Taxer la cigarette électronique pour financer des places ?

Résumé : L'Unapei publie un livre noir du handicap pour dénoncer l'"exil" des citoyens handicapés français vers la Belgique et demande la création de places en France, financées, pourquoi pas, par une taxe sur les cigarettes électroniques

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Par Pascale Juilliard

Ils sont autistes, polyhandicapés ou souffrent de maladies rares. Plus de 6 500 enfants et adultes sont « exilés » en Belgique faute de structures adaptées en France, une situation à laquelle un « livre noir du handicap », qui sera remis le 20 octobre 2015 aux députés, appelle à mettre fin. « Nos concitoyens en situation de handicap, et notamment les plus sévèrement atteints, sont bannis de notre République, et aujourd'hui cela prend des proportions inacceptables », dénonce Christel Prado, présidente de l'Unapei, soulignant que le retard français remonte à « des décennies ». Pour que ces 1 500 enfants et 5 000 adultes puissent grandir et vivre à proximité de leurs familles, cette union d'associations de personnes handicapées mentales et leurs familles demande la création de places en France, alors que l'Assemblée commence à examiner le projet de budget 2016 de la Sécurité sociale. Car le manque d'établissements spécialisés pèse lourdement sur les proches.

Une solution en France, en vain

Keltoum Bensalem, qui habite près de Lille, a un fils de 19 ans, Ryad. Diagnostiqué autiste tardivement, après avoir été déclaré « sourd profond », il a été pris en charge jusqu'à 16 ans en « semi-externat » dans une structure pour déficients auditifs à proximité, mais pas adaptée à ses besoins, a-t-elle relaté à l'AFP. Puis, « on nous a demandé de trouver un nouvel établissement ». La famille a cherché en vain une solution pour que Ryad reste près d'elle : « On a visité des instituts en France, des structures limitrophes en Belgique qui ressemblaient à des mouroirs, on a même commencé à envisager un hôpital psychiatrique ». Depuis trois ans, Ryad est dans un établissement belge, près de Liège, à 200 kilomètres de chez lui, où il semble « apaisé ». « Il ne mord plus, ne frappe plus, ne se déshabille plus ». Mais le problème est l'éloignement. « Au début, on allait le chercher pour le week-end mais il ne dormait pas, et on avait peur de détruire les progrès faits pendant la semaine. On a renoncé à le ramener pour une seule journée car cela nous faisait 800 kilomètres d'allers-retours. Alors on va le voir une fois tous les 15 jours. Comme on ne peut l'amener nulle part, on reste enfermés avec lui quelques heures dans la voiture ».

Taxer les cigarettes électroniques

D'autres familles vivent encore plus loin (plus de 4 000 ne sont pas « frontalières » selon l'Unapei), et la qualité des établissements d'accueil belges est très variable. Depuis un accord franco-wallon entré en vigueur en mars 2014, des inspecteurs français peuvent y effectuer des contrôles. Le 8 octobre 2015, la secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, Ségolène Neuville, a annoncé le déblocage de 15 millions d'euros supplémentaires en 2016 pour créer des places dans des établissements existants en France, et développer des services à domicile (article en lien ci-dessous). Une annonce saluée par l'Unapei, mais à relativiser au regard des « 250 millions d'euros » déboursés chaque année par l'Assurance maladie et les départements français pour financer la prise en charge en Belgique. L'Unapei demande que ces sommes soient redirigées vers le financement d'établissements en France, et propose en complément d'instaurer une taxe sur les cigarettes électroniques, qui pourrait selon elle rapporter 90 millions d'euros par an.

Les familles saisissent la justice

Car les besoins sont énormes. Outre les « 6 500 personnes exilées en Belgique », la France compte « plus de 47 000 personnes » sans solution d'accueil, qui vivent au domicile de leurs parents ou dans des structures inadaptées, souligne Mme Prado. Certaines familles ont pris la voie des tribunaux. La justice a ainsi reconnu cet été des « carences » de l'Etat et accordé jusqu'à 70 000 euros de dédommagements à sept familles soutenues par l'association Vaincre l'Autisme, dont deux qui avaient dû envoyer leurs enfants en Belgique. Mais « ce ne sont pas des indemnités qu'on veut pour nos enfants, c'est une vie », souligne Mme Prado.

© Gresei/Fotolia

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Commentaires

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Le 19-10-2015 par Raphaël vapoteur :
Chercher des fonds, ok. Pourquoi viser la vape ? C'est juste stupide...

Le 19-10-2015 par Matt :
Peut-on savoir quel est le rapport avec la cigarette électronique ?
Sous quel prétexte serait-ce aux vapoteurs de financer ce type de dispositifs ?
Les utilisateurs de cigarettes électroniques n'ont pas vocation à remplacer les fumeurs en qualité de vaches à lait du gouvernement.

