Handicap : la télémédecine est-elle accessible ? 

Les téléconsultations qui se développent de plus en plus sont censées permettre de réduire les déplacements et lutter contre les déserts médicaux. Mais quelle est leur accessibilité réelle pour les personnes en situation de handicap ? 

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salle de téléconsultation avec un fauteuil

Lorsque Luis Rodrigues, malentendant de naissance, a testé la téléconsultation depuis chez lui, il a d'emblée rencontré quelques problèmes de compréhension : « L'interface ne proposait pas de fenêtre de conversation, je devais tout écrire sur papier et le montrer à la caméra. » Pour ce chef de projet de 49 ans, les télécabines ne constituent pas non plus une solution adaptée : « Il n'y a aucun branchement possible pour mon appareil auditif, je peux uniquement lire sur les lèvres, sauf que parfois je m'y perds à cause des sosies labiaux. »

Pour l'instant, Luis Rodrigues privilégie donc les visites médicales en présentiel. Mais il craint de devoir se rabattre sur la télémédecine car son médecin traitant va bientôt partir à la retraite. « Trouver un nouveau praticien qui s'adapte à mon handicap risque d'être compliqué », s'inquiète le cinquantenaire. Et pour cause : près de deux patients en situation de handicap sur dix ont subi un refus de soins en 2026, selon le baromètre Handifaction. (Déserts médicaux : les oubliés du handicap ?)

La télémédecine, un outil d'inclusion ? 

Une inaccessibilité aux soins en présentiel que visent à réduire les téléconsultations, qui se développent de plus en plus dans l'Hexagone. « Je suis convaincue que la télémédecine doit être un outil d'inclusion en permettant d'aller vers ceux et celles qui sont le plus éloignés du système de santé », déclarait Stéphanie Rist, ministre de la Santé, en conclusion des Assises de la télémédecine en janvier dernier. 

Lutter contre les déserts médicaux, réduire les déplacements et les délais de prise en charge, accélérer la pose des diagnostics et les renouvellements d'ordonnance … « la téléconsultation constitue un début de réponse », assure Pascal Jacob, président de l'association Handidactique, qui y voit une manière de réduire les risques notamment pour les pathologies graves : « Quand on découvre aujourd'hui une tumeur à une personne valide, elle fait en moyenne 3 mm, contre 3 cm pour une personne en situation de handicap. »

Médecine générale ou spécialisée : un parcours du combattant 

Lorsque Luis Rodrigues sollicite l'UNISS, service spécialisé dans la surdité à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, il bénéficie d'une prise en charge adaptée. Mais lorsque les patients en situation de handicap arrivent en médecine générale ou spécialisée, « les ennuis commencent », prévient Julia Tabath vice-présidente du CNCPH (conseil national consultatif des personnes handicapées). 

Il aura d'ailleurs fallu redoubler d'efforts à Luis Rodrigues pour obtenir un rendez-vous chez le dermatologue. Celui proposé par l'UNISS ne pouvait lui proposer aucun créneau avant 6 mois. « Je ne pouvais pas attendre aussi longtemps, j'avais peur que ce soit trop tard si on m'annonçait une mauvaise nouvelle », se souvient le cinquantenaire. Résultat : le malentendant a dû se rabattre sur un cabinet en libéral. 

Un tiers aidant pendant la téléconsultation

Un parcours du combattant, car certaines spécialités, comme la dermatologie, sont connues pour être les moins accessibles parmi les offres de soins. « En médecine cutanée, c'est 70% de patients vivant avec un handicap qui se font refuser », affirme Pascal Jacob, « quant à l'ontologie (soins des dents), c'est 50% ». En effet, dans de nombreux cabinets dentaires, il est encore compliqué de gérer le transfert d'un patient en fauteuil sur une table de consultation, ou bien la communication entre un praticien souvent masqué et un malentendant qui lit sur les lèvres. 

La télémédecine serait donc une solution viable à ce genre de problèmes ? Pour certains patients oui. Mais encore faut-il que la consultation ne nécessite pas d'examen clinique approfondi. « Si vous devez vous faire enlever une carie, la télémédecine ne vous sera d'aucune aide par exemple » avertit Julia Tabath. Idem pour la cystite, maladie très répandue chez les Personnes à mobilité réduite (PMR), et pour laquelle « il est dangereux d'apporter une réponse médicale sans auscultation », renchérit Pascal Jacob. 

Pour le président de Handidactique, les téléconsultations sont donc « nécessaires, certes, mais pas suffisantes car elles délaissent tous ceux en incapacité d'être autonome dans leur 'prendre soin' ». Sans sa femme pour décrypter les informations importantes en téléconsultation, Luis Rodrigues ne s'en serait pas sorti aussi bien. « Heureusement qu'elle était présente », insiste le malentendant de 49 ans, qui sollicite peu la télémédecine par peur de devoir sans cesse dépendre d'un tiers aidant. 

Accessibilité numérique ? 

Autre limite, dont Luis Rodrigues a déjà fait les frais : la fracture numérique. Il est parfois compliqué pour lui de prendre rendez-vous sur Doctolib. « Pour certains praticiens, la plateforme ne propose que deux options : la consultation physique, ou par téléphone, mais pas de visio, donc impossible pour moi de comprendre quoi que ce soit ». 

Bien que la loi française, soumise aux exigences du RGAA européen (Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité), impose une accessibilité complète des plateformes administratives d'État aux personnes en situation de handicap, seules 7% le sont réellement en 2026 selon la Cour des comptes. Une non-conformité aux normes qui concernent donc aussi les nouveaux dispositifs relatifs à la télémédecine. Résultat : « de nombreuses télécabines ne disposent pas encore de rampes PMR, d'option LSF pour les malentendants ou encore d'option FALC pour les personnes dys ou avec un TSA », indique Julia Tabath.

Dans tous les cas, le déploiement de la télémédecine dans l'Hexagone « doit respecter les normes d'accessibilité sans pour autant permettre aux professionnels de santé de se dédouaner en présentiel » ajoute Julia Tabath. Plus que les téléconsultations, la clé demeure la sensibilisation des praticiens au handicap. Un arrêté début 2026 a d'ailleurs été pris en ce sens, obligeant le personnel soignant à inclure le handicap dans leur certification périodique pour maintenir leurs compétences médicales à jour. Pour Pascal Jacob, le début de réponse continue… 

Crédit : Iulian Catalin's Images

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