Maladies psychiques au travail, défi de l'Assurance maladie

Résumé : La montée des affections psychiques liées au travail met au défi l'Assurance maladie, qui se donne pour objectif de mieux accompagner leur prévention, leur reconnaissance, et la reprise d'activité des victimes. Elles ont coûté 230 millions en 2016.

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Par Lucie Aubourg

En 2016, plus de 10 000 cas d'affections psychiques (dépressions, troubles anxio-généralisés, états de stress post-traumatique...) ont été reconnus comme accidents du travail, a révélé le 17 janvier 2018 l'Assurance maladie. Ce qui représente 1,6% des 626 000 accidents du travail reconnus cette année-là, contre 1% en 2011. « C'est un chiffre assez conséquent, qui n'avait jamais été établi de manière aussi formelle et qui ne cesse d'augmenter », a commenté Marine Jeantet, directrice des risques professionnels à l'Assurance maladie, lors d'une conférence de presse. Jusqu'à présent, seul le nombre d'affections psychiques reconnues comme maladie professionnelle était connu (environ 600 en 2016) - un nombre sept fois plus important qu'il y a cinq ans.

230 millions d'euros en 2016

Ces pathologies ont coûté au total 230 millions d'euros à l'Assurance maladie en 2016. Un montant à relativiser au regard du poids des lombalgies (1 milliard) et des troubles musculo-squelettiques (800 millions). Pour être reconnues comme accident du travail, l'élément déclencheur doit être identifié. Il s'agit dans la moitié des cas d'un élément extérieur - même s'il est lié au travail - comme par exemple une agression. Et le reste du temps, d'un élément révélateur de conditions de travail intrinsèquement difficiles (altercation violente avec un supérieur...).

Une sous-reconnaissance massive

Dans ce second cas, « il est intéressant de voir que ces événements auraient aussi pu être reconnus comme maladie professionnelle », observe Marine Jeantet. « Ce sont souvent des symptômes chroniques, (...) révélateurs d'un problème de fond au sein de l'entreprise.» Mais « les conditions juridiques pour faire reconnaître une maladie professionnelle » sont « trop draconiennes » et « conduisent à une sous-déclaration et une sous-reconnaissance massive de ces troubles », selon la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés. « C'est pourquoi, souvent, la Fnath choisit de faire reconnaître ces troubles en accident du travail », explique la fédération. Les affections psychiques ne sont pas inscrites au tableau des maladies professionnelles. Pour obtenir cette reconnaissance, le salarié doit justifier devant une commission d'un seuil d'incapacité de 25% et du lien « direct et essentiel » avec le travail.

Burn out = maladie professionnelle

Des députés France Insoumise ont enregistré fin décembre à l'Assemblée une proposition de loi visant à faire reconnaître le burn out comme maladie professionnelle, comme avaient déjà tenté de le faire des députés socialistes en 2015. Une proposition sur laquelle l'Assurance maladie se dit prudente, craignant que les critères retenus n'excluent certains cas. Elle mise plutôt sur des « accueils personnalisés » pour aider les personnes à formaliser leur demande, et sur les médecins conseils, qui contrôlent les patients en arrêt, pour identifier une potentielle cause professionnelle.

La reconversion, une piste encouragée

Au-delà de la reconnaissance de la pathologie, la hausse des affections psychiques liées au travail pose un défi pour l'accompagnement de personnes souvent jeunes - en moyenne 40 ans -, et majoritairement des femmes (60%). Historiquement, le système a été fondé pour aider les gens « qui perdaient un bras, une jambe, qui ne pouvaient plus travailler et à qui on versait une rente » d'incapacité permanente, rappelle Marine Jeantet. Mais « on n'est pas dans la même situation » et « leur proposer une rente à vie n'est pas un projet social très motivant ». Du coaching, avec accompagnement psychologique, est donc envisagé et la reconversion professionnelle est une piste encouragée.

Accompagner les entreprises

Enfin, en termes de prévention, l'Assurance maladie entend se concentrer sur l'accompagnement des entreprises dans les secteurs d'activité particulièrement concernés : le médico-social (20%), les transports (15%) et le commerce de détail (13%). « Ce sont des secteurs où les marges de manoeuvre sont de moins en moins grandes, les charges de travail de plus en plus importantes, avec parfois des conflits de valeurs » forts, observe Hervé Laubertie, responsable du département prévention. Un partenariat sur cinq ans avec l'Anact (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail) doit être engagé pour aider les entreprises à monter des plans d'actions.

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