Regards Croisés : cinéma, les handi ont la tête de l'emploi

Résumé : En 2018, le festival Regards Croisés a acquis une belle notoriété et fête ses 10 ans. Des courts-métrages drôles, incisifs, déroutants. Emploi et handicap, ce n'est pourtant pas une fiction. Le point avec Mireille Malot, une présidente engagée.

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Handicap.fr : Cette année, le festival « Regards Croisés » aura lieu du 14 au 17 novembre 2018. Dans quel état d'esprit êtes-vous pour cette 10ème édition ?
Mireille Malot : C'est une expérience intense ! Je suis très contente car, avec mon équipe, on a vraiment l'impression de faire bouger les choses à propos du handicap dans l'emploi. L'enjeu est de montrer que les personnes handicapées ont, comme vous et moi, le droit de travailler, pour se réaliser et s'épanouir, mais aussi d'avoir accès à la vie culturelle et artistique : aller au théâtre, être acteur, réaliser un film, dessiner… Après 10 ans pour nous et 20 ans pour notre concours de bande dessinée, nous avons réussi à bousculer les mentalités. Nous partons de loin car, à l'origine, il n'y avait rien ! On a créé ce festival de toute pièce, je n'avais jamais fait ça de ma vie, ça me semblait impossible, et pourtant...

H.fr : Votre installation à Saint-Malo en 2017 a-t-elle contribué à l'ouvrir au grand public ?
MM : C'est vrai, les films sont accessibles à tous depuis 2017 mais, grâce aux médias, on sensibilisait les gens depuis longtemps déjà. Je me rends compte, en préparant la 20ème édition du concours de bande dessinée, qu'on est extrêmement connu. J'entends souvent les gens dire : « Il parait que les personnes handicapées savent dessiner et faire du cinéma ». Ça prouve qu'on a ouvert peut-être pas des portes mais au moins des fenêtres.

H.fr : L'association Hippocampe participe donc à la préparation du concours d'Angoulême ? Vous êtes décidément sur tous les fronts.
MM : Exactement ! C'est un concours de bande dessinée dans le cadre du Festival international de BD d'Angoulême, du 24 au 27 janvier 2019. Cette année, on aura même une exposition officielle. Il aura fallu 20 ans.

H.fr : Quel impact ont ces évènements sur les entreprises ?
MM : Un impact énorme, surtout Regards Croisés, car elles utilisent les films pour sensibiliser leurs employés et montrer que les personnes handicapées sont des salariés à part entière, parfois autrement capables. Notre festival n'est pas uniquement une belle vitrine du monde du cinéma, c'est un outil, il faut y piocher ce dont on a besoin. Certains chefs d'entreprises nous remercient et avouent qu'ils n'avaient jamais pensé à employer une personne handicapée.

H.fr : Cette édition connait-elle une recrudescence de candidats ?
MM : Oui, ils sont de plus en plus nombreux à s'exercer à cet art, notamment les Esat et les entreprises. Avec la catégorie « Autre regard », ils s'en donnent à cœur joie et peuvent raconter ce qu'ils veulent.

H.fr : La manière d'aborder le handicap a-t-elle évolué ?
MM : Complètement ! Les courts-métrages sont très dynamiques. Au début, les films d'entreprise ressemblaient à des bandes-annonces : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Maintenant, ce n'est plus du tout le même registre, parfois on montre des situations « casse-gueule », et c'est bien parce que ça renvoie à des réalités de vie. Le niveau est vraiment top ! Sam Karmann, acteur et réalisateur, notre directeur artistique, a décidé de tirer tout le monde vers le haut. Je ne veux pas d'une sélection à peu près, on ne retient que les bons. Cette année, 46 films ont été choisis et une dizaine seront récompensés. En 2018, notre président de jury est le réalisateur Stéphane Brizé. Certains Esat me disent parfois : « Nous n'avons pas le niveau pour concourir », je leur conseille d'essayer quand même et leur donne rendez-vous à la prochaine édition. Les candidats qui ne sont pas retenus sont tout de même invités à la fête.

H.fr : Des surprises cette année ?
MM : En plus de la projection gratuite de films internationaux le samedi, il y aura « Regards d'enfants » et « Regards d'ados » pour sensibiliser les jeunes de Saint-Malo. Les enfants d'aujourd'hui sont les adultes de demain, une force vive. Ils dirigeront potentiellement des entreprises et pourront recruter des personnes en situation de handicap. Plus ils sont sensibilisés tôt moins ils auront d'aprioris. Ils sont particulièrement mobilisés cette année puisque nous avons également mis en place un « jury jeune » ; ils ne sont pas encore professionnels mais ont des qualités artistiques indéniables et auront la chance d'être encadrés par des réalisateurs pour faire leur choix. Le jeudi, à 15h, il y aura aussi une grande conférence sur l'inclusion professionnelle des personnes autistes en milieu ordinaire, adapté ou protégé.

H.fr : Avez-vous réussi à mobiliser la Secrétaire d'État chargée des personnes handicapées ?
MM : Je ne sais pas à quel moment elle viendra mais, normalement, Sophie Cluzel sera présente. Elle parraine le festival avec la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, très impliquée dans notre projet (ndlr : cette dernière a été remplacée par Franck Riester à la suite du remaniement gouvernemental le 16 octobre).

H.fr : Des inquiétudes ?
MM : On est très fiers du chemin parcouru et on espère que le public sera au rendez-vous. Après, va-t-on réussir à sensibiliser le grand public comme l'an dernier ? Les entreprises vont-elles se déplacer ? On croise les doigts ! L'idée est d'attirer et de sensibiliser toujours plus de monde, notamment en Bretagne, pour vivre le mieux possible, tous ensemble.

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