Diagnostiquée à l'âge de 3 ans, Clara, autiste, a suivi sa scolarité à l'école primaire dans une classe ULIS, mais dans la même école primaire que sa sœur Camille. « Elle venait parfois trouver du réconfort dans la cour de récré. Petites, on jouait beaucoup ensemble, mes amis et moi ne nous rendions pas compte de nos différences », se rappelle Camille. Pendant l'adolescence, elle devait parfois la garder, en restant dans la même pièce qu'elle, car elle faisait à l'époque des crises d'épilepsie. A 23 ans, Camille ne se définit pas comme « aidante », mais comme « accompagnante » : « Ma sœur me sollicite surtout pour l'aider dans ses jeux, dessiner, la pousser à la balançoire, faire des bêtises… nous avons une relation de sœurs assez classique. »
Le sport a toujours été un vecteur de liens entre elles. « Elle a toujours été plus à l'aise côté motricité, on a toujours fait beaucoup d'activités à deux, c'est autour du sport qu'on se retrouve », sourit Camille. A ses côtés, Clara, 21 ans, liste : « roller, skate, char à voile, surf, paddle, natation, vélo sur un tandem… » La jeune femme est depuis plusieurs années inscrite dans une association de sport adapté, où elle fait de la natation. « Tous les samedis, je nage le crawl, la brasse, j'aime être dans l'eau, plonger et retrouver les copains de la piscine », apprécie-t-elle.
Une orientation sportive
« J'ai vu la place que prenait ce sport dans sa vie : elle dormait avec son maillot de bain et ses médailles… Petit à petit, cela m'a donné envie de m'orienter vers cette voie », raconte Camille. Après avoir suivi des études en STAPS, elle travaille aujourd'hui pour le comité départemental du sport adapté des Hauts-de-Seine.
Comme 43% des personnes interrogées par l'étude « La Voix des frères et sœurs », publiée par l'Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) fin septembre 2026 (Fratries et handicap : un "impensé collectif"), Camille estime que le handicap de sa sœur a influencé son orientation professionnelle. « J'ai expérimenté en stage le côté très humain d'éducateur en sport adapté. On travaille en équipe, on accompagne les jeunes dans un domaine qui leur fait du bien. Ils sont contents de venir et on les pousse à se dépasser un peu », décrit-elle.
Vivant encore chez ses parents à Sartrouville (78) avec sa sœur Clara et leur petit frère, elle s'est toutefois interrogée sur son choix. « Au début quand je rentrais de mon stage en IME, cela faisait beaucoup de stimulations, notamment sonores toute la journée, et le soir je retrouvais Clara qui venait aussi me solliciter », se souvient Camille. Elle n'a pas été découragée : « Si un jour cela fait trop, je sais que je peux aller faire du sport adapté dans d'autres types d'endroits : prison, maison de retraite… »
La transition vers l'âge adulte
Clara passe depuis une dizaine d'années ses journées en semaine à l'IME de Magnanville. Elle y reste grâce à l'amendement Creton qui permet une dérogation le temps de trouver un foyer pour adultes. Se plaisant à l'IME, Clara vit mal cette transition. « Quand elle teste un nouvel établissement elle se débrouille pour montrer son mécontentement, elle casse des choses… », rapporte Camille. L'une des solutions envisagées pour faciliter une immersion plus douce, serait qu'elle intègre un établissement pour adultes du même groupe que son IME. La famille attend qu'une place se libère.
« Est-ce qu'elle s'ennuiera dans un foyer pour adultes ? Il y a tous les âges et handicaps… J'ai peur qu'elle manque de stimulation et qu'elle régresse dans ses acquis », s'inquiète Camille. Clara, à côté d'elle, illustre son propos : elle ne tient pas en place et va dans une autre pièce faire de la balançoire. « On lui laissera des petits jeux de motricité fine et de quoi faire des activités pour s'occuper seule. Dans la plupart des établissements il y a une salle pour faire de l'activité physique mais pas de personnel. J'envisage de venir régulièrement dans le foyer de ma sœur pour lui organiser en fin de journée une séance de sport », réfléchit Camille. Et, le samedi matin, elles continueront à se retrouver à la natation.
Concernant l'avenir, Camille ne l'imagine pas sans jouer un rôle important. « Pour l'instant ma sœur est sous la tutelle de mes parents, qui ne veulent pas que ce soit à mon frère ou moi de la prendre en charge. Mais je sais que je viendrai régulièrement le week-end pour la faire sortir du foyer, ainsi que pour les vacances. Je ne la laisserai pas : c'est naturel, j'ai grandi avec elle. »
©Camille



