Une maman interpelle les candidats sur le handicap

Résumé : Présidente de SOS autisme, Olivia Cattan interpelle nos élus et candidats à la présidentielle de 2017 sur la place des personnes handicapées dans leur programme. Entre portes closes et lettres mortes, le constat n'est pas réjouissant...

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Handicap.fr : En tant que maman d'un petit garçon autiste et présidente de SOS autisme, vous avez tenté de rencontrer de nombreux candidats à la prochaine présidentielle. Pourquoi cette démarche ?
Olivia Cattan : Pour les interpeller sur une question rarement évoquée dans leurs programmes, le handicap, et en particulier l'autisme. Nous en avons rencontré certains, eu d'autres au téléphone ou via leurs conseillers. D'autres n'ont pas voulu jouer le jeu et n'ont pas jugé nécessaire de nous recevoir. Certains ont eu l'honnêteté d'avouer qu'ils ne connaissaient pas grand-chose au handicap et ont voulu s'y intéresser. D'autres, enfin, sont plutôt ouverts et semblent bien connaître le sujet.

H.fr : Pourtant, neuf millions de personnes handicapées en France, c'est quand même un argument ?
OC : Oui et j'ai d'ailleurs une anecdote à ce sujet. Je demandais un jour à un candidat s'il savait combien il y avait de personnes handicapées en France. Il m'a répondu « Non ». Je lui ai alors dit : « Neuf millions ». Et sa réaction : « Ah quand même ! Tout ça ? ». Neuf millions et pourtant invisibles.

H.fr : Cette démarche, vous l'aviez déjà menée en amont des élections de 2012 alors que vous militiez, à l'époque, pour le droit des femmes. Quelles différences observez-vous sur la façon d'appréhender ces deux sujets ?
OC : Il est vrai que lorsque je suis arrivée dans le milieu du féminisme, il y a dix ans, -j'étais à l'époque journaliste pour RMC- les médias ne voulaient pas parler du droit des femmes, et j'ai réussi à les mobiliser en ce sens, même s'il y avait des sujets, comme l'égalité salariale, qui bloquaient. J'ai donc voulu me battre de la même façon pour le handicap mais les choses avancent très lentement et on sent vraiment de fortes réticences, des visions vieillottes et surtout le désir de ne toucher à rien. Est-ce le lobby des hôpitaux, du médicament, du médico-social ?

H.fr : Mais qu'en est-il chez les politiques ?
OC : J'arrivais à trouver des féministes convaincues parmi les élu(e)s. Je pense à NKM, Bachelot, Hidalgo… Elles venaient à des conférences main dans la main, tous partis confondus. Mais ce n'est pas du tout le cas pour le handicap. On s'est dit : « On va essayer de mobiliser des élus pour appuyer nos revendications ». On n'a trouvé personne… Notamment à gauche et à l'extrême gauche très frileuse sur le sujet. La droite est beaucoup plus ouverte, étonnamment. Il y a encore trop peu d'élus en situation de handicap qui pourraient nous soutenir, et encore moins de « valides » qui veulent se pencher sur la question.

H.fr : Pour les informer sur ce sujet, vous avez rédigé un manifeste sur l'autisme. Que comporte-t-il ?
OC : Il a été adressé aux candidats mais pas seulement. Nous l'avons envoyé par mail à tous nos députés et sénateurs. Un gros fichier ! Ce sont dix propositions dans des domaines aussi divers que l'école, la fiscalité, les méthodes comportementales, les soins, l'autonomie, l'emploi ou encore la culture. Dix mesures urgentes et concrètes pour améliorer le quotidien des familles.

H.fr : Etes-vous satisfaite du nombre de réponses ?
OC : Une cinquantaine de députés et une dizaine de sénateurs. La plupart nous a adressé un mail très formel : « Lu avec attention ». Quelques-uns nous ont dit que le sujet les touchait et nous ont envoyé des réponses plus personnelles.

H.fr : Nicolas Sarkozy a récemment mis en ligne une vidéo dans laquelle il s'adresse aux familles d'enfants handicapés, et vous avez tenu à lui adresser un message…
OC : Oui, lorsque j'ai vu cette vidéo, je me suis dit que nos enfants n'avaient décidément pas de chance, et que monsieur Sarkozy avait raison sur ce point. Pas de chance de vivre dans un pays qui considère encore les personnes handicapées comme une charge pour la société. Une mise en scène misérabiliste, une musique d'obsèques et un ton larmoyant ! L'ambiance m'a autant choquée que les propos. Les personnes handicapées ne sont pas des animaux de compagnie qui donnent seulement de l'affection et de la tendresse à leurs familles. Ce sont des personnes à part entière aux compétences diverses et variées dont les richesses sont inexploitées et qui ont pourtant beaucoup à apporter à notre société.

H.fr : Ce que vous avez également remarqué, c'est que nos élus s'adressaient le plus souvent aux proches mais pas aux personnes handicapées elles-mêmes ?
OC : Oui, c'est un fait. Or elles sont tout à fait capables de comprendre ce qu'on leur dit. Il serait temps qu'on les considère comme de vrais citoyens.

