien entre ressenti et réalité ? Existe-il des éléments statistiques sur les discriminations des personnes handicapées ? Pour le moment, aucune étude objective n'a été menée dans ce sens. La seule mesure palpable aujourd'hui reste l'évolution des saisines auprès du Défenseur des droits. L'occasion de rappeler aux Français qu'ils disposent, par ce biais, de recours rapides, gratuits et simples pour dénoncer tout acte de discrimination au travail.

Sensibilisation des « élites »


Le travail de sensibilisation et de formation des entreprises porte ses fruits mais l'acceptation du handicap au sein de l'entreprise a encore un long chemin devant elle. Dans la salle, le responsable d'un cabinet de recrutement émet pourtant un bémol : « Les recruteurs sont favorables à l'embauche des travailleurs handicapés mais ils ne savent pas comment faire parce qu'ils n'ont pas été « éduqués » dans ce sens. Les « élites » sont peu préparées dans leur jeunesse à affronter ce type de situation. Y-a-t-il des actions dans l'Education nationale pour former les mentalités ? » Ce à quoi Dominique Baudis s'empresse de répondre : « Depuis cinq ans, nous avons lancé un programme de prévention auprès des enfants et collégiens sur le thème de la discrimination. 110 000 élèves ont donc été sensibilisés à l'acceptation des différences, avec un impact positif sur l'ensemble de la famille et, par corrélation, sur la société. » L'inclusion scolaire de « tous » les enfants handicapés produira elle aussi ses effets... Mais d'ici combien de temps ?

Vers un droit du travail mondial ?


Le Défenseur des droits vient de signer une convention triennale avec le bureau de l'OIT pour la France qui prévoit d'inscrire la prochaine édition de ce baromètre dans une dimension comparative à l'échelle européenne, de développer les recherches et formations conjointes, notamment en matière de droit du travail et de protection sociale. A l'échelle mondiale, lors du dernier G20, la déclaration finale a réclamé que les droits fondamentaux au travail se développent à travers le monde. Un emploi, oui, mais pas à n'importe quel prix ! Chimère 2012 ?

En savoir plus sur ce baromètre :


www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/upload/barometre_oit_-_etude_-_discriminations__a_lemploi.pdf
Défenseur des droits : www.defenseurdesdroits.fr ou 09 69 39 00 00 (prix appel local)

Le Défenseur des droits, c'est quoi ? : http://informations.handicap.fr/art-editorial-handicap-2011-741-4123.php

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Commentaires

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Le 07-03-2012 par Agir :
La discrimination par langue et la non francophonie (parler avec un accent et dissuasif pour être recruté. Le recruteurs doutent de nos compétences et diplômes de nous commençons à parler. Trés suivant, ils vont au choix de candidat le plus rassurant. La motivation n'ai pas sa valeur. L'idéal sera sensibiliser sur ce sujet aussi. Autre, les cadres et travailleurs RQTH doivent pouvoir choisir le métier et ne pas pas être dirigés selon le bon vouloir des politiques. Nous avons le droit de choisir.

Le 24-08-2012 par Alainb :
Bonjour
Voilà  bien longtemps que je subis ce genre de discrimination, par le fait d'être handicapé, être âgé de 56 ans et de plus d'être syndiqué.
Et pourtant mes diplomes assistent de mes compétences.
Mais rien, ne bouge les collègues que je forme à leurs respectifs,eux se voient félicités, moi non.
Aucune raison ne m'est donnée, hormis un regard sur mes arrêts de travail et sur certaines de mes incapacités.
Voilà, le résultat de imbécilité mais pour moi de cruauté.
Même si mon travail est formellement apprécié et reconnu par tous.
Je dois me lancer dans une véritable guerre pour survivre.
Honte à cette humanité

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