Intelligence artificielle et robotique : ange ou démon ?

Résumé : Le handicap réparé, la maladie terrassée, l'homme augmenté ? Entre espoir, fantasme et réalité, les nouvelles technologies laissent entrevoir un monde meilleur pour ceux qui sont touchés par une "défaillance". En janvier 2017, l'actu est féconde.

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Nouveau sur handicap.fr ! En 2017, chaque mois, votre media en ligne vous propose un vaste dossier thématique, comprenant une série d'articles identifiables à un logo loupe sur fond orange. Pour initier ce rendez-vous, voici une enquête sur les bénéfices que les nouvelles technologies  peuvent apporter aux personnes handicapées. Troisième volet sur les espoirs et inquiétudes suscités par l'intelligence artificielle et la robotique pour réparer ou métamorphoser l'Homme de demain… (autres articles en lien ci-dessous).

Intelligence artificielle, technoscience, robotique : ange ou démon ? Certains, à l'image du mouvement transhumaniste, prônent l'usage des sciences et techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains, et se réjouissent des perspectives offertes par les nouvelles technologies. D'autres, au contraire, s'inquiètent de l'emprise que ces humanoïdes, robots et autres mutants pourraient avoir sur les individus faits uniquement de chair et de sang. Néanmoins, tout en laissant parfois redouter le pire, ces innovations ouvrent de vastes horizons pour toutes les personnes qui souffrent de limitations physiques ou cognitives, notamment en situation de handicap. Dans ces circonstances, le fantasme d'une humanité transformée ne serait-il pas libérateur ?

La santé du futur à la Cité des Sciences à Paris

En ce mois de janvier 2017, ces technologies high-tech sont au cœur de l'actualité. Le CES a investi Las Vegas (États-Unis) du 5 au 8. Marché international de l'innovation électronique, il a dévoilé les outils les plus pointus et a tenu toutes ses promesses en matière de handicap (article en lien ci-dessous). A peine a-t-il fermé ses portes que s'ouvrent, à la Cité des Sciences et de l'industrie de Paris (porte de la Villette), les Journées nationales de l'innovation en santé (en lien ci-dessous), le 27 janvier de 13h à 18h pour les scolaires et étudiants et les 28 et 29 janvier de 10h à 18h pour tous. Cette manifestation gratuite est organisée pour la 2e année consécutive par le ministère des Affaires sociales et de la Santé et Universcience, avec le soutien du CNRS (Centre national de recherche scientifique).

Vaste programme !

Six villages promettent de tout dévoiler, notamment sur « L'Homme réparé » ou les « Diagnostics et traitements du futur ». Des chercheurs se pressent à la rencontre du grand public à l'occasion de mini-conférences (15 min), démonstrations ou speed-dating pour révéler les secrets de technologies pas si futuristes que cela : un bracelet de contrôle des émotions pour les personnes autistes, un corset virtuel pour corriger les postures en cas de scoliose, de nouvelles techniques pour traiter l'épilepsie et la maladie de Crohn, une interface permettant de reconstituer la parole sur la base des mouvements articulatoires, des lunettes à réalité augmentée pour compenser la DMLA, la robotique chirurgicale, un casque de réalité virtuelle pour le traitement des phobies… Ou encore une rétine artificielle laissant présager, bientôt, des organes artificiels pour chaque partie du corps humain ?

Forum de bioéthique à Strasbourg

Dans la foulée, c'est Strasbourg qui s'interroge sur Humain, post-humain à l'occasion de son 7e Forum européen de bioéthique, du 30 janvier au 4 février. 35 débats, 135 experts, 40 grands témoins et des milliers de visiteurs attendus. Ces rencontres explorent les nouvelles possibilités techniques dédiées au corps humain. Peut-on le modifier, l'améliorer, l'exploiter ? Peut-on en faire un objet, le faire entrer dans le vaste marché des produits et des biens ? « L'humain se transforme sous nos yeux, physiquement, matériellement, en s'hybridant de plus en plus avec les machines, explique Israël Nisand, président du forum. (…) En quête d'un fantasme, l'immortalité, nous passons insensiblement de la réparation de l'homme à son augmentation. Comme pour se rassurer, et parce que certains technoprophètes soutiennent que tout est possible, les hommes se plaisent à imaginer un avenir radieux où il serait possible de s'affranchir de nos faiblesses congénitales. Nous avons déjà vécu des utopies, mais celles à venir seront plus abruptes et dangereuses. Et le pire, c'est que certaines d'entre elles pourraient se réaliser. » Au programme, de nombreuses conférences et tables rondes : la tentation de vivre avec un avatar, naître autrement, homme augmenté, homme orienté ?, le transhumanisme…

Une progression exponentielle

De leur côté, les technologies d'intelligence artificielle progressent de manière exponentielle, notamment sous l'effet conjugué des découvertes en apprentissage profond (deep learning), du caractère massif des données (big data) et de l'accélération de la vitesse de calcul des processeurs. Elles suscitent curiosité et espoir, méfiance ou opposition, à l'heure où leurs impacts sont déjà significatifs dans notre vie quotidienne, et le seront plus encore demain, qu'il s'agisse d'éducation, de communication, des transports, d'environnement… ou de handicap. C'est dans ce contexte que deux rapporteurs de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ont été missionnés par le Gouvernement.

IA et handicap ?

L'un d'entre eux est la sénatrice du Val d'Oise, Dominique Gillot, également présidente du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées). Une audition publique sur ce thème s'est tenue au Sénat le 19 janvier 2017 afin de faire le point sur l'état de la recherche en IA, les opportunités et les risques de ces technologies, en soulignant ses enjeux politiques, économiques, sociétaux, éthiques, juridiques et éducatifs. Actu florissante pour un sujet brûlant, le lendemain, le 20 janvier, le Gouvernement lançait sa « Stratégie nationale en IA », souhaitant mobiliser tous les membres de la communauté IA et fédérer les nombreuses initiatives émergentes dans ce domaine. Plusieurs groupes de travail sont prévus, et ce processus s'achèvera le 28 mars 2017 lors des journées de l'IA, lors desquelles seront remises les conclusions des travaux menés.

Une révolution transhumaniste ?

« Ne croyez surtout pas qu'il s'agisse de science-fiction : 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois entreprenait d'améliorer le génome de quatre-vingt-trois embryons humains », explique Luc Ferry dans son ouvrage paru en avril 2016 La révolution transhumaniste. Et de poursuivre : « Jusqu'où ira-t-on dans cette voie ? Sera-t-il possible un jour d'augmenter à volonté tel ou tel trait de caractère de ses enfants, d'éradiquer dans l'embryon les maladies génétiques, voire d'enrayer la vieillesse et la mort en façonnant une nouvelle espèce d'humains augmentés ? Nous n'en sommes pas (tout à fait) là, mais de nombreux centres de recherche transhumanistes y travaillent partout dans le monde, avec des financements colossaux en provenance de géants du web tel Google. Les progrès des technosciences sont d'une rapidité inimaginable, ils échappent encore à toute régulation… » Se réjouir ou frémir ? 

© Détail de l'affiche du Forum européen de bioéthique

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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