Strasbourg - Les aidants sexuels face aux tabous et à la loi

Résumé : Nombreuses sont les associations qui réclament la légalisation du statut d'aidants sexuels à même de donner aux personnes lourdement handicapées des services sexuels, caresses massages ou plus si affinités...

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Une volonté manifeste mais qui - selon les participants au récent colloque qui s'est tenu à Strasbourg sur ce thème - implique une véritable révolution des mentalités et de la loi française.

Jean-Pierre Ringler, de la Coordination Handicap et Autonomie (CHA), interviewé par nos confrères de l'Agence France-Presse expliquait à cette occasion : « Encore aujourd'hui, certains considèrent les handicapés comme des sous-êtres, incapables d'être aimés, d'aimer, de séduire... Dans l'imaginaire populaire, de tels êtres ne peuvent engendrer que des monstres. » Selon lui, la mise en place en France d'un cadre similaire à celui mis en place en Allemagne, en Suisse ou aux Pays-Bas, pays précurseur où les accompagnatrices sexuelles ont droit de cité depuis une quinzaine d'années, se heurte à la culture française qui demeure frileuse et, de plus en plus, attachée à l'apparence et aux performances de l'individu.

Véritable tabou

Lors de son intervention, le professeur Jacques Waynberg, président de l'Institut de sexologie, a été tout aussi catégorique, expliquant que la sexualité des personnes handicapées restait encore en France un véritable tabou. Il a d'ailleurs cité, à titre d'exemple, l'exemple de la récente enquête menée par l'Inserm la sexualité des Français, dont ces dernières ont été naturellement exclues et proposé qu'une véritable enquête sociologique soit menée sur ce sujet. Marcel Nuss, président de la CHA, affichait le même état d'esprit, déplorant pour sa part l' « hypocrisie franco-française à parler de ce problème ». « On adore parler de sexe, a-t-il déclaré, mais quand il s'agit de parler de sexualité il n'y a plus personne »,

Vide législatif

En matière de sexualité, la loi française ne prévoit rien sauf lorsqu'il s'git d'envisager le sujet sous un aspect répressif. L'avocat Karim Felissi l'a bien montré à Strasbourg en expliquant, qu'en droit français, « une accompagnatrice sexuelle qui se ferait rémunérer pour ce travail [serait] assimilée, en terme de droit, à une prostituée et une personne qui joue le rôle d'intermédiaire à un proxénète.» Tout comme le milieu associatif, il a dit juger nécessaire une rapide intervention du législateur, appuyant sa requête sur le fait qu' « à l'heure actuelle, [...] le préjudice d'une personne lourdement handicapée par un accident de la route et dont la sexualité est réduite à pas grand chose n'est pas indemnisé de manière spécifique. »

En secret

En dépit du silence ou le l'attitude uniquement répressive de la loi, « les choses se font dans le secret », soulignait le Pr Waynberg. Mais il s'agit alors, à chaque fois, d'une décision individuelle prise par des responsables d'établissements ou des travailleurs sociaux plus humains ou plus courageux que d'autres. Il suffirait pourtant de donner naissance à un statut définissant une nouvelle profession rémunérée, pratiquée par des personnes dûment formées, pour « régler l'essentiel du problème ». Nina de Vries, accompagnatrice sexuelle formée et déclarée auprès de l'administration fiscale allemande est alors intervenue pour expliquer comment elle joue ce rôle depuis dix ans, proposant des massages érotiques, sans relation sexuelle, à des handicapés physiques et mentaux » insistant sur le fait qu'elle ne s'est « jamais considérée comme une prostituée. » Elle a conclu son intervention en affirmant que la société doit accepter qu'il y ait « des personnes qui veulent pratiquer ce métier [puisque] des personnes invalides qui ne sont plus fières de leur corps en ont besoin. »

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