Sexualité personnes dépendantes, à quand un débat public ?

Résumé : Le feu incandescent sur la sexualité des personnes handicapées ne semble pas devoir s'éteindre. Assistanat, prostitution, solution de bien-être ? La polémique fait rage sans que le débat public ne soit réellement ouvert. Qui osera se lancer ?

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Dès qu'on aborde la sexualité des personnes handicapées, les uns crient au scandale, les autres enfilent leurs œillères tandis que quelques militants tentent de faire entendre leur voix. Pierre-Yves Chamla est de ces derniers. Directeur de « Bien à la maison », un réseau d'aide à domicile, il a engagé depuis plusieurs mois un véritable combat sur la transparence dans le secteur de la dépendance et propose l'ouverture d'un débat public sur le sujet de l'accès à la sexualité des personnes en situation de dépendance. Son objectif ? Trouver des solutions pour débloquer une situation devenue invivable autant pour les personnes concernées que pour leurs proches et les professionnels qui les accompagnent.

Légalisé en Suisse

L'accès à la sexualité des personnes en situation de dépendance reste aujourd'hui un sujet tabou en France. Pourtant, certains pays européens comme l'Allemagne, la Suisse ou les Pays-Bas ont su répondre à leur souffrance en adaptant leur législation et en créant le statut d'assistant sexuel. Cette pratique est, dans notre pays, assimilée à de la prostitution ou à du proxénétisme. Sans préjuger des réponses possibles et pertinentes, ne serait-il pas temps de porter ce débat sur la place publique et de réfléchir à un cadre juridique et réglementaire qui serait davantage en prise avec les réalités d'une situation devenue difficile pour tous les acteurs du secteur ?

Une vaste hypocrisie

Selon Pierre-Yves Chamla, « C'est une violation pure et simple des droits élémentaires des personnes dépendantes que de leur interdire l'accès à la sexualité. Toutes actions pour la bientraitance doivent contribuer à leur bien-être, chez elles, là où elles se sentent le mieux. Cet empêchement légal est donc une vaste hypocrisie, qui favorise depuis longtemps des pratiques illicites telles que le recours à des prostituées ou mêmes des proches de la famille (et le plus souvent aussi à des aidants professionnels) afin de soulager les personnes en souffrance sexuelle. »

Une forme de maltraitance

Alors que le Comité National d'Ethique a refusé, en mars 2013, de faire de l'aide sexuelle une « situation professionnelle comme les autres en raison du principe de non utilisation marchande du corps humain », la situation reste compliquée selon les professionnels du handicap. Car, souvent niée, la sexualité des plus fragiles existe bel et bien. Le refus de l'intimité, la non-mise à disposition de chambres doubles ou d'aménagements dans des établissements accueillant des couples en situation de dépendance sont autant de formes de maltraitance.

Masturbation en public : que faire ?

Le témoignage d'une aidante professionnelle est sans équivoque : « Les familles, les professionnels mais surtout les personnes concernées semblent démunis et en manque de réponses. Que faire lorsqu'un jeune homme ne cesse de baisser son pantalon et commence à se masturber en pleine rue ? Lui indiquer que cela relève de l'intime ? Que ces gestes doivent rester dans sa chambre ? Il m'a été difficile d'aborder ce sujet avec ses parents car ils ont fondu en larme à la simple énonciation de ce qu'ils nommaient « problème ». » Ce témoignage n'est pas isolé. La sexualité des personnes en situation de handicap est un sujet à part entière dans l'accompagnement éducatif qui, figé sous une chape de silence, ne peut qu'engendrer des mises en danger et des situations complexes et inadaptées.

Une refonte totale de la loi ?

Aujourd'hui, les associations militant en faveur de ce type d'accompagnement sont confrontées à un code pénal français qui protège les personnes handicapées en sanctionnant les abus sexuels sur les sujets vulnérables, la prostitution et le proxénétisme. Pour ses partisans, il est donc temps de penser à une refonte totale de la législation. A l'heure où la question de la bientraitance des personnes en situation de handicap est à l'ordre du jour, il devient urgent d'établir un dialogue transparent entre les différentes parties et d'imaginer les solutions de demain. En gardant à l'esprit que le handicap ne fait pas naître une génération spontanée d'individus asexués !

"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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