Le 19-10-2015 par Bicou74 :
Quel rapport entre la vape et vos besoins ? Surtout quelle est promise à une mort programmé par l'Europe en 2016. Cherchez de suite un autre bouc-émissaire comme le tabac par exemple. Ce sera beaucoup plus juteux.

Le 19-10-2015 par avalonne :
Effectivement, je trouve bizarre d'avoir choisi la cigarette électronique comme produit à taxer ... c'est pas comme s'il n'y en avait pas des milliers d'autres qui pourraient être ciblés, non non la cigarette électronique, outil de réduction des risques tabagiques, pour lequel on se bat déjà tout simplement pour qu'il soit reconnu comme tel et non comme un produit du tabac, ce qu'il n'est pas ... décidemment, on marche sur la tête ...

Le 19-10-2015 par Nicolas :
je comprends le combat des familles, je comprends la détresse, je comprends et je partage ce combat. Et pourtant, pour viser la cigarette électronique ? Pourquoi pour aider des gens qui souffre aller taper sur des gens qui ont décider de prendre en main leur propre santé, qui se battent eux même pour sortir d'une addiction mortelle ? Pourquoi des gens qui souffrent et veulent se battre contre leur stigmatisation stigmatisent ainsi d'autres presonnes ? Souffrant d'un handicap physique (léger mais contraignant) et étant vapoteur je me sens appartenir aux 2 communautés et je ne saurais me couper en 2. Merci de me répondre, à cliver les gens, on perd les gens comme moi qui ne savent plus où est leur place ! Que les auteurs m'expliquent, d'avance merci.

Le 19-10-2015 par romain :
Je trouve cela vraiment illogique ? Pourquoi la cigarette électronique ? Il serait préférable
de taxer le tabac lui même, ou bien l'alcool qui fais des ravages à tous points de vue. Ou le plus logique pour moi serait de rester dans le monde de la médecine. Pourquoi pas surtaxer la chirurgie esthétique par exemple !

Le 20-10-2015 par Linki seb :
Du gros n'importequoi ... Vous faites l'apologie du tabac et de ses cancers ou quoi?? Laissez les gens arreter la clope avec ce qu'ils ont sous la main et qui fonctionne (les tarifs interressant font partis des bons cotés comparé a la cigarette). Faites faire une taxe de quelques euros a rajouter aux PV pour excés de vitesse par exemple... Là ce serait intelligent !

Le 20-10-2015 par Pierre :
@Unapei,

en taxant un produit qui sauve des vies vous le rendrez moins disponible pour les plus pauvres (qui se trouve justement être les premières victimes du tabagisme)

Vous rendez vous compte du caractère criminel de votre proposition ?

Bien déçu par ce coup bas !

Le 21-10-2015 par Dominique :
Doù sort cette idée saugrenue ?
Pourquoi pas une taxe sur les vélos électriques ou les aspirateurs robots tant qu'on y est ?

Le 21-10-2015 par KfiR :
Surprenant ! Sans préjuger du bien-fondé des revendications et attentes des familles dhandicapés et du besoin daménager de nouvelles places, en quoi appartient-il à lUNAPEI de décider de la création de taxes et impôts et de désigner la cigarette électronique plutôt que les champs de marguerites ? Cette piste lui aurait-elle été incidemment « suggérée » pour habiller commodément des nouveaux prélèvements en attente de prétexte dormant dans les tiroirs de Bercy ? Il appartient aux seuls pouvoirs publics de procéder aux arbitrages nécessaires si de nouveaux financements sont à mettre en place pour satisfaire aux besoins de créations de nouvelles places. Malheureusement, lUNAPEI a outrepassé ici son rôle et sa mission.

Le 22-10-2015 par hawaiki0689 :
Bonsoir, décidément, certains n'ont rien à faire d'autre que de chercher des idées saugrenues !!!
Taxer la vape pour financer des projets pour les handicapés ? n'importe quoi !!! Embauchez du personnel supplémentaire à CapEmploi avec nos impôts déjà assez lourds, oui, ça pourrait le faire, par exemple, non ? mais laissez les vapoteurs tranquilles !!!!!
Je précise que j'ai une fille reconnue travailleur handicapé et que je vape ! je suis donc particulièrement concernée !

Le 22-10-2015 par Bernard :
L'UNAPEI ignore visiblement que la vapoteuse a déjà sauvé et va sauver des milliers de vie dans le monde. Renseignez vous !!! Savez vous que 80 pourcent des schizophrènes fument et que la vapoteuse est le meilleur outil de sevrage au monde ? Déjà 500 000 sevrés en France.

Le 25-10-2015 par Toto le robot :
Taxer un outil de réduction du risque lié au tabac ???
Le tabac tu 78000 personnes en France par an. Pas le handicap.
on va donc suivre la logique de L'UNAPEI et demander à ce qu'on taxe les handicapés pour financer la cigarette électronique.

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