Tour de France voile, Damien Seguin "foc" le handicap

Résumé : L'équipage de Damien Seguin, skipper, né sans main gauche, s'apprête à prendre le départ du Tour de France à la voile, le 3 juillet 2015, déterminé à prouver qu'une petite "différence" n'est pas un obstacle aux plus grands défis.

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Handicap.fr : Damien, quelle est votre « particularité », et votre palmarès ?
Damien Seguin : Né sans main gauche, j'évolue aussi bien au milieu des valides puisque j'ai été 8e de la Route du Rhum 2014 que des sportifs handicapés puisque je prépare actuellement les Jeux paralympiques de Rio 2016. J'ai remporté les Jeux d'Athènes en 2004 en voile paralympique et gagné une médaille de bronze à Pékin en 2008. Et puis, une récente victoire sur une épreuve du circuit européen en mai 2015.

H.fr : A quel moment cette passion est-elle née ?
DS : En 1998, j'ai intégré le Pôle France de l'École nationale de voile avec, pour entraîneur, Jean-Jacques Dubois, toujours à mes côtés aujourd'hui. J'étais un concurrent ordinaire qui voulait faire du sport de haut niveau.

H.fr : Vous allez courir pour la première fois sous les couleurs de la fondation FDJ (Française des jeux), vous avez tiré le « gros lot » !
DS : Je suis très heureux de voir le projet se concrétiser aujourd'hui. Notre bateau navigue sous ces belles couleurs et nous avons pu voir lors des épreuves d'avant saison qu'il y avait un bel enthousiasme de la part de toutes les équipes FDJ. Nous sommes contents de nos débuts, en ayant conscience que le niveau sur le Tour sera très relevé. J'ai hâte d'y être, et tout l'équipage se donnera à 100% !

H.fr : Cinq marins au total se relaieront sur ce bateau, du 3 au 26 juillet 2015, de Dunkerque à Nice…
DS : Même si chacun a sa spécialité, nous sommes très polyvalents et capables de remplacer n'importe quel autre coéquipier. Et, surtout, nous sommes capables de nous entendre car vivre ensemble pendant 21 jours c'est aussi un sacré challenge.

H.fr : Comment avez-vous rencontré la Fondation FDJ ?
DS : Après les Jeux paralympiques de Londres, Arnaud Assoumani, l'un des sportifs soutenus par la Fondation FDJ dans le cadre de son programme Challenge (article en lien ci-dessous), avait la possibilité, parce qu'il avait rapporté une médaille d'argent en triple saut à la France, d'accorder 5 000 euros à l'association de son choix ; ce sont les « Bourses solidaires » octroyées par la Fondation. Il a choisi Des Pieds et des Mains, l'association que j'ai créée en 2004 pour rendre la voile accessible aux personnes à mobilité réduite et promouvoir les sports nautiques pour tous. Ce qui m'a permis de rencontrer la Fondation…

H.fr : C'est la première fois que vous participez à un tour de France à la voile ?
DS : Non, la troisième mais c'est la première fois que j'embarque sur un petit trimaran Diam 24.

H.fr : Quel est son nom ?
DS : « Désiré » car on l'a attendu longtemps !

H.fr : Et son numéro ?
DS : Treize, évidemment. Celui dont aucun concurrent ne veut. Mais, pour un bateau aux couleurs de la Française des Jeux, c'est un joli clin d'œil. C'est un numéro que j'ai depuis plusieurs années et qui m'a souvent porté chance.

H.fr : C'est donc la première fois que vous courrez sur un multicoque, en l'occurrence un Diam 24 ?
DS : Non je renoue avec le multicoque après plusieurs années passées sur des supports aussi variés que le 2.4 (support paralympique) ou le Class 40. Je suis persuadé qu'une partie de ma réussite sur ces deux régates vient du fait que je fais du Diam 24 en parallèle. Concilier Diam 24 et 2.4 est une bonne alliance car je suis bien dans ma tête et prends beaucoup de plaisir sur l'eau. C'est comme ça que je fais le plus mal à mes adversaires.

H.fr : Quelle est la particularité de cette course ?
DS : C'est une épreuve longue, trois semaines, très technique, d'autant qu'elle balaie tous les plans d'eau de France. Une sorte de mix entre la voile olympique et la course au large. Elle se joue sur la durée et suppose un excellent physique. Il y aura trente équipages en lice ; cela promet un beau spectacle, aussi bien sur l'eau que sur la terre.

H.fr : Votre objectif ?
DS : Arriver le plus en tête. Ou même gagner ! Ce n'est pas parce qu'on est une équipe « mixte » qu'on va arriver derniers. On sait que la concurrence va être énorme mais on a de bons arguments. George, l'un des équipiers, a l'habitude de dire « On est des compétiteurs, on n'est pas là pour vendre des cravates ». C'est un projet qui a du sens alors on vise le meilleur. Et puis, on a un joli bateau et, c'est bien connu, ce sont eux qui vont le plus vite…

H.fr : En quoi ce projet a-t-il du sens ?
DS : Nous sommes un équipage mixte et le but c'est d'ancrer cela dans le paysage. C'est entré dans les mœurs au sein du petit monde de la voile mais il y a encore du travail à faire auprès du grand public, et notamment sur l'image du sportif que l'on prétend « en situation de handicap ». La question qu'on me pose le plus souvent c'est, « Comment arrivez-vous à vous débrouiller seul sur un bateau ? ».

H.fr : Au-delà du challenge sportif, il y a aussi une autre action à destination des personnes handicapées.
DS : Oui, avec le soutien de la Fondation FDJ, nous mettons en place un programme de détection pour jeunes marins handicapés. Ils viendront s'entraîner à l'Ecole de voile de Quiberon et intégreront, pourquoi pas, le Tour de France à la voile 2016. Je veux partager ce dépassement de soi avec d'autres. Et si on a l'occasion de marteler ce message pendant un mois, on aura, aussi, relevé notre défi.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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