H.fr : Lors du dernier débat télévisé à la primaire de la droite et du centre le 17 novembre 2016, une candidate, pour ne pas la nommer, a voulu qu'une question sur le handicap soit posée…
OC : Oui, et la rédaction de France 2 lui a répondu que le sujet serait abordé dans le volet « précarité ». Tout un symbole ! C'est vraiment un manque de considération terrible. D'autant que les medias du service public devraient être sensibilisés sur cette question ; ils ont aussi leur rôle à jouer. Or le handicap est un sujet qui n'est jamais abordé dans le débat politique.

H.fr : Vous avez décidé de partir vous aussi en campagne…
OC : Oui mais, je vous rassure, une campagne associative. J'ai reçu deux propositions auxquelles j'ai réfléchi attentivement mais que j'ai refusées. Aucun de ces partis politiques ne m'a convaincue, pour l'instant, ni de sa sincérité ni de sa  réelle volonté de changer les choses, notamment en matière d'autisme.

H.fr : En conclusion, qu'avez-vous envie de dire à tous ces candidats ?
OC : Qu'il y a plus de neuf millions de personnes handicapées en France et qu'on ne peut pas amalgamer toutes les formes de handicap et réduire toutes ces personnes à n'être qu'un poids pour le reste des Français. Certains clichés et une vision souvent négative du handicap datent d'un autre temps. Les familles n'ont pas besoin de ce genre de solidarité compatissante pétrie de pitié et de bons sentiments. Nous avons besoin d'un président ayant une vision moderne et éclairée du handicap, un président capable de mettre en place une politique d'espérance et d'envergure qui s'appuie sur les réussites nombreuses des personnes handicapées. Un président capable d'apporter aux familles des solutions concrètes et adaptées afin que nos enfants deviennent autonomes. Et, pour nous, le seul handicap qui nous semble insurmontable, ce sont ces hommes politiques qui continuent de propager une telle vision du handicap.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 23-11-2016 par Monzein :
Je partage totalement cette interview. Mon petit fils est autiste et il est Dans un Ime qui ne peut plus le recevoir l'an prochain car il aura 16 ans et l'établissement n'a pas l'agrément pour aller au-delà. J'ai appelé 10 Ime et pas de places ou pas de réponse. S'il y a rupture dans cette prise en charge mon petit fils perdra les bénéfices de la méthode PECS qui commence à porter ses fruits. Je pense que dans les Ime il y a beaucoup de cas sociaux donc peu de place pour les autres

Le 24-11-2016 par raphael :
je suis moi même handicapé je cherche travail mais en vain et sans défendre monsieur sarkozy c'est le seul qui est sensible à l'handicape, la gauche n'a rien fait dans ce sens si juste organiser des forum dans lesquelles je suis aller pour zéro résultat, nicolas avait augment aah pas les autres.

Le 24-11-2016 par Thierryct54 :
Bonjour,
Merci à vous de parler du handicap, nous sommes les oubliés des élections (9millions...), on en oublie même d'augmenter nos pensions.
Cordialement.

Le 24-11-2016 par MARIE2 :
Oui, il est inadmissible qu'on se préoccupe si peu, de tant de monde. Et moi aussi, je sature avec ces mises en place de forums et de sites qui ne mènent à rien, sauf à se gargariser de contentement. Chaque personne handicapée doit pouvoir trouver une solution à son problème, doit pouvoir travailler, doit pouvoir tendre à l'autonomie ou à l'accompagnement nécessaire souhaité pour un épanouissement évolutif. il faut arrêter de nous faire croire que les entreprises veulent embaucher des handicapés, alors que bcp
(pas toutes bien sûr!) veulent embaucher sans contraintes, avec des aides, et sans modifier les attentes relatives à l'emploi, à la formation ou aux diplômes. Ce qui revient à profiter et pas à intégrer les PH

Le 24-11-2016 par Nat :
Je suis handicapée, depuis ma naissance, j'ai 46 ans, en effet pour les présidentielles, me Sarkozy nous a augmentés l'a ah de 25 pour cent, que le prochain fasse de même . On vit sous le seuil de la pauvreté , à quand l'aah a un seuil plus confortable.

Le 24-11-2016 par TomTom57 :
Bonjour,
J'ai 34 ans et j'ai une RQTH depuis mes 24 ans. Et jamais personnes m'a aider!!! Il est clair qu'aucuns des candidats retenus pour les Présidentielles ne parlent de nous, de nos galères et surtout de solutions pour que nous puissions trouver un travail plus facilement. Cordialement

Le 24-11-2016 par hadri :
je suis totalement d'accord je ne suis pas de droite mais je reconnais que Monsieur SARKOZY a fait beaucoup pour les enfants handicapes et juste pour cela je lui dit merci

Le 24-11-2016 par Christine :
Merci de vouloir faire bouger les choses effectivement nos politiques ne font pas grand chose pour nos enfants autistes alors que se sont des citoyens à part entière je battrai toute ma vie pour mon fils parents ne perdaient pas espoir écrivez tapez à toutes les portes harcelez pour ma part j ai même écrit a Hollande quand mon fils n avait plus de place courage à tous nous n avons pas le droit de baisser les bras

Le 24-11-2016 par Hortense :
J'ai un enfant handicapée. Aucun travail salarié n'est possible avec, et pas forcement d'aide ou même compréhension. Sur Eurostar il y des remises pour les handicapés moteur et non voyants. Et moi avec un enfant autiste handicapé, je n'ai droit a rien

Le 25-11-2016 par roux :
merci pour votre courage et de bouger il faut que votre action soit connue partout dans les médias pour prendre vraiment le problème à la base

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