AFM-Téléthon: un pas décisif vers le "gène-médicament"

Avec Généthon-Bioprod, son centre de production flambant neuf, l'AFM-Téléthon ajoute une corde à son arc: la maîtrise de la fabrication à grande échelle de thérapie génique selon les normes pharmaceutiques.

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Evry, 04 déc 2013 (AFP) -

Avec Généthon-Bioprod, son centre de production flambant neuf, l'AFM-Téléthon ajoute une corde à son arc: la maîtrise de la fabrication à grande échelle de thérapie génique selon les normes pharmaceutiques, un pas décisif sur le chemin du "gène-médicament".

5.000 m³ au total, dont 2.500 m³ de laboratoires dédiés à la fabrication de thérapie génique et 600 m³ aux opérations de contrôle: c'est une infrastructure unique au monde, à la capacité de production de "gènes-médicaments" inégalée, qui est installée à deux pas des bureaux de l'association à Evry.
Cruciale car pour un produit de thérapie génique, "les quantités administrées à l'homme sont 1.000 fois supérieures à celles nécessaires pour la souris", souligne Sabine Charrier, chercheuse à Généthon, laboratoire pionnier depuis sa création en 1990, de l'établissement des premières cartes du génome humain à l'identification des gènes défaillants.

La thérapie génique, c'est la combinaison d'un gène thérapeutique et d'un "vecteur", un fragment de virus reconstitué, chargé de transporter ce gène sain à l'intérieur de la cellule du patient. Le principe: remplacer une partie d'ADN mutée chez un malade par un morceau d'ADN normal.
Chaque fabrication de lot dans les conditions pharmaceutiques demande du temps. Environ six semaines de production, afin d'obtenir une quantité suffisante de "vecteurs" pour pratiquer un essai clinique sur l'homme, suivies d'une douzaine de contrôles qualité.
Jusque là, "très peu de laboratoires savent le faire, et pour de très petites quantités", rappelle Frédéric Revah, directeur général de Généthon, un des quatre laboratoires de l'AFM-Téléthon.

Médicaments à l'horizon 2017

L'AFM-Téléthon veut donc profiter de son nouvel écrin, qui a lancé en septembre la production de son premier lot destiné à un essai clinique sur une maladie rare de la vision - la neuropathie optique de Leber - pour accélérer le développement de "gènes-médicaments" et leur mise à disposition des patients. Avec un objectif: "à horizon 2017, commencer à mettre sur le marché un ou deux médicaments pour des maladies très rares", selon la présidente de l'association, Laurence Tiennot-Herment.

Créé en 1990, Généthon a franchi en juin une première étape-clé, en obtenant le statut d'établissement pharmace utique, synonyme d'autorisation à produire des médicaments destinés à être commercialisés. Inédit pour une association à but non lucratif. Les deux essais cliniques les plus avancés auxquels le laboratoire participe portent sur des déficits immunitaires, le syndrome de Wiskott Aldrich, avec sept patients traités, et la granulomatose septique chronique. "On est vraiment dans un changement de dimension. L'espoir né dans les laboratoires est en train de se concrétiser, avec les toutes premières guérisons des toutes premières maladies", estime Mme Tiennot-Herment, alors qu'en Europe, 3 millions de personnes souffrent de plus de 6.000 maladies génétiques rares.

A ce jour, un seul "gène-médicament", conçu par une société de biotechnologie néerlandaise pour traiter une maladie métabolique, a reçu des autorités européennes une autorisation de mise sur le marché, il y a un an.
Pourtant dans le passé, la thérapie génique a déjà remporté des succès expérimentaux - pour les "bébés bulle" par exemple - sans pour autant transformer l'essai jusqu'à la commercialisation. Car "le but de ces cliniciens pionniers était de montrer l'efficacité au quotidien sur leurs patients, sans forcément être dans la perspective d'une mise sur le marché, qui doit s'appuyer sur un centre de production industrielle respectant les normes pharmaceutiques" dont ils ne disposaient pas, décrypte M. Revah.
D'où l'intérêt d'une structure telle que Généthon-Bioprod, capable à plein régime de fabriquer quatre produits de thérapie génique en parallèle, et au total plus de vingt lots par an. Le tout pour un budget de fonctionnement de 10 millions d'euros annuels.

Quid alors du prix auquel vendre les innovations thérapeutiques du futur ?
Il est "en train de se construire", répond Mme Tiennot-Herment, en défendant la "logique d'un prix juste et maîtrisé, pas un obstacle pour le patient" et entièrement réinvesti. Un prix "basé sur le coût réel de la recherche et de la production", renchérit M. Revah, et non "pas sur la valeur médicale" qui ferait inévitablement s'envoler les tarifs.

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