Aux abords du lycée Chevrollier à Angers, parmi les cortèges étudiants, Génésis, 18 ans, scande les slogans depuis son fauteuil roulant. Ces dernières semaines, l'élève de première est devenu l'un des visages des mobilisations lycéennes de sa ville sur les réseaux sociaux (Voir la vidéo Instagram ). Comme lui, de nombreux élèves en situation de handicap participent au mouvement d'ampleur dans l'Hexagone, au nom duquel étudiants et lycéens réclament de meilleures conditions d'enseignement.
Pénurie d'AESH (Accompagnants d'élèves en situation de handicap) et de classes ULIS (Unités localisées pour l'inclusion scolaire) au lycée ou encore manque de rampes PMR (Personnes à mobilité réduite) et de BEV (Bandes d'éveil de vigilance) à l'université … « Les revendications lycéennes et étudiantes concernent aussi les personnes en situation de handicap » clame de son côté Éthan, jeune homme malvoyant, sur X (Voir la vidéo X (ex twitter)). Avec un nombre d'élèves en situation de handicap multiplié par presque cinq dans le secondaire en vingt ans d'après la Drees, quelle place est accordée à leurs revendications ces dernières semaines ?
Plus d'un étudiant handi sur 10 abandonne ses études
Car malgré une meilleure accessibilité dans le secondaire et le supérieur, les élèves en situation de handicap sortent en moyenne toujours plus tôt du système scolaire. Selon France Stratégie, les jeunes valides ont 1,8 fois plus de chances que les jeunes en situation de handicap d'obtenir un diplôme dans le supérieur.
« Parcoursup et mon handicap m'ont fait perdre 2 ans de ma vie » témoigne SLN (pseudo) sur TikTok. Bénéficiant de lourds soins médicaux qui ne peuvent lui être prodigués qu'à Avignon, le jeune étudiant, qui n'a été accepté dans aucune licence de son choix dans cette ville, a été obligé de se rabattre sur ses vœux complémentaires. Résultat : deux années à étudier des disciplines « qui n'ont rien à voir avec mes aspirations professionnelles » continue SLN. Bien que lui ne baisse pas les bras, plus d'un étudiant sur dix en situation de handicap abandonne ses études faute d'aménagements adaptés selon l'association Handinamique.
Jared McClure, 25 ans, vivant avec un TSA (Trouble du spectre autistique), TDAH et dyspraxie, a quant à lui obtenu le master de son choix. Il participe aujourd'hui activement à la mobilisation. Sur son campus à Amiens, il bénéficie du programme Atypie-friendly spécialisé dans les troubles du neurodéveloppement. « C'est le seul dispositif ciblé, les étudiants PMR ou malvoyants par exemple ne peuvent se référer qu'au bureau handicap de la fac » détaille Jared, qui reconnaît sa situation privilégiée par rapport à d'autres.
Des revendications spécifiques ?
Au cœur des revendications de cet étudiant : augmenter le budget des universités. Bien que les établissements se saisissent de plus en plus des sujets handicap, « ils ne peuvent rien faire sans argent supplémentaire » estime Jared McClure.
Du côté des associations de jeunesse en situation de handicap, même son de cloche. « On alerte depuis des années sur les manques de moyens » rappelle Gaëlle Vitali-Derrien, porte-parole de l'association Handinamique dont plusieurs revendications convergent avec les mobilisations étudiantes actuelles. Si les voix des militants résonnent en cœur, Handinamique pointe tout de même l'effet amplificateur du handicap sur les mauvaises conditions d'enseignement. « Les étudiants handis n'ont pas la même journée que les valides : trajets compliqués, temps de compréhension rallongés ou même soins supplémentaires » indique Gaëlle Vitali-Derrien.
Des cortèges plus ou moins accessibles
Au-delà du volet pédagogique, la porte-parole milite pour une meilleure inclusivité des élèves en situation de handicap à la vie étudiante : « C'est un aspect qu'on oublie souvent quand on parle d'accessibilité à l'enseignement supérieur. »
Pour certains, manifester signifie d'ailleurs s'impliquer dans la vie de campus, bien que les cortèges ne soient pas très adaptés à leurs besoins spécifiques. « La foule me demande un effort de concentration supplémentaire » avoue Jared McClure, qui prend toujours son casque anti-bruit lorsqu'il rejoint les cortèges. « J'ai trop peur que le gaz lacrymo me déclenche une crise, si ça me la déclenche je suis foutue » s'enquiert Wiss (pseudo) sur X, manifestante vivant avec une maladie chronique.
D'autres soutiennent le mouvement à distance, via des évènements associatifs, ou sur les réseaux sociaux. « C'est difficile à vivre parce que j'ai la sensation de manquer quelque chose (...), de ne pas être là pour mes camarades » confie Maud, étudiante en fauteuil roulant, sur TikTok. Après mûre réflexion, la jeune fille a estimé qu'elle ne se sentirait pas en sécurité dans la foule. « Let me be the guy in the chair » plaisante Maud qui gère tant bien que mal sa conscience militante : « Parfois, préserver sa santé, c'est la meilleure manière de contribuer à une lutte. »


