Une maison de retraite en cas de handicap mental : rare !

Résumé : Un lieu encore trop rare en France. Cette maison de retraite accueille des personnes avec un handicap mental. Avec l'allongement de leur espérance de vie, il est temps de se préoccuper de leur sort. Plutôt que l'hôpital psy, objectif inclusion !

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Par Estelle Emonet

"J'étais trop fatigué, je ne pouvais plus travailler, mais ici je me sens bien". A 51 ans, Jean-Jacques
fait partie des résidents de Lou Cigalou, un établissement des Mées (Alpes-de-Haute-Provence), qui accueille des personnes vieillissantes atteintes d'un handicap mental, une structure encore rare en France. Après plusieurs années passées à travailler au conditionnement de colis dans un établissement spécialisé, Jean-Jacques qui souffre depuis l'enfance d'un retard mental n'arrivait plus à tenir la cadence.

Mises de côté

Depuis janvier, le jeune retraité occupe l'une des dix places de l'unité spécialisée pour les personnes atteintes d'un handicap mental ou de pathologies psychiatriques, récemment créée au sein de ce classique Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) des Mées, à une trentaine de kilomètres de Manosque. "Une personne handicapée vieillit beaucoup plus rapidement et ne peut pas attendre d'avoir l'âge pour rentrer dans une maison de retraite qui, d'ailleurs, ne lui est pas forcément adaptée car elle est encore très mobile, contrairement aux autres pensionnaires", souligne l'aide médico-psychologique de la résidence, Martine Michel. Elle qui a longtemps exercé auprès de personnes handicapées dans des centres de travail spécialisés tels que des Établissements et services d'aide par le travail (Esat) a vu trop souvent des personnes handicapées mentales "mises de côté car on ne savait pas quoi en faire ou envoyées dans des hôpitaux psychiatriques où elles n'avaient pas leur place".

Content de sa nouvelle vie

Dans sa chambre où trône dans une vitrine sa collection de boules à neige et un globe terrestre lumineux, Jean-Jacques, fervent lecteur des livres de Stéphane Bern, reconnaît qu'à son arrivée, "à cause du changement, c'était difficile". "Je pleurais, je ne me lavais plus, je voulais voir personne", témoigne l'homme aux yeux clairs, aujourd'hui "très content" de sa nouvelle vie. Atelier peinture, jeux de société, sorties au marché, Jean-Jacques se sent "bien et libre" lorsqu'il va boire un café sur la place du bourg. "Nous respectons le principe de base de la loi handicap de 2005 qui prône l'inclusion dans la vie ordinaire et c'est sans doute ce qui explique que leur intégration se passe bien", estime Hélène Brun, la directrice de l'établissement, le seul de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur abritant une telle unité.

Peu de débouchés

Côtoyer les quelque 60 personnes âgées qui sont au bout du couloir, malgré la différence d'âge, ravit d'ailleurs Nouria, une autre pensionnaire. "On chante des chansons de leur vieux temps, ils sont contents, on rigole", insiste cette femme de 58 ans qui s'apprête à peindre un bateau sur la mer pour égayer les vitres de la salle de vie de la maison de retraite. Avec l'âge, elle a dû elle aussi quitter son foyer pour rejoindre une première institution plus proche de chez sa soeur mais elle "ne s'y sentait pas bien". "On ne pouvait pas sortir comme ici", témoigne la dynamique retraitée à qui "ça tournait l'esprit de ne pas savoir où elle irait" après sa malheureuse expérience. "Avant, il y avait peu de personnes handicapées qui vivaient aussi âgées mais, aujourd'hui elles bénéficient, comme tous, des progrès de la médecine et le besoin se fait ressentir de trouver une sortie après le foyer" où les places sont aussi très attendues par les familles, explique Mme Brun, la directrice. "Or on mesure qu'il y a assez peu de débouchés aujourd'hui", poursuit-elle.

Pas encore dans les mentalités

"Dix places, c'est très peu !", déplore à ses côtés Martine Michel qui espère voir ce genre de dispositif se multiplier dans un contexte pourtant peu propice marqué par des mouvements de protestation des personnels dans les Ehpad. "Le vieillissement des personnes handicapées n'est pas encore trop rentré dans les mentalités d'une société où leur place n'est déjà pas évidente", dit-elle de sa voix douce. "On ne se pose pas la question de ce qu'ils deviennent quand ils perdent leurs parents", poursuit-elle, évoquant une inquiétude majeure des familles concernées.

© Capture d'écran reportage AFP

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