La prothèse : 3 000 ans d'histoire passionnante

Résumé : De la momie amputée aux lames acérées des athlètes handisport, il fallait oser faire de la prothèse un récit passionnant. Défi réussi pour un livre, Homo erectus : combat d'une profession, qui raconte 3 000 ans d'histoire d'un savoir-faire.

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Le sujet n'est, a priori, pas très sexy. Il fallait oser publier un livre grand public sur l'orthoprothésie. C'est pourtant à une drôle d'épopée que nous convie cet ouvrage. « Homo erectus, le combat d'une profession » regorge d'anecdotes insolites et passionnantes. Le premier du genre... au monde ! « C'est une profession qui a peu l'habitude d'écrire, explique Philippe Fourny, son auteur. À l'instar des bâtisseurs de cathédrales, cette corporation a longtemps privilégié la transmission orale. »

Une momie amputée

Le premier pied prothétique, ou en tout cas sa trace la plus ancienne, voit le jour neuf siècles avant JC, dans l'Egypte antique. En témoigne une momie amputée à cause d'un diabète, précieusement conservée au British museum de Londres ! « Mais on peut imaginer que l'homme ne s'est jamais résolu à la situation de handicap et qu'il s'est employé, depuis toujours, à fabriquer des pilons, explique Philippe. » En France, la première trace attestée remonte au Xème siècle. Elle est visible sur une mosaïque dans une cathédrale des Pyrénées et figure la dépouille d'un soldat équipé d'un pilon. Quelques mendiants appareillés apparaissent plus tard dans les tableaux de Bruegel. En l'an de grâce 1342, le règne de Philippe de Valois voit la création d'une corporation de « faiseurs de brayers ». C'est ainsi qu'on appelle les bandages car, à l'époque, il n'est pas encore question de prothèses. Il faut attendre le XVIème siècle et tout le génie d'Ambroise Paré, chirurgien et anatomiste français, et précurseur des prothèses articulées, pour voir se dessiner la silhouette d'un homme de fer. C'est en effet à Le Lorrain, un ferronnier, qu'il confie la réalisation de ses prototypes.

Du cuir au carbone

Il faudra encore du temps avant que cette spécialité ne passe des mains des « blouses bleues », travaillant le cuir et le fer, à celles des « blouses blanches », véritables auxiliaires de santé. Le professionnel des « membres artificiels » doit sa fortune aux guerres successives ; grâce aux blessures que s'infligent les hommes, son carnet de commandes ne désemplit pas. C'est lui qui conçoit les grands appareillages externes, sur mesure. Prothèses ou orthèses, il est compétent de la tête aux pieds ! Au fil du temps, le « fabricant » diversifie ses talents. Travaillant au contact des chirurgiens, des kinés, il s'empare de notions d'anatomie. C'est ainsi que s'esquisse la profession d'orthoprothésiste, très lentement puisqu'il lui faudra attendre 2007 pour être reconnue comme spécialité à part entière. Le métier évolue, tout comme les matériaux, qui mettent à profit toutes les innovations technologiques. Bois, fer, plastique, carbone, aluminium... Désormais, ce sont les microprocesseurs, avec motorisation intégrée, qui façonnent un homme bionique.

L'homme invisible

Cette grande fresque de la prothèse s'adresse au grand public. C'est un ouvrage de découverte qui donne à voir et à comprendre, joliment illustré. De la jambe de bois du paysan aux lames acérées des athlètes handisport, c'est 3 000 ans de l'histoire d'un métier de l'ombre au service d'un homme qui se veut invisible. « En effet, le patient appareillé a longtemps aspiré au maximum de discrétion, poursuit l'auteur. Mais les choses changent un peu, en témoigne la notoriété de l'athlète Oscar Pistorius ou du quadruple amputé Philippe Croizon. Légitimés par leurs performances, ils n'hésitent pas à s'afficher, décomplexés. ».

Préface d'Yves Coppens

On doit cet ouvrage à Philippe Fourny, secrétaire général de l'Union française des orthoprothésistes. Journaliste et juriste, il signe, ici, son sixième ouvrage. Il a glané ses archives à travers toute l'Europe, au Val de grâce, au Musée de la légion d'honneur et jusque dans le Musée Stibbert, à Florence, qui rassemble le plus important fonds de prothèses réalisées à la Renaissance. La préface est signée Yves Coppens, paléontologiste français, à qui l'on doit, notamment, en 1974, la découverte d'un « fossile » plus connu sous le nom de Lucy. Passionné par l'évolution des humanidés, spécialiste du squelette, il avait toute légitimité à apporter son expertise à cette aventure passionnante que l'on peut résumer en ces termes : « Etre droit, c'est une figure morale et aussi physique, et l'orthoprothésiste s'y emploie. »

Homo erectus, le combat d'une profession, par Philippe Fourny, éditions du Cherche midi, novembre 2011, 170 pages, 42.60 €. En vente en librairie et sur Internet.

Acheter ce livre : http://www.cherche-midi.com/theme/Homo_Erectus-Philippe_FOURNY_-9782749117058.html

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