Japonais boudent le handisport: le défi de Tokyo pour les JO

Résumé : À un peu plus de deux ans des Jeux paralympiques de 2020, le Japon tente d'améliorer la perception du handisport, encore largement méconnu des Japonais, une situation à l'image des difficultés quotidiennes des personnes handicapées dans ce pays.

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Par Kyoko Hasegawa

Dans une école de la banlieue de Tokyo, des enfants aux yeux bandés s'exercent au cécifoot, une adaptation du football pour les malvoyants. Les écoliers courent dans tous les sens en essayant de frapper la balle, de la taille d'un ballon de basket et remplie de clochettes pour la localiser, afin de l'envoyer dans le but adverse. "J'étais surpris par l'obscurité quand j'ai mis le bandeau sur les yeux, mais une fois que je me suis habitué, j'ai beaucoup aimé", raconte Kaito Onogi, jeune garçon de 11 ans.

Sensibilisation en cours

Cet évènement est l'une des nombreuses initiatives lancées par les organisateurs des JO de Tokyo pour faire apprécier aux enfants les exploits des sportifs handicapés, dans l'espoir de remplir les stades en 2020. "Nous espérons que les enfants raconteront cette expérience à leurs parents et que, s'ils veulent assister aux compétitions, leurs parents les emmèneront les voir", explique Keigo Tokudome, un responsable du programme "I'mPossible", développé par le Comité international paralympique.

Une population en perte d'autonomie

Comme dans de nombreux pays, beaucoup reste à faire au Japon pour accroître la popularité du handisport et, plus largement, pour favoriser l'intégration des personnes à mobilité réduite et améliorer leur quotidien. "Je pense qu'accueillir les Jeux paralympiques à Tokyo appuiera nos efforts pour préparer notre ville à notre société ultra-vieillissante", a déclaré dans un récent entretien à l'AFP, la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike. L'archipel fait face à un besoin croissant de prise en charge des personnes âgées dépendantes, toujours plus nombreuses du fait du vieillissement de la population.

Appelés à faire plus

Tokyo a déjà déployé d'importants efforts pour adapter ses infrastructures et ses équipements publics, en installant par exemple des ascenseurs dans quasiment toutes les stations de métro, des signaux sonores aux passages piétons ou encore des bandes podotactiles sur les trottoirs. Mais, l'an dernier, les responsables des Jeux paralympiques ont appelé à faire plus, demandant par exemple aux hôtels d'améliorer l'accessibilité de leurs salles de bains aux fauteuils roulants. "Si les Paralympiques ne sont pas réussis, alors l'ensemble des jeux de Tokyo ne sera pas un succès", a prévenu Mme Koike.

Maladroits face au handicap

Pour la Japonaise Miki Matheson, triple médaillée d'or en patinage de vitesse aux Jeux paralympiques de Nagano (1998), cette mobilisation est plus que nécessaire. "Les Japonais ont une image de personnes polies et gentilles mais ils ont tendance à agir de manière maladroite avec les personnes handicapées", souligne-t-elle. "Dans de nombreuses cultures, le handicap engendre des stéréotypes, des préjugés et de la stigmatisation" et le Japon ne fait pas exception, ajoute l'athlète, qui vit désormais au Canada. En prévision des Jeux, les efforts pour intéresser les Japonais au handisport ont aussi investi le terrain des mangas, incontournables dans l'archipel.

Mangas à la rescousse

L'éditeur Shueisha, qui publie notamment les aventures du célèbre footballeur Captain Tsubasa, connues sous le nom Olive et Tom en français, a publié l'an dernier le premier volet d'une nouvelle série : Tokyo 2020 Paralympic Jump. Cette bande dessinée narre les exploits d'un joueur de basket-ball en fauteuil roulant, sous le crayon de Takehiko Inoue, auteur du très populaire Slam Dunk, ainsi que ceux d'un judoka aveugle, dessinés par Tetsuya Saruwatari, réputé pour ses oeuvres sur les arts martiaux. "Les mangas doivent être drôles à lire, mais si les lecteurs peuvent en même temps apprendre quelque chose sur les handisports, c'est bien", relève Jun Tanaka, responsable d'édition à Shueisha.

Surmonter l'indifférence

Le groupe audiovisuel public NHK se mobilise également, à l'unisson de l'intérêt grandissant des médias dans le monde pour les épreuves paralympiques. "L'obstacle le plus important à franchir maintenant est l'indifférence du public, qui connaît le mot 'paralympique' mais ne sait pas vraiment ce que c'est", constate Atsushi Hayashi, chargé de la programmation des Jeux paralympiques à NHK. Si la chaîne a déjà augmenté ces dernières années le temps d'antenne dédié à ces jeux, elle a décidé d'aller plus loin en embauchant des journalistes handicapés pour couvrir les jeux de Tokyo.

Des moments difficiles

Parmi eux, Yuki Goto, une jeune femme de 21 ans malentendante mais qui arrive à se faire comprendre grâce à des années d'efforts. Elle raconte avoir vécu "des moments difficiles" : elle se souvient d'interlocuteurs s'énervant parce qu'elle leur demandait de répéter plusieurs fois ce qu'ils lui disaient, ou encore d'avoir vu à plusieurs reprises des gens pester contre des personnes mentalement handicapées qui "parlaient fort dans le train". "Plus j'ai appris à connaître les athlètes handicapés, pas seulement leur performance mais aussi leur personnalité, plus je suis devenue une fervente supportrice", confie Yuki Koto, qui espère éveiller la même passion chez les téléspectateurs en 2020.

© basiczto/Fotolia

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