Handicap : quand une petite blessure change tout

Tendinite, plaie, irritation... Chez certaines personnes en situation de handicap moteur, une blessure banale peut suffire à compliquer les transferts, les déplacements ou le port d'une prothèse.

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un jeune homme avec un fauteuil roulant

« C'est retourner à la dépendance. » Amputé tibial droit depuis 2023, Vincent Noirbuisson avait retrouvé une large autonomie. Il marchait jusqu'à sept ou huit kilomètres, conduisait et voyageait. Début 2025, le frottement répété de son emboîture provoque une inflammation puis un hématome sous-cutané. Pendant au moins cinq semaines, impossible de porter sa prothèse.

À l'époque, sa maison n'est pas adaptée au fauteuil et comporte un étage. Il reste au rez-de-chaussée et dort sur le canapé, loin de sa femme et de son fils. Conduire devient trop compliqué. Il ne peut plus faire les courses et cuisiner lui demande beaucoup plus d'efforts.

Quand la blessure touche des gestes essentiels

L'impact sur l'autonomie ne dépend pas seulement de la gravité médicale de la blessure. Il dépend aussi de l'usage de la zone touchée. Chez une personne en fauteuil manuel, les bras servent à avancer mais aussi à effectuer les transferts.

Une tendinite au poignet ou à l'épaule peut rendre très difficiles la propulsion du fauteuil ou les transferts entre le lit, le fauteuil et la voiture, explique Benoît Jordana, kinésithérapeute au centre de rééducation fonctionnelle La Roseraie, à Montfaucon, et auprès de l'équipe de France de para rugby XIII. Chez certaines personnes tétraplégiques incomplètes, une atteinte du pouce peut aussi gêner des gestes aussi simples qu'ouvrir un yaourt ou tenir une fourchette.

Pour une personne amputée, une plaie sur le membre résiduel peut empêcher temporairement le port de la prothèse. Sans elle, se déplacer, travailler ou simplement sortir de chez soi peut devenir beaucoup plus compliqué.

Des mois presque sans sortir

Jean-Christophe Monset en a fait l'expérience cet été. Paraplégique et habituellement autonome, il a développé une plaie à la fesse dont il ne connaît pas précisément l'origine. Une autre plaie au pied s'est ajoutée. Pendant plusieurs mois, il reçoit des soins infirmiers quotidiens et reste largement alité pour limiter les appuis.

Il continue à se laver seul, mais sort beaucoup moins. Il commande ses courses, avec un coût plus élevé, et son oncle et sa tante l'aident pour les courses ou le ménage. Même les sorties de son chien sont réduites.

La reprise prend du temps. « Le retour à la normale, il faut le dire vite », raconte-t-il. Avant ses plaies, il allait à la salle presque tous les jours. Plusieurs mois après, il peine encore à retrouver son rythme et reste attentif au risque de récidive.

Vincent Noirbuisson a connu le même décalage entre guérison et retour à l'autonomie. Après plusieurs semaines en fauteuil, il avait perdu de la force musculaire, boitait et a repris la kinésithérapie pour retrouver une marche plus naturelle et reprendre confiance dans son appareillage.

Chantal Lasselin, amputée fémorale, a aussi passé près de deux mois en fauteuil après un hématome au membre résiduel. Son logement étant adapté, elle a pu conserver une grande partie de son autonomie. Mais après deux mois sans prothèse, « il a fallu se réadapter pour remarcher ». Son appareillage doit encore être ajusté après une importante perte de poids. « Ça commence seulement à aller un petit peu mieux », confie-t-elle, malgré des douleurs persistantes et plusieurs déplacements entre le Jura et Lyon.

« Il ne faut pas attendre » : réagir dès les premiers signes

« Il ne faut pas attendre », insiste Benoît Jordana. Une douleur persistante à l'épaule, une rougeur ou une irritation doivent conduire à chercher rapidement leur origine. Le réglage du fauteuil, le coussin ou les appuis dans une emboîture peuvent notamment être en cause.

La vigilance est encore plus importante lorsque la sensibilité est diminuée. Une lésion cutanée peut alors passer inaperçue au début. Adapter le matériel et réagir tôt peut éviter qu'un problème localisé n'entraîne une perte d'autonomie plus large.

Une fois la blessure guérie, la reprise n'est pas toujours immédiate. Il faut parfois retrouver de la force, reprendre confiance ou ajuster le matériel. Autant de raisons, selon le kinésithérapeute, de ne pas attendre que la douleur ou la plaie devienne réellement invalidante.

© Natee Jindakum

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