Jean-Frédéric Poisson : la dignité de l'Homme pour boussole

A quelques jours de la primaire Les Républicains, Jean-Frédéric Poisson dévoile les actions qu'il souhaite mener en faveur des personnes handicapées. Pas de mesures-phare mais la nécessité d'engager un travail, plus profond, sur les mentalités.

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En vue des élections présidentielles de 2017, handicap.fr souhaite donner la parole à tous les candidats aux primaires des grands partis, ainsi qu'aux candidats déclarés, sur leur politique handicap. Nous leur avons soumis le même questionnaire, par écrit, et publions les réponses telles qu'elles nous ont été rendues, sans retouche. 

Handicap.fr : Contrairement aux élections précédentes, plusieurs candidats aux prochaines présidentielles semblent vouloir davantage s'exprimer sur la question du handicap. Certains politiques auraient-ils pris conscience que 10% de la population, c'est un électorat qu'on ne peut pas se permettre de négliger ?
Jean-Frédéric Poisson : Votre question révèle quelque chose de terrifiant sur la vie politique telle que conçue par trop d'hommes politiques ; vous avez raison, certains y ont sans doute perçu un électorat non négligeable dans un milieu politique où l'on cherche sans cesse à accumuler des électorats différents par des séries de mesures prises en fonction des sondages. Je refuse de présenter une série de mesures parce que c'est un projet que j'ai pour la France et pour tous les Français. Et ce projet, j'ai eu l'occasion de le rappeler pendant cette primaire, est un projet de civilisation : notre civilisation repose sur la défense du plus faible et c'est sans doute ce qui doit faire notre fierté. Le handicap est sans cesse abordé en des termes pratiques ou techniques ; je crois qu'il pose une question bien plus fondamentale et absolument nécessaire qui est celle de notre humanité même. Par leur apparente fragilité, les personnes handicapées sont une force inouïe dans une société où l'efficacité productive est, malheureusement, devenue le seul critère d'intérêt. Il est évident que le monde politique ne peut continuer à « oublier » ainsi 10% de nos compatriotes, il est encore plus évident pour moi que notre société à tout intérêt à redevenir protectrice pour tous, y compris jusque dans nos fragilités.

H.fr : Dans cette primaire, qu'est-ce qui vous distingue des autres candidats LR sur la question du handicap ?
JFP : Je place le respect de la dignité de toute personne humaine et la protection du plus fragile au cœur de mon projet. Je ne vois finalement pas le handicap comme une question à part, je la vois comme une des composantes de notre humanité que je veux remettre au centre de la politique. L'Homme n'est pas au service du politique, et encore moins de l'économie, et c'est bien l'inverse qui doit être défendu. Si c'est l'Homme qui est servi par le politique et par l'économie, la différence ne devient plus du tout gênante, elle engendre l'adaptation, tout simplement.

H.fr : Quelle serait votre mesure phare en matière de handicap si vous accédiez au pouvoir ?
JFP : Je n'ai pas de mesure-phare. Je crois qu'il faut tout d'abord engager un travail sur les mentalités. Nous sommes dans une société du consumérisme, de l'efficacité et du profit à tout prix, qui nous empêche de laisser leur place aux personnes en situation de vulnérabilité. C'est aussi ce qui pousse aujourd'hui le Parlement à adopter des lois en faveur de l'euthanasie, ce contre quoi je milite activement ! Pour vous donner malgré tout quelques propositions, je pense qu'il est indispensable d'apporter plus de soutien aux associations et aux structures qui luttent pour que les personnes handicapées aient accès à une vie que l'on qualifie de « normale », à des activités « habituelles ». Dans ma circonscription, au golf de Rochefort-en-Yvelines, par exemple, est remis chaque année le trophée Handigolf, compétition qui rassemble des équipes composées de golfeurs valides et handicapés. J'y assiste volontiers et apporte tout mon soutien à ce type de manifestation destinée à favoriser la participation des personnes handicapées à tous les aspects de la vie sociale dans notre territoire. J'ai aussi mis en place, en partenariat avec l'Hôpital Charcot, le conseil local de santé mentale, et j'encourage les actions de l'association Confiance qui aide les personnes handicapées mentales en créant et en gérant les structures nécessaires à leur épanouissement.

Il est également important de réfléchir à la question de la place que nous accordons aux personnes handicapées dès le plus jeune âge, et notamment à l'école. Puisque l'école - elle aussi - est devenue une machine à produire des salariés efficaces, le cercle vicieux doit être brisé à la base. L'école doit redevenir un lieu d'instruction d'abord, qui permette aux enfants de devenir des adultes libres et capables d'exercer leur liberté en vue de leur bien, évidemment, mais plus largement du bien de tous. Si nous remplaçons la question « Quel métier vais-je faire plus tard ? » par la question légitime que doit amener à se poser l'Ecole « Qui suis-je et quel sens ont les choses ? », alors la question du handicap ne sera plus un problème à régler mais bien une composante de la vie en société.

Il faut, bien sûr, poursuivre ou reprendre les efforts faits en termes d'accessibilité mais je crois que nous avons parfois eu tendance à tomber dans l'excès de normes qui permet d'échapper à la vraie question de fond. Il est « facile » de refaire sa porte pour y laisser passer un fauteuil roulant mais est-ce que le handicap n'aurait pas une place plus belle si tout homme valide se mettait naturellement au service de la personne handicapée qui a besoin d'aide à un moment précis ?

Toutes les normes du monde ne changeront pas des regards apeurés sur le handicap, et je crois que c'est là que se trouve l'enjeu majeur ; il n'est pas normal que la fragilité nous apeure au point de nous en détourner par une série de normes qui apaisent la conscience. Elle doit redevenir quelque chose que nous avons fierté à protéger, en quelque instant de notre vie quotidienne.

H.fr : Faut-il réellement jeter la pierre au gouvernement de Manuel Valls en matière d'accessibilité des lieux publics quand il hérite d'une situation qui a pris du retard sous d'autres majorités que la sienne ?
JFP : Non, bien sûr, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres d'ailleurs. Mais l'irresponsabilité du précédent n'estompe pas la responsabilité du suivant ; il est toujours temps de stopper une inaction ou alors il faut arrêter immédiatement la politique ! Des efforts financiers considérables sont sans cesse faits au nom de la diversité… Seulement le handicap n'a pas été une « diversité » prise au sérieux, et nous revenons là à votre première question : les 10% de personnes handicapées n'étaient sans doute pas l'électorat le plus payant pour le Gouvernement de Manuel Valls, comme pour beaucoup d'autres avant lui.
Je vous le redis, au risque d'être insistant : cet effort d'accessibilité découle du projet politique qui est porté. Si l'on décide enfin d'avoir la dignité de l'Homme pour boussole, il est des efforts qui se feront très naturellement. Celui de l'accessibilité des lieux publics aux handicapés par exemple.

H.fr : Parce que l'école est le nerf de la guerre en termes d'inclusion, « une » mesure phare pour la scolarité des enfants handicapés ?
JFP : L'accueil des élèves qui présentent un handicap implique d'abord et avant tout un changement de regard de la société dans son ensemble et des enseignants en particulier. C'est pourquoi je souhaiterais vivement que tous les enseignants soient sensibilisés au cours de leur formation initiale à la question du handicap. Par ailleurs, et en vertu de ce que je disais précédemment sur le parcours scolaire de tout élève, il ne peut pas être demandé aux élèves handicapés de maîtriser ce socle commun à la même allure que les autres et de la même façon, selon leur handicap. La maîtrise de ce socle commun ne doit pas non plus être une condition à la continuité de leur scolarisation en établissement scolaire ordinaire. Enfin, je prône, pour tous les Français, la totale liberté d'enseignement, qui est parfois menacée. Ce doit être vrai dans les écoles sous contrat comme dans les écoles indépendantes qui développent des méthodes et des pédagogies précieuses pour les enfants qui ont plus de mal à s'adapter au cursus scolaire « général ». Cette volonté que j'ai d'encourager les écoles dans toute leur diversité d'enseignement peut évidemment profiter à des enfants handicapés qui auraient besoin d'un accompagnement et d'une attention toute particulière, ainsi que d'outils parfaitement adaptés.

H.fr : Parce que le chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur à la moyenne nationale, quelle serait votre mesure prioritaire ?
JFP : Votre question en recouvre deux en réalité. Il y a d'abord la question du chômage qui inquiète malheureusement et légitimement un trop grand nombre de Français, et c'est la raison pour laquelle ce doit être l'une des priorités du prochain président de la République. Mais cette priorité, comme d'autres d'ailleurs, ne doit pas nous faire oublier la situation encore plus difficile pour les personnes handicapées ; il faut continuer à développer l'apprentissage et encourager les entreprises qui emploient ces personnes handicapées. Là encore, l'appui de l'Etat ne doit pas se faire sur la seule productivité mais bien sur le respect de la dignité de l'Homme dans l'entreprise.

H.fr : Les Républicains avait la particularité d'être le seul parti à avoir un mouvement associatif militant comme Handipop, qui portait la parole des personnes handicapées. Aurait-il disparu ?
JFP :
Pas de réponse.

H.fr : Contrairement aux candidats américains qui n'ont pas brillé par l'accessibilité de leur campagne, comptez-vous faire un effort dans ce sens, par exemple vélotypie lors des conférences, sites internet aux normes, accessibilité des meetings, pour que les personnes handicapées puissent elles aussi prendre part au débat démocratique ?
JFP : Nous arrivons au terme de la campagne et je vous mentirais en disant que tout a été organisé pour que les personnes handicapées aient toujours facilement accès à chacune de mes réunions publiques ou de mes visites de terrain. Nous avons tous, et j'en ai parfaitement conscience, des efforts à faire. Mais, lors de mon dernier meeting à Issy-les-Moulineaux, les hôtesses ont mis un soin tout particulier à s'occuper des personnes handicapées qui ont ainsi pu assister à cette rencontre. En attendant que tout soit parfait - et nous avons encore beaucoup de travail -, il est important que nous sachions faire attention les uns aux autres. Si la rampe n'existe pas, à nous de faire preuve d'imagination pour la remplacer au moment où elle manque ; je crois que ce regard charitable peut déjà faire une immense différence.

© Frédéric Ayroulet

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"
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