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Mieux se connaître pour mieux vivre sa sexualité

Résumé : Bernadette Soulier n'est pas une inconnue pour nos lecteurs. Médecin sexologue et thérapeute, elle s'intéresse tout particulièrement aux personnes handicapées.

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« Le désir d'amour, de sexualité et d'avoir des enfants est le même que l'on soit valide ou handicapé, explique-t-elle. Quels que soient le type et la gravité du handicap, chacun peut rencontrer un partenaire et vivre une relation amoureuse qui lui convient. Nous devons élargir notre regard sur les différentes sortes d'expression de la sexualité, car il n'existe pas de norme dans l'amour. En fonction du handicap et de son traitement, chacun va s'épanouir différemment dans sa vie amoureuse : ils se prennent la main, ils dorment l'un contre l'autre, ils correspondent par Internet dans une amitié amoureuse, ils ont des relations sexuelles avec ou sans pénétration...

Handirect : Comment dépasser les craintes dues au handicap ?
Bernadette Soulier : Il importe de lutter tout d'abord contre le déficit de l'estime de soi, l'image corporelle et le regard des autres. La peur de ne pouvoir plaire à cause du handicap est capitale. Je citerai l'exemple de cette jeune femme handicapée qui était extrêmement complexée par les nombreuses cicatrices qu'elle avait sur les jambes. A tel point que, quand elle rencontrait un jeune homme qui lui plaisait, elle ne lui autorisait que le flirt et les caresses du haut du corps, interdisant toute descente de main vers le bas de son corps. Quand le partenaire voulait aller plus loin, elle interrompait la relation, de peur qu'il découvre ses cicatrices.

H. : Que faire contre ce sentiment de gêne ou de honte ?
Bernadette Soulier : La personne handicapée a souvent honte de son corps, persuadée que personne ne voudra d'elle ainsi et qu'elle ne peut être objet de désir. Elle ne s'autorise pas le droit d'être désirable et, pourtant, tout le monde veut plaire, handicap ou pas. Pour lutter contre toute cette dépréciation de soi qui peut aller jusqu'à une forme d'autodestruction, on peut agir de plusieurs façons. Le but est de se préparer au mieux, pour se sentir pratiquement prêt pour une rencontre amoureuse. Tout en gardant dans l'esprit que, même si l'on ne se sent pas prêt, mais abîmé physiquement et au plus bas psychologiquement, on peut quand même rencontrer l'autre. Le partenaire peut revaloriser et aider à la reconstruction de l'individu par son amour... Personne « n'accepte » le handicap, on développe ce qui reste et on « fait avec ».

H. : Comment prendre confiance en soi, oser être ou redevenir désirable ?
Bernadette Soulier : Il faut s'habiller, se coiffer, se maquiller, s'approprier ce corps différent (bains moussants, massages, thalassothérapie ou cures thermales, sport, relaxation, chirurgie plastique). La thérapie apprend à ne pas prêter attention au fait d'être dévisagé.

H. :L'éducation sexuelle des personnes handicapées est-elle bien adaptée ou insuffisante? Et la contraception ?
Bernadette Soulier : L'éducation sexuelle obligatoire dans les lycées n'a pas lieu dans les institutions. L'absence de connaissance sur la sexualité est effroyable. Les jeunes ont des idées préconçues qui les empêchent de se comporter de façon responsable. En plus, se rajoute le fait qu'ils ne connaissent pas leurs possibilités sexuelles, par rapport au handicap. Il importe bien sûr de disposer d'une bonne contraception afin de ne pas être stressé le jour J.
Malgré des contre-indications spécifiques, on peut retenir qu'une contraception est toujours possible quelque soit le type de handicap (paralysie, spasticité, hémiplégie par AVC...) : c'est l'implant, contraceptif à la progestérone, placé dans le bras pendant 3 ans. Il a, de plus, l'avantage de réduire la durée et le volume des règles. La pilule du lendemain à la progestérone, Norlévo, peut être utilisée dans tous les cas de figure.

H. : Comment parler de son handicap à son (sa) partenaire ?
Bernadette Soulier : Il faut bien réfléchir à ce que l'on va dire au partenaire. Il est préférable de ne dire que la vérité, mais progressivement, afin de ne pas effrayer (urines, sensibilité génitale, cicatrices...). Le partenaire a vu le handicap dès le début et se doute qu'il y aura des souffrances cachées, il est déjà plus ou moins prêt à les entendre. Je cite toujours l'exemple de cet homme, amputé d'une jambe, qui a rencontré sa future femme à la plage alors qu'il était en maillot de bain. Il expliquait que, jusque-là, il n'avait rencontré de filles qu'habillé et que, celles-ci ne pouvant forcément comprendre qu'il lui manquait une jambe, c'était souvent un échec.

H. : Comment trouver la bonne position ?
Bernadette Soulier : On doit bien sûr réfléchir aux positions réalisables en fonction de sa mobilité. On peut généralement trouver au moins une ou deux positions qui conviennent au couple, il suffit de feuilleter le Kama Sutra. Cela génère parfois des conflits ou des réactions. Ainsi cette jeune fille IMC qui venait me consulter. Je lui expliquais que, du fait de ses cuisses rétractées, elle pouvait par exemple se placer couchée sur le coté, l'homme emboîté derrière elle: « Je ne suis pas une pute qui prend plein de positions », m'avait-elle lancée. Sa réaction est bien la preuve qu'il faut mieux informer les personnes. Et puis, il est toujours possible de se caler avec des coussins. De même, si la faiblesse et les mouvements parasites (athétose) peuvent empêcher la masturbation, celle-ci sera rendue possible placé sur le ventre.

Enfin, pour soulager la personne et diminuer le retentissement sur la vie affective et sexuelle, on pourra prendre en charge les douleurs chroniques dans un centre antidouleur.

 